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Jean Claude de l’Estrac : «seules ou même ensemble, les îles ne pèsent aucunement»
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Jean Claude de l’Estrac : «seules ou même ensemble, les îles ne pèsent aucunement»
Jean Claude de l’Estrac, ancien ministre des Affaires étrangères.
Maurice siège au Conseil des droits de l’homme depuis janvier, pour un mandat jusqu’en 2028. Ce siège est-il un véritable levier diplomatique ou expose-t-il surtout le pays à un examen plus attentif de sa propre situation ?
C’est un honneur et une exigence. Ce conseil est en principe chargé de promouvoir et de protéger l’ensemble des droits humains dans le monde. Quand on constate les violations de ces droits dans tellement de régions de la planète, on ne peut pas dire qu’il a été capable d’accomplir sa mission avec efficacité. Il y a à cela plusieurs raisons, notamment le fait que des gouvernements autoritaires qui ne respectent aucunement ces droits sont également membres du conseil et neutralisent souvent son action. Mais le Conseil a au moins le mérite d’exister et de pouvoir parfois dénoncer les atteintes. Dans cette mauvaise compagnie au Conseil, Maurice fait globalement figure de bon élève mais peut toujours faire mieux.
Le gouvernement vient de revoir sa position sur le Sahara occidental en Conseil des ministres, le ministre Ramful ayant déclaré à New York que l’autonomie sous souveraineté marocaine est «la solution la plus crédible». En tant qu’ancien ministre des Affaires étrangères, comment se prend habituellement une décision de cette nature, ? Un tel revirement aurait-il dû faire l’objet d’un débat public ou parlementaire ?
La stratégie diplomatique d’un État ne se discute pas sur la place publique. Il y a toujours une foule de raisons, parfois officielles, parfois confidentielles, qui déterminent les prises de position diplomatiques d’un État.
J’imagine que le ministère mauricien des Affaires étrangères a pris acte de la situation persistante de blocage de ce conflit qui n’a pas laissé notre pays indifférent. En 1982, alors ministre des Affaires étrangères, nous avions reconnu le Front Polisario, mais la situation est restée bloquée jusqu’aujourd’hui, sauf que le Maroc est parvenu depuis à obtenir de plus en plus de soutien pour son plan d’autonomie locale, soutenu aujourd’hui par plus de 120 pays. C’est ce qui explique le nouveau positionnement de Maurice d’autant plus que l’ONU écarte désormais l’option d’un référendum d’indépendance.
Le Premier ministre britannique a évoqué la lutte contre la finance illicite lors de son échange avec Navin Ramgoolam cette semaine. Dans quelle mesure la réputation de notre centre financier se joue-t-elle aussi dans les enceintes multilatérales ?
Les vicissitudes du centre financier mauricien ne sont sûrement pas une préoccupation des chefs d’État et de gouvernement à l’Assemblée générale de l’ONU surtout axée sur des questions de géopolitique.
Vous avez dirigé la Commission de l’océan Indien. Les îles de la région pèsent-elles davantage à l’ONU lorsqu’elles parlent d’une seule voix, et Maurice joue-t-elle ce jeu collectif aujourd’hui ?
Seules ou même ensemble, les îles ne pèsent aucunement. Moins encore aujourd’hui où, plus que jamais, c’est la loi du plus fort qui s’impose dans les affaires du monde dans un total mépris du droit international. Cela n’empêche pas cependant des regroupements de pays par région ou par des convergences d’intérêt.
De ce point de vue, la Commission de l’océan Indien peut devenir l’instrument stratégique d’une coopération régionale d’un certain poids dans un océan Indien redevenu le cœur du monde. J’aurais souhaité voir Maurice, pays du siège de la COI, reprendre l’initiative d’une transformation de la «Commission» en Communauté de l’océan Indien. La situation géopolitique dans notre région appelle cette évolution.
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