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Patrimoine audiovisuel
Coup de frais aux archives de la MBC
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Patrimoine audiovisuel
Coup de frais aux archives de la MBC
■ Les experts de l'INA , Madeleine Horvat et Thomas Monteil, aux archives de la MBC la semaine dernière.
Deux experts de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) étaient au chevet des archives de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) durant la semaine écoulée. Entre conservation des archives anciennes et archivage efficace des productions actuelles, Madeleine Horvat et Thomas Monteil expliquent l’objectif de leur mission. Une mission mise en place avec le soutien d’Expertise France.
L’archive la plus ancienne retrouvée à la MBC date de 1967. «Mais on n’est pas à l’abri de surprises». Constat de Thomas Monteil, chef de projet au sein du département INA Expertise et Consulting en France. Avec Madeleine Horvat, documentaliste multimédia à l’INA, ils ont passé cinq jours en mission aux archives de la station nationale.
Que montre l’archive la plus ancienne conservée à Moka ? «Malheureusement, l’étiquette est partie. C’est un film 16 millimètres, un support ancien, auquel on ne pouvait pas accéder», note Thomas Monteil. La MBC a donc 59 ans d’archives. Avec des trésors inestimables qui restent à découvrir. «À l’INA, on découvre tous les jours de nouvelles pépites. Si l’archive n’est pas forcément bien décrite et documentée, on ne peut pas forcément la retrouver.»
C’est l’un des enjeux de la mission organisée par Expertise France. Madeleine Horvat explique que l’équipe a été mandatée pour une analyse de la situation : voir comment les équipes travaillent, le côté technique et tous les acteurs de la chaîne, des producteurs d’archives aux utilisateurs. «L’idée est de réutiliser l’archive pour refaire des programmes.» La mission s’est achevée le vendredi 18 septembre par une première restitution à chaud des constats et des premiers axes d’évolution.
Dans quel état ces experts ont-ils trouvé les archives de la MBC ? Thomas Monteil assure qu’elles sont dans un état «assez classique pour des archives audiovisuelles». Il s’agit de supports compliqués à gérer, parce qu’ils sont fragiles. «La mission première de la MBC, c’est de diffuser. On peut comprendre que l’archive n’est pas forcément prioritaire pour ces institutions.»
Syndrome du vinaigre
L’expert souligne qu’il y a des supports qui vieillissent très mal, «qu’on soit à la MBC ou à l’INA. Certains films sont touchés par le syndrome du vinaigre, qui est une dégradation chimique du support et qu’il est très difficile de contenir, sauf avec beaucoup de moyens».
Le point positif des archives de la MBC : nombre d’entre elles, les vidéos notamment, sont conservées dans des boîtiers, dans un espace de stockage à l’environnement contrôlé. «Notre travail, c’est aussi de comprendre comment l’archive est dans cet état, pourquoi est-ce qu’il y a telle collection ? Pourquoi est-ce qu’il peut manquer des éléments ?» Comme l’espace de stockage n’est pas extensible, il faut prioriser pour retenir tous les documents importants, soit en termes de contenu, soit parce qu’ils sont fragiles en termes de vieillissement. Exemple : «Nous avons identifié beaucoup de CD audio issus probablement de la phonothèque de la radio. Ces supports n’ont pas un intérêt patrimonial immédiat pour la MBC puisque ça ne lui appartient pas», observe Thomas Monteil.
Il note que la numérisation des archives a été enclenchée en 2011 lors du déménagement de la station de la rue Pasteur à Curepipe vers Moka. Mais ce programme n’est plus actif. «Quand on parle d’archives, c’est à la fois des documents analogiques, mais aussi numériques. C’est presque plus compliqué à faire. Avec les évolutions technologiques, cela devient obsolète beaucoup plus rapidement. Hier, quand on perdait une bobine, on perdait une heure de programme. Aujourd’hui, on perd un disque dur, on perd des milliers d’heures de programme. Il y a des stratégies de sécurisation des données à mettre en place.»
Autre constat : il n’y a pas de circuit simple pour faire transiter informatiquement les informations de la grille de programme – la date de diffusion, qui était le présentateur, etc. – jusqu’au service des archives. Alors qu’elles sont pré- cieuses pour la description au moment de l’archivage.
Madeleine Horvat ajoute qu’il y a des inventaires des fonds plus anciens. «Il y aura certainement un travail de récolement à mener pour faire le lien entre l’archive physique, son fichier numérisé et les inventaires. C’est un gros travail qui demande une méthodologie.»
L’archivage est un procédé continu. «Sur les archives d’hier, on n’a pas l’idée de ce qui sera utile demain», résume Thomas Monteil. Avant de souligner que la MBC a une «bonne connaissance de sa collection. Mais il y a toujours des choses cachées dans l’archive audiovisuelle, parce que des documents sont difficilement accessibles.»
Qu’en est-il de la numérisation des archives de la MBC ? Tout n’est pas numérisé. C’est très rare que la totalité soit numérisée pour plein de raisons, indique l’expert. Les supports vieillissent, la connaissance des techniques d’hier se perd parce que les techniciens d’hier sont partis à la retraite. Cela devient aussi compliqué de trouver des pièces de rechange pour des machines qui ne sont plus fabriquées. Et la technologie de certains enregistrements est complexe à maintenir dans le temps. «Une fois qu’on a pu accéder à l’information, il faut regarder séquence par séquence, pour identifier qu’est-ce qui peut être intéressant.» C’est un travail de très longue haleine. L’expert de l’INA souligne que l’un des enjeux pour la MBC, c’est que «le patrimoine stocké, c’est bien, mais redonner accès, c’est beaucoup mieux.»
Les experts de l’INA
Madeleine Horvat est documentaliste multimédia à l’INA depuis 2013, en charge de l’enrichissement et de la valorisation des collections de l’institut, après des expériences en télévision (FranceTV, TF1) et en agence photo (PictureTank).

Formée initialement à la gestion de production audiovisuelle, elle est assistante sur des séries d’animation 3D avant de se spécialiser dans la documentation par le biais d’une formation à INA Campus. Depuis 2022, Madeleine s’investit aussi bien dans des formations internes à l’INA que dans des projets menés par le service Conseil expertise à l’international (Zimbabwe, Tunisie, Sénégal).
Thomas Monteil est chef de projet au sein du département INA Expertise et Consulting, depuis 2020. Il conçoit, coordonne et anime des projets de coopération avec des partenaires nationaux et internationaux, notamment des actions d’expertise, de conseil et de formation.

Dans le cadre de ses missions, il est également en charge de l’unité d’enseignement Gestion de Médias Numériques du Master Patrimoines Audiovisuels et intervient lors de différentes formations professionnelles.
Il a dit : «Les carias avaient la belle vie»

«Aussitôt que j’ai pris mes fonctions à la direction générale de la MBC, je me suis intéressé de près aux archives de la corporation. On ne peut pas dire que nos archives aient fait l’objet d’un intérêt particulier depuis une dizaine d’années. Les carias avaient la belle vie. J’ai donc sollicité de l’aide de l’INA, des spécialistes reconnus mondialement. Frédéric Bontems, l’ambassadeur de France, a été la cheville ouvrière qui a pu rendre concrète notre demande.
Il y a dans nos archives de vrais trésors qui racontent notre histoire et que notre jeune génération doit pouvoir découvrir. Quand tout le travail de restauration et de numérisation sera terminé, on pourra dire que notre mémoire sera conservée.
Nous mettrons alors en place un système qui permettra à toute la population, aux journalistes, aux historiens, aux étudiants ou simples curieux de consulter nos archives et d’en faire l’acquisition. Les archives prennent leur vrai sens quand elles sont accessibles à tous. C’est tout au moins ainsi que je le conçois.»
Alain Gordon-Gentil, directeur général de la MBC, expliquant la collaboration entre la station nationale et l’INA
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