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Fonction publique
La circulaire qui met le service public sous tension
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La circulaire qui met le service public sous tension
■ Des fonctionnaires lors de la célébration de la United Nations Public Service Day au SVICC en juin 2024. (Photo : © Dev Ramkhelawon)
La circulaire Private Work for Reward a mis le feu aux poudres. Le ministère de la Fonction publique parle de contrôle et de prévention de conflits d’intérêts. Les syndicats, eux, dénoncent une mesure qui intervient alors que le coût de la vie pèse lourdement sur les ménages.
Présentée comme une mesure de gouvernance, elle a déclenché une vive polémique, dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie. Ministère et syndicats tentent désormais de clarifier les règles.
Émise le 17 août dernier par le ministère de la Fonction publique, la circulaire Private Work for Reward rappelle une règle : tout fonctionnaire souhaitant exercer une activité rémunérée dans le privé, siéger sur un conseil d’administration ou effectuer des prestations en dehors de ses heures de service doit obtenir l’autorisation écrite de son Responsible Officer. Le document ne prévoit donc pas, selon le ministère, une interdiction générale des activités privées.
Un «deuxième boulot» au cœur du débat
Le secrétaire de la Fonction publique, Devendre Gopaul, a expliqué que cette circulaire fait notamment suite à des plaintes transmises par l’Ombudsperson concernant des fonctionnaires exerçant des activités privées pendant leurs heures officielles de travail.
■ Le ministre Raj Pentiah.
Mais sur le terrain, le message a été reçu différemment. Le ministre de la Fonction publique, Raj Pentiah, avait déclaré qu’on ne peut pas travailler à plein temps pour l’État et, en même temps, demander la permission pour exercer un autre travail. Une déclaration qui n’a pas manqué de faire réagir.
Pour plusieurs syndicalistes, la réalité économique impose aujourd’hui d’envisager la question sous un autre angle. Avec la hausse du coût de la vie et la pression sur le pouvoir d’achat, certains employés cherchent à compléter leurs revenus pendant leur temps libre. Pour les syndicats, dès lors que le travail principal est correctement effectué et qu’il n’existe aucun conflit d’intérêts, la pratique d’une activité secondaire ne devrait pas être automati- quement considérée comme problématique.
L’État veut rassurer
Face à la polémique grandissante, Raj Pentiah et Devendre Gopaul ont rencontré les syndicats et tenu une conférence de presse jeudi, le 24 septembre. Le ministre de la Fonction publique a rejeté les interprétations selon lesquelles la circulaire constitue- rait une interdiction générale, dénonçant des manœuvres visant à «créer la zizanie».
Devendre Gopaul a, lui aussi, insisté sur la nécessité de replacer le document dans son contexte. L’objectif, dit-il, est de disposer d’un mécanisme permettant de contrôler les activités extérieures au secteur public, d’éviter les conflits d’intérêts et de s’assurer que les heures de travail de l’État ne soient pas utilisées à d’autres fins. Autrement dit : travailler ailleurs reste possible, mais pas sans passer par la procédure d’autorisation.
Pour Deepak Benydin, président de la Federation of Parastatal Bodies and Other Unions (FPBOU), cette approche soulève plusieurs questions. «Ena boukou dimounn ki pe siez dan plizir bord. Et 70 % des travailleurs vivent avec un salaire minimum et, de l’autre côté, il y a le coût de la vie qui augmente de jour en jour. De plus, le pays fait face actuellement à un manque de maind’œuvre et, en même temps, on tente d’empêcher les travailleurs de la Fonction publique de faire un autre petit boulot. Vous trouvez que c’est raisonnable ?»
Il évoque également son expérience professionnelle à l’étranger, notamment au Canada et en Angleterre, où il affirme que de nombreux travailleurs exercent deux emplois. «Mo dir gouvernma analiz limem avek bann chairman ek bann Chief Executive Officer ki li finn nome, gete si zot pa fer de travay. Pou mwa, tou dimounn ki rant dan gouvernman, ki li fonksioner, minis, depite, parapublic, zot regi par PRB, donk tou dimounn konserne.»
Les enseignants aussi
Dans le primaire, le président de la Government Teachers’ Union (GTU), Vishal Baujeet, rappelle que la réglementation sur les activités secondaires n’est pas nouvelle. Mais la question des leçons particulières revient aujourd’hui sur le devant de la scène.
Il insiste lui aussi sur l’impact de la hausse du coût de la vie. La GTU a sollicité des éclaircissements auprès du ministère et attend une réponse. Arvind Bhojun, président de l’Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), estime également que la circulaire a créé l’inquiétude parmi les fonctionnaires. «Sa finn kre enn sikoz dan fonskion piblik ziska ena klarifikasion minister», affirme-t-il.
Il soulève par ailleurs une question sur l’application de la règle : «Si une personne doit travailler à plein temps au ministère, comment se fait-il qu’un secrétaire permanent (PS) puisse en même temps aller exercer comme officer in charge dans un autre ministère ?»
«La paie ne suffit pas»
Radhakrishna Sadien, négociateur de la State and Other Employees Federation (SOEF), partage ces préoccupations. «Lapey ki ena azordi li pa sufi pou zwenn le debout. Dimounn la per fer enn travay prodiktif. Ou pa kapav demann enn general worker, ki al fer enn travay koup gazon apre so travay, al dimann otorizasion avek so sef ? (…) Osi lontan ki pena konfli lintere, pena problem.»
■ Radhakrishna Sadien.
Derrière la polémique administrative se joue donc un débat plus large sur les conditions de vie des employés de l’État. D’un côté, l’État veut renforcer la discipline, prévenir les conflits d’intérêts et améliorer l’efficacité de la Fonction publique. De l’autre, les syndicats mettent en avant le pouvoir d’achat et le droit des travailleurs à améliorer leurs revenus. Alors que les discussions autour du Public Sector Reform Bill se poursuivent, une question reste posée : comment trouver l’équilibre entre les exigences du service public et la réalité économique des fonctionnaires ?
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