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«Chagos deal»
Maurice pris en étau entre Londres et Washington
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«Chagos deal»
Maurice pris en étau entre Londres et Washington
Maurice se retrouve au milieu d’une guerre diplomatique entre deux géants. D’un côté, Londres, qui a conclu un accord avec Port-Louis sur les Chagos et cherche à garantir l’avenir de la base militaire de Diego Garcia. De l’autre, Washington, où Donald Trump refuse désormais de soutenir cet accord sous sa forme actuelle. Et entre les deux, ce sont Maurice et les Chagossiens qui se retrouvent pris dans un bras de fer dont les enjeux dépassent largement la seule question de la souveraineté de l’archipel.
Le dossier Chagos entre ainsi dans une nouvelle phase d’incertitude. Au lendemain des critiques formulées par Donald Trump à New York, le ministre britannique de la Défense, Wes Streeting, a confirmé, hier, que Londres réexaminait l’accord conclu avec Maurice et que les paiements annuels prévus dans ce cadre étaient, pour l’heure, suspendus. Selon The Guardian, ces paiements devaient atteindre au moins 120 millions de livres sterling par an.
Interrogé sur BBC Radio 4, Wes Streeting a été catégorique : les paiements ne seront pas effectués «à ce stade». Il a surtout reconnu que l’accord, dans sa configuration actuelle, ne pouvait pas avancer sans le feu vert de Washington. L’objectif britannique est désormais de parvenir à une formule qui puisse recueillir l’accord des États-Unis, de Maurice et du Royaume-Uni.
Londres en position délicate
À Maurice, la situation est suivie avec attention et le gouvernement n’entend pas se précipiter avant de décider de sa prochaine manoeuvre. Selon une source gouvernementale, la situation est particulièrement complexe en raison des arrangements historiques entre Londres et Washington autour de Diego Garcia. «Toute cette situation constitue une véritable impasse, compte tenu du fait qu’il y a eu un échange de notes entre le Royaume-Uni et les États-Unis en 1966, après l’excision des Chagos. À l’heure actuelle, le traité lie Maurice et le Royaume-Uni, et Londres se retrouve dans une position délicate», souligne cette source.
Maurice conserve également l’option juridique. Selon nos informations, le gouvernement examine les différentes possibilités qui s’offrent à lui et suit de très près les développements avant de décider de la marche à suivre.
Pour l’heure, Port-Louis veut notamment attendre la suite des discussions à New York. Le ministre des Affaires étrangères, Ritish Ramful, se trouve dans la métropole américaine pour la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Il doit encore s’exprimer, tout comme son homologue britannique, Ed Miliband. Ce n’est qu’après ces différentes interventions et les développements diplomatiques qui en découleront que Maurice devrait déterminer son prochain mouvement.
Vijay Makhan : «Qu’est-ce qu’on va revoir ?»
Pour Vijay Makhan, ancien secrétaire aux Affaires étrangères, les déclarations britanniques soulèvent avant tout une question : «Qu’est-ce qu’on va revoir ?» À ses yeux, il est difficile d’imaginer que le réexamen britannique puisse porter sur la souveraineté.
«La souveraineté ? Je ne pense pas que les Britanniques puissent revoir cela, car ce sujet a été déterminé. La souveraineté appartient à Maurice. Les Nations unies ont passé une résolution, la Cour internationale de justice a déjà donné son avis, l’International Tribunal for the Law of the Sea a donné son avis et l’Union africaine est derrière Maurice», fait-il ressortir.
Pour Vijay Makhan, le véritable enjeu du réexamen se situerait donc ailleurs. «Ce n’est pas la question de la souveraineté. Je pense que c’est la question sécuritaire et l’opération de la base militaire de Diego Garcia.»
C’est justement Diego Garcia qui préoccupe les Britanniques. Pour Londres, l’enjeu central reste la base militaire américano-britannique. Wes Streeting a insisté sur la nécessité d’assurer à long terme la sécurité juridique et opérationnelle de cette installation stratégique dans l’océan Indien. Wes Streeting estime néanmoins que ce coût serait un «prix qui vaut la peine d’être payé» si l’accord permettait au Royaume-Uni de garantir sa capacité à opérer durablement depuis Diego Garcia.
Pour Vijay Makhan, il faudra désormais suivre de très près les prochains rendez-vous diplomatiques, qui pourraient être déterminants. Il cite notamment la présence de Ritish Ramful à New York et ses échanges avec son homologue britannique, Ed Miliband. Selon lui, ces discussions pourraient permettre de mieux cerner les intentions de Londres et de comprendre jusqu’où le Royaume-Uni compte aller dans le réexamen de l’accord.
Une autre étape sera également déterminante : la rencontre prévue entre Navin Ramgoolam et Jonathan Powell, National Security Adviser du Royaume-Uni, à Londres, fin septembre, après la visite privée du Premier ministre mauricien pour son bilan de santé.
Le bras de fer des géants
Vijay Makhan s’interroge également sur la posture adoptée par Donald Trump depuis le début de l’année dans le dossier Chagos. Il se demande si celle-ci ne trouve pas son origine dans un précédent différend entre Washington et Londres concernant l’utilisation de Diego Garcia. Selon son analyse, Keir Starmer avait initialement refusé l’utilisation de Diego Garcia pour frapper l’Iran, en raison de craintes juridiques liées au droit international.
Pour Vijay Makhan, c’est à partir de là que les problèmes auraient commencé. Il estime que Donald Trump aurait pris personnellement le refus britannique et que la position actuelle du président américain pourrait être interprétée comme une pression exercée sur la Grande-Bretagne. Et au milieu de cette confrontation, c’est Maurice qui se retrouve aujourd’hui à payer les pots cassés d’un problème entre deux géants, les États-Unis et le Royaume-Uni.
Vijay Makhan considère toutefois que Maurice ne doit pas céder à la précipitation. Selon lui, sur la question de la souveraineté, Port-Louis dispose d’une position solide. Il rappelle que les grandes instances internationales qu’il cite se sont déjà prononcées en faveur de Maurice. Pour l’ancien secrétaire aux Affaires étrangères, la stratégie mauricienne doit donc être celle de la prudence. Il ne faudrait pas prendre de décision précipitée alors que plusieurs discussions diplomatiques importantes sont toujours en cours.
Burnham veut trouver «une résolution»
Du côté britannique, Andy Burnham a lui aussi reconnu la nécessité de débloquer la situation. Après sa rencontre avec Donald Trump, le Premier ministre britannique a déclaré avoir «hérité de la situation» et estimé qu’une résolu- tion devait désormais être trouvée.
Il a souligné l’importance de protéger l’avenir de Diego Garcia, aussi bien pour les intérêts sécuritaires britanniques que pour ceux des États-Unis. Londres, a-t-il indiqué, travaillera afin de parvenir à une solution entre les différentes parties.
Ces déclarations interviennent alors qu’Andy Burnham s’était entretenu avec Navin Ramgoolam avant son déplacement à New York. Selon le compte rendu officiel mauricien de cet échange, le chef du gouvernement britannique avait réitéré son engagement à continuer à tout mettre en œuvre, avec les États-Unis, pour permettre la ratification du traité.
Le «réexamen» annoncé par Londres ne devrait toutefois pas prendre la forme d’une procédure formelle soumise à un calendrier précis. Du côté britannique, des sources gouvernementales soutiennent que les déclarations d’Andy Burnham et de Wes Streeting ne constituent pas nécessairement un changement fondamental de position, Londres ayant déjà considéré que le soutien américain était indispensable en raison du rôle stratégique de Diego Garcia.
Olivier Bancoult réclame une table ronde
Pour Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos, cette nouvelle phase d’incertitude ne doit surtout pas conduire à écarter les Chagossiens des discussions. Il réclame une table ronde réunissant toutes les parties concernées afin de déterminer les changements envisagés et leurs conséquences.
Olivier Bancoult rappelle également qu’un accord a déjà été signé entre Maurice et Londres. «Il faut trouver une solution car il y a un accord qui a été signé entre Maurice et Londres et il faut respecter cet accord. Mais avec la position du président Trump, c’est dommage de voir cela.» Il estime également que si Donald Trump souhaite apporter de nouveaux éléments au dossier, «il faut qu’il vienne le dire ouvertement avec les autorités concernées.»
Pour Olivier Bancoult, le plus inquiétant reste toutefois le temps qui passe. Alors que Londres, Washington et Port-Louis discutent de souveraineté, de sécurité et de Diego Garcia, les Chagossiens ayant vécu directement le déracinement vieillissent. «Le plus inquiétant dans tout cela est que les Chagossiens qui sont nés sur les îles Chagos sont de jour en jour en train de disparaître. Les souffrances sont en train de continuer et nous qui croyions qu’il y avait une solution, avec tous ces développements, le retour sur les îles Chagos est en train d’être retardé.»
Olivier Bancoult insiste sur la nécessité de trouver une solution avant qu’il ne soit trop tard. «Les Chagossiens et les générations chagossiennes veulent aller sur les îles Chagos, mais pas illégalement. On veut y aller avec toutes les procédures normales et des infrastructures, et c’est l’engagement des pays responsables.»
Pour lui, une éventuelle participation américaine aux négociations ne doit pas être menée dans l’ombre. «Si l’Amérique veut être partie prenante des négociations, qu’elle vienne le dire directement. Il faut voir quelles sont les propo- sitions qu’elle veut mettre sur la table.»
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