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Kronik KC Ranze

Ça sent le roussi…

27 septembre 2026, 09:05

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Ça sent le roussi…

Empêtrés que nous sommes dans les conversations de M. Karl Elysée, la première mouture de la National Crime Agency (NCA), le sort de l’accord sur les Chagos ou le prix de l’essence, on a tous tendance à négliger le contexte dans lequel nous vivons qui sent aussi le roussi, mais avec des conséquences potentiellement bien plus graves !

Au Moyen-Orient, les copains Houthis de l’Iran ont déferlé vers le sud de la péninsule du Yémen, capturé le port de Mokha et investi l’île de Perim, qui se trouve au beau milieu du détroit de Bab-al-Mandeb, qui contrôle la sortie sud de la mer Rouge. Après Ormuz, voilà la mer Rouge sous influence, pour ne pas dire sous contrôle, de l’Iran et de ses proxys ! Réaction prévisible de Trump : un accord ou l’annihilation (à nouveau totale ?) !

La situation est grave puisqu’après la fermeture effective du détroit d’Ormuz, l’Arabie saoudite avait dévié jusqu’à 64 % de ses exportations via le golfe Persique (et le détroit d’Ormuz), vers un pipeline d’Est en Ouest qui livrait son pétrole au port de Yanbu, sur la mer Rouge. La semaine dernière, des drones apparemment lancés par des proxys iraniens attaquaient ce pipeline, causant des dommages importants. En attendant les réparations, les Houthis maintiennent que les navires peuvent circuler librement dans le Bab-al-Mandeb, sauf ceux opérant pour ou de l’Arabie saoudite. Comment les Houthis vont différencier ces bateaux-là des autres, consterne déjà les maisons d’assurance…

Pour tout compliquer, les Houthis déclaraient en début de semaine que tout pays volant au secours de l’Arabie saoudite serait aussi sous leur menace en mer Rouge ! Sollicité, Trump a refusé de voler au secours de l’Arabie saoudite pour le moment. Le Pakistan et la Turquie, cosignataires seulement le 7 août dernier du Mecca Joint Defence Agreement avec l’Arabie saoudite, sont restés bien silencieux aussi, face à leurs obligations indéniables de «défense mutuelle». Les Houthis attaquaient pourtant des objectifs saoudiens, il est vrai après des bombardements saoudiens des positions houthies… Des missiles balistiques et des drones détruisaient ainsi des objectifs à Riyad et Yanbu. L’Égypte va souffrir encore plus à Suez.

Le prix du baril, qui descendait à $72 au début de juillet après la signature du cessez-le-feu d’avril, est remonté à presque $110 ces jours-ci (+53 %)… C’est le Price Stabilisation Fund de la STC qui va écoper en direct, ainsi que nos consommateurs, bien sûr ! On n’y échappera pas. Or le budget voté affiche déjà un «trou» de Rs 16,8 milliards par rapport au budget présenté : Rs 10,6 milliards pour les Chagos, ajoutées aux Rs 6,2 milliards que vont nous coûter l’abandon du means test recommandé sur la pension universelle… pour une demiannée. On n’y échappera pas non plus !

Pour mettre en perspective, Ormuz voyait 20 % de la consommation mondiale de pétrole (soit 21 millions de barils quotidiens) passer chez elle avant la guerre. Pour Bab-el-Mandeb, le chiffre équivalent était entre 8 et 12 %. Le trafic maritime à Ormuz a été rétabli à 6,5 millions de barils par jour en septembre (31 % du chiffre d’avant la guerre). Le déficit courant est donc d’environ 15 millions de barils par jour. Si le conflit s’embrase au Moyen Orient, c’est le double de ce montant de pétrole qui va disparaître des marchés planétaires…

«Il faut toujours allier le pessimisme de l’intelligence à l’optimisme de la volonté»

Antonio Gramsci

Xi Jinping est venu discuter avec Trump à la Maison-Blanche cette semaine et, même si les réserves pétrolières chinoises sont importantes, il a sans aucun doute évoqué l’effet de la guerre d’Iran sur ses approvisionnements ! Ainsi que l’équation du Venezuela, où les Chinois avaient investi quelques milliards pour l’avenir… L’Inde, dont les fournisseurs principaux sont la Russie à plus de 50 %, mais aussi l’Irak, les Émirats et l’Arabie saoudite, voit aussi ses approvisionnements menacés. Nous devrions les voir aussi, puisque nous achetons tous nos besoins de l’Inde ! En parallèle, l’Assemblée générale des Nations unies, depuis le 22 septembre, a offert des occasions de dialogue direct entre tous ces protagonistes et nous devrions savoir rapidement si l’on va trouver des solutions improbables pour la paix ou si l’on va encore déraper. C’est le prix du baril qui va nous l’indiquer… Les stocks mondiaux sont au plus bas depuis huit ans ! Il en reste juste pour 45 jours de consommation mondiale !

Pendant que tout cela se déroule, ici, des démagogues veulent baisser le prix de l’essence et du diesel ! Et nous refusons d’accélérer l’avènement de l’énergie renouvelable et non polluante du soleil, dont le prix est, par contraste, resté stable à ZÉRO !

Mais l’odeur de brûlé ne s’arrête pas là, malheureusement.

L’opération «spéciale» de la Russie en Ukraine (toujours pas une guerre, selon Poutine ? Le délire s’arrête quand ?) s’éternise et les perspectives de paix paraissent faibles. En effet, pour sauver la face, Poutine veut au moins qu’on lui concède le Donbass, alors que Zelensky, droit dans ses bottes et son bon droit de victime, dit fermement «Non». Dans ce schéma, tout continuera à s’embraser. La Russie joue la peur des Ukrainiens en détruisant surtout leurs infrastructures civiles ; l’Ukraine répond délibérément en fracassant l’infrastructure pétrolière et guerrière des Russes. Le 18 septembre dernier, Trump signait la loi HR 5334 qui sanctionnait d’autres mesures punitives pour le pétrole russe. Parmi les autres dégâts collatéraux : les exportations de céréales russes et ukrainiennes (20 % des exportations mondiales) ! La menace russe sur l’Europe se précise (*).

Si le Petit Poucet ukrainien tient face à l’ogre russe, c’est sûrement à cause de sa ténacité et de son inventivité, notamment avec les drones. Mais elle n’aurait pas fait long feu sans soutien ! D’abord celui des Américains sous Biden et ensuite celui de l’Europe d’à côté. Le choc de Trump est résorbé, mais ce qui chauffe aussi à l’horizon, c’est la vague d’extrême droite en Europe, une extrême droite qui veut généralement cesser d’aider l’Ukraine ! La montée populaire de l’AFD en Allemagne fait, à ce titre, peur. Marine Le Pen en France dit ne plus vouloir financer cette guerre non plus. La Pologne, l’Italie, la Grande-Bretagne et l’Espagne restent solides, mais le duo franco-allemand va peser lourd !

E Et quoi dire du comportement d’Israël ? Voilà un pays qui avait, adossé à l’horreur de l’Holocauste, beaucoup de sympathie à sa création, mais qui, au-delà de son génie entrepreneurial (faisant verdir le désert grâce au drip, par exemple), aligne aujourd’hui un comportement inadmissible, flirtant solidement lui-même avec le génocide ! Ce qu’Israël continue de faire à Gaza, ce que ses «colons» ont déclenché en Cisjordanie relèvent de la barbarie pure et alimentent un cercle vicieux d’où il sera extrêmement difficile de s’extraire à l’avenir. Il est vrai que l’on peut encore rêver avec l’Irlande du Nord !

Plus généralement, la Russie qui n’a pu respecter la frontière de son voisin, ainsi que les États-Unis qui voulaient explicitement grandir aux dépens du Canada et du Groenland (mais pas du Mexique, trop basané sans doute…), ont certainement semé de dangereuses graines dans la tête d’autocrates et titillé leurs appétits d’élargissement ! On a d’ailleurs commencé avec les appétits de Maduro pour son voisin guyanais ; on a vécu les guerres de frontière entre la Thaïlande et le Cambodge, on entend maintenant le Japon revendiquant les îles Kouriles annexées par les Russes en 1945…

Alors que la Russie s’affaiblit et que la Chine se muscle, cette Chine ne revendiquera-t-elle pas un jour le retour du million de kilomètres carrés de la Mandchourie, cédés à la Russie sous la contrainte en 1858-1860 ? Comme hier, Macao et Hong Kong ? Et aujourd’hui, Taïwan ?

Ces défis géopolitiques majeurs ont évidemment gonflé les budgets militaires des nations, ce qui se fait évidemment aux dépens du reste et notamment du combat contre le réchauffement de la planète et ses séquelles potentiellement catastrophiques pour la nature, les espèces et l’humanité elle-même, si l’IA lui en laisse seulement le temps…

Car sachons que si l’énergie renouvelable progresse massivement et de manière irréversible (75 % des nouvelles capacités de production électrique depuis 2020 sont du renouvelable, par exemple, ce secteur représentant 30 % des émissions totales de CO2) ; que la vente des voitures électriques a progressé de 3 à 25 % du total en six ans (**), les émissions de CO2 et les températures moyennes augmentent toujours ! Le paradoxe est que plus la planète se réchauffe, plus il faudra la refroidir, le dernier défi en date étant la vague de Cloud Computing et de Data Centers pour l’IA qui ont des appétits voraces d’énergie pour opérer et de refroidissement pour ne pas péter les plombs…

Sans compter que l’été 2026 s’annonce chaud, et peut-être sec et parsemé d’inondations, puisque dopé par El Niño !

Quand je vous disais que ça sent le roussi…

(*) Russia’s grey-zone attacks on Europe are growing more brazen. The Economist, 21/09/2026

(**) UNEP report, 03/06/2026, Five reasons for hope in the climate fight.

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