Publicité
«Kreol Morisien» au parlement
La Commission des droits de l’homme ne veut pas «fermer la porte» aux langues ancestrales
Par
Partager cet article
«Kreol Morisien» au parlement
La Commission des droits de l’homme ne veut pas «fermer la porte» aux langues ancestrales
La Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) estime que le débat sur l’introduction du Kreol Morisien (KM) à l’Assemblée nationale ne doit pas conduire à fermer la porte aux autres langues ancestrales du pays, notamment le bhojpuri, l’hindi, le tamoul, le marathi, le télougou, l’ourdou et le mandarin.
Dans un document de position daté du 22 septembre, la Commission examine une plainte déposée par Dr Sarita Boodhoo, qui contestait le mandat du Select Committee chargé d’étudier l’introduction du KM dans les débats parlementaires. La plaignante ne s’oppose pas à cette reconnaissance et ne demande ni son report ni sa réouverture. Elle souhaite que la même possibilité reste ouverte aux autres langues ancestrales du pays.
La motion instituant le comité, adoptée le 4 août, lui demande d’examiner «l’introduction du Kreol Morisien dans les travaux de l’Assemblée nationale, et les questions qui y sont accessoires». Pour la commission, l’interprétation de cette dernière formulation revient au Select Committee. Une lecture large pourrait permettre au comité d’entendre des contributions sur les autres langues mauriciennes et sur les conséquences de l’introduction du seul créole mauricien.
La Commission souligne d’ailleurs que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, avait déclaré lors des débats parlementaires que le mandat du comité était suffisamment large pour «englober tous les aspects de la proposition». Elle estime, sur cette base, que le comité pourrait déjà recevoir des témoignages et des propositions concernant les autres langues, sans qu’une modification de son mandat soit nécessaire.
La CNDH ne se prononce toutefois pas sur les langues qui devraient finalement être reconnues au Parlement, ni sur les modalités, les coûts ou le calendrier d’une éventuelle réforme. Elle insiste sur une distinction entre le processus de délibération et son résultat : la question est de savoir si le comité peut examiner les autres langues, et non de déterminer à l’avance si elles seront admises dans les travaux parlementaires.
Selon les données du recensement de 2022, citées dans le document, le créole mauricien est parlé à domicile, seul ou en combinaison avec d’autres langues, par 89,9% de la population. Le bhojpuri arrive à 8,6%, l’hindi à 2,3%, le tamoul à 0,24%, l’ourdou à 0,13%, le marathi à 0,11%, le télougou à 0,09% et les langues chinoises regroupées à 0,16%.
La Commission considère ainsi que l’argument d’accessibilité est particulièrement fort pour le créole, tout en estimant que les autres langues constituent une question «vivante et substantielle» qui mérite d’être examinée.
Elle recommande que la politique linguistique parlementaire soit abordée sous l’angle du patrimoine national et de l’égal accès au débat public, plutôt que comme une compétition entre communautés. Elle recommande enfin d’envisager une réforme législative afin que la langue figure explicitement parmi les motifs de discrimination interdits par la Constitution et de réexaminer les dispositions qui limitent actuellement les travaux parlementaires à l’anglais, avec une exception pour le français.
Publicité
Publicité
Les plus récents