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Plus de touristes ou plus de valeur ?
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Plus de touristes ou plus de valeur ?
Le débat sur l’accès aérien souffre d’une vieille obsession : compter les avions plutôt que la valeur qu’ils transportent. Or un vol supplémentaire n’est pas, en soi, une victoire économique. Il le devient seulement s’il apporte des visiteurs nouveaux, prolonge leur séjour, augmente leur dépense et diffuse cette dépense au-delà des hôtels.
Les chiffres de 2026 offrent justement à Maurice l’occasion de changer de métrique. Au premier semestre, les arrivées ont progressé de 1,5 %, tandis que les recettes touristiques ont augmenté beaucoup plus rapidement. Les statistiques confirment aussi une forte progression de certains marchés, notamment l’Allemagne et l’Inde, alors que le Royaume-Uni recule nettement. Le contraste est instructif : le tourisme peut créer davantage de valeur sans nécessairement accueillir davantage de visiteurs.
C’est d’ailleurs le point le plus intéressant de l’entretien de Richard Duval. Le ministre reconnaît que juger le secteur uniquement sur les arrivées et les recettes est insuffisant. Il insiste sur la nécessité de «créer davantage de valeur avec chaque visiteur», de diversifier les marchés et de faire bénéficier davantage les entreprises et communautés mauriciennes.
Mais cette ambition contient une contradiction que la politique touristique devra résoudre. Maurice veut simultanément davantage de visiteurs, davantage de dépense, davantage de diversification et davantage de durabilité. Le ministre refuse d’opposer quantité et qualité. C’est politiquement compréhensible. Économiquement, cela demande pourtant des arbitrages.
L’accès aérien en est le premier. Maurice a déjà atteint 1,436 million d’arrivées en 2025, en hausse de 3,9 % sur 2024. La question n’est donc plus simplement de savoir combien de sièges supplémentaires le pays peut absorber. Elle est de savoir quels siègesil veut acheter – et à quel coût.
Une liaison vers un nouveau hub peut ouvrir plusieurs marchés à la fois. C’est précisément ce qui rend les discussions avec des compagnies comme Etihad intéressantes. La valeur d’un vol Abu Dhabi–Maurice ne réside pas seulement dans les passagers au départ des Émirats, mais dans les connexions qu’il rend possibles vers l’Inde, l’Europe ou d’autres marchés.
Le gouvernement semble avoir compris cette logique en annonçant une approche plus structurée de l’accès aérien et la création du National Aviation Consultative Council. Il reste toutefois à transformer cette architecture institutionnelle en méthode économique. Chaque nouvelle route devrait être évaluée selon le trafic réellement additionnel, la dépense moyenne, la durée du séjour, la saisonnalité, les retombées locales et le coût éventuel des incitations accordées à la compagnie.
Car Maurice ne gagnera pas nécessairement en imitant les Maldives sur le volume. Elle pourrait plutôt apprendre de leur capacité à monétiser une destination ; des Seychelles leur positionnement ; du Rwanda leur capacité à développer des niches ; et du Kenya leur diversification.
Le ministre a raison sur un autre point : le visiteur change. Maurice ne peut plus vendre indéfiniment la même carte postale. Duval évoque patrimoine, gastronomie, villages, nature, MICE, bien-être, petites structures et expériences authentiques. Mais cette diversification n’aura de sens que si elle permet réellement de déplacer une partie de la dépense hors des grands établissements. Le véritable enjeu de l’accès aérien est donc moins de remplir davantage l’île que de remplir davantage l’économie mauricienne. L’avion n’est que le tuyau. La question stratégique est ce que Maurice laisse couler par ce tuyau : des touristes supplémentaires, ou davantage de valeur.
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