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Prestation de serment
Une robe, 41 destins : Le barreau accueille sa nouvelle génération
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Prestation de serment
Une robe, 41 destins : Le barreau accueille sa nouvelle génération
(Photos : © Kiranchand Sookrah)
Une robe noire, un serment, puis quelques secondes qui suffisent à faire basculer une vie professionnelle. Hier, 41 nouveaux avocats ont officiellement rejoint le barreau. Dans l’enceinte de la Cour suprême, la cérémonie avait la solennité des grands rendez-vous, mais derrière les formules consacrées se dessinaient surtout des parcours singuliers, des sacrifices familiaux et, pour certains, des rêves longtemps gardés sous silence.
Devant la cheffe juge, Rehana Mungly-Gulbul, et plusieurs membres du Bench, les nouveaux avocats ont prêté serment d’allégeance à la République et se sont engagés à exercer leurs fonctions conformément aux lois. À leurs côtés, le secrétaire du Bar Council, Yatin Varma, leur a rappelé que la robe ne constitue pas seulement un titre professionnel. Elle implique une responsabilité envers ceux qui viendront chercher auprès d’eux une voix, un conseil ou une défense lorsque leur vie aura pris un mauvais tournant.
Pour Avinash Teeluck, cette journée marque un changement de robe, mais pas de vocation. L’ancien ministre des Arts et du patrimoine culturel fait désormais son entrée au barreau. «Très heureux, très fier et bien sûr, c’est un accomplissement», confie-t-il. Et derrière ce nouveau statut, une même volonté demeure. «C’est toujours pour servir le pays», dit-il.
■ Avinash Teeluck, ancien ministre des Arts et du patrimoine culturel a prêté serment hier.
La cérémonie a également consacré un changement de cap pour Kaushik Reesaul. Celui qui a dirigé la National Land Transport Authority (NLTA) arrive au barreau avec une première carrière bâtie autour de l’ingénierie civile. Il ouvre aujourd’hui un nouveau chapitre dans le droit. «J’étais commissaire à la NLTA avec l’ingénierie civile comme base. Maintenant, je vais dans un autre domaine», explique-t-il. Cette journée, il l’attendait. «Mo ti pe atann sa zour la pou mo kapav ed la popilasion plis ankor.»
Pour Shakti Dewoo, le chemin vers la robe est passé par une rupture professionnelle. Après dix années dans le secteur bancaire, le conseiller municipal de Curepipe a tout quitté pour reprendre ses études. Six années plus tard, l’objectif est atteint. Mais derrière cette décision se trouve d’abord une phrase de son père : «Mo papa ti anvi mo vinn enn avoka.» Hier, la fierté était donc aussi familiale.
La dimension générationnelle était encore plus forte chez Husseyn Mohamed. Son entrée au barreau prolonge une histoire familiale vieille de plusieurs décennies. Enfant, il accompagnait son grandpère, feu Yousuf Abdul Razack Mohamed, dans son travail. Ce souvenir l’a accompagné jusqu’à la Cour suprême. «Un rêve qui se réalise», dit-il aujourd’hui.
■ Andy Patrick Koo Chin Fong.
Son père, Mᵉ Zakir Mohamed, ne cachait pas sa fierté : Husseyn devient la troisième génération d’avocats de la famille. Son oncle, Mᵉ Shakeel Mohamed, également présent, a résumé cette continuité en une phrase : «We were three… and we are three again.» Une formule courte, mais qui dit beaucoup sur le poids d’un héritage et la joie de le voir se poursuivre.
Cette nouvelle promotion compte aussi Ashley Chuttoo, qui ajoute désormais la profession d’avocat à celle d’avoué. Il avait prêté serment comme avoué l’année dernière. Son parcours juridique l’a mené de l’Université de Birmingham au barreau anglais, à Bristol, avant de poursuivre sa formation professionnelle à Maurice.
Ayant réussi ses examens d’avoué en 2024, il se retrouve aujourd’hui à la croisée des deux professions. Il prendra dans les prochains jours la décision concernant la voie qu’il souhaite privilégier.
Aux jeunes qui rêvent à leur tour de la robe, son message tient en quelques principes : lire beaucoup, comprendre ce que l’on lit, analyser, développer son propre raisonnement et travailler sans relâche. Il souligne également le rôle de sa famille et de ses proches dans son parcours.
■ Deepshikha Nathoo.
Dans son discours adressé aux nouveaux avocats, Yatin Varma a insisté sur cette relation particulière qui lie le professionnel à celui qui vient chercher son aide. La confiance du client, a-t-il rappelé, est au cœur de la profession. Il les a invités à porter leur titre avec dignité, humilité, indépendance et courage.
La cheffe juge Rehana Mungly-Gulbul leur a, elle, rappelé que la robe est indissociable d’une responsabilité plus grande. Les avocats sont appelés à défendre ceux qui ne peuvent se faire entendre et à protéger l’État de droit ainsi que les droits fondamentaux. Leur devoir est d’agir «without fear or favour», tout en gardant à l’esprit que leur «overriding duty» demeure envers la cour.
Elle les a également exhortés à préserver une conduite irréprochable et à respecter leur code de déontologie. Face à l’essor de l’intelligence artificielle, elle a rappelé que les outils technologiques peuvent assister le juriste, mais ne sauraient remplacer son analyse ni son esprit critique.
Quarante et une robes ont donc été endossées hier. Certaines prolongent une tradition familiale. D’autres racontent une reconversion, un sacrifice ou un rêve de jeunesse. Toutes portent désormais la même promesse : mettre le droit au service de la justice.

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