Publicité
«World Cleanup Day»
Maurice commence enfin à compter ses déchets
Par
Partager cet article
«World Cleanup Day»
Maurice commence enfin à compter ses déchets
À Maurice, on nettoie. Mais jusqu’ici, on comptait peu. C’est précisément ce que le Mauritius Cleanup Day entend changer. Hier, dimanche 20 septembre, lors du showcase organisé à Les Suites by The Docks, à Port-Louis, les organisateurs ont présenté une opération qui ne s’est pas limitée au ramassage : chaque sac de déchets a été trié, chaque matière comptabilisée.
De Bambous à Rose-Belle, de Highlands à Quatre-Bornes, de Belle-Rose au Caudan, mais aussi à Tamarin et La Preneuse, plus de 50 organisations ont participé à cette vaste opération. Plastique, verre, déchets généraux : l’objectif était de savoir, enfin, ce que Maurice abandonne dans son environnement.
«Il n’existe aucun relevé. Il n’y en a jamais eu. Nous n’avons pas les données», a constaté Tomek Joseph, de Clean Moris. C’est précisément ce déficit que cette édition veut commencer à combler.
L’ambition est de produire un National Impact Report, présenté comme une première mondiale du genre. Chaque sac collecté sera notamment converti en équivalent CO₂, afin de mesurer l’empreinte environnementale de l’opération. «Aucun nettoyage n’avait jusqu’ici mesuré son impact», a souligné Tomek Joseph.
Les chiffres avancés lors de la présentation donnent déjà la mesure du problème : 80 % des déchets marins proviendraient des terres et le plastique représenterait environ 85 % de ces déchets. Maurice produirait quelque 75 000 tonnes de plastique par an. Seulement 4 % seraient collectés en vue du recyclage, sans même que l’on sache quelle proportion finit réellement recyclée. Dans le monde, le taux de recyclage du plastique serait d’environ 8 %.
La formule de Tomek Joseph se veut volontairement brutale : «Chaque minute, un camion-poubelle rempli de plastique finit dans l’océan.» À Maurice, autre constat inquiétant présenté lors du showcase : les microplastiques seraient dix fois plus nombreux au large que dans le lagon.
Mais pour les organisateurs, réduire la crise des déchets à un problème de comportement individuel serait trop facile. L’audit des déchets doit également interroger les producteurs, la surconsommation et la surproduction. «Le nettoyage ne doit pas simplement consister à ramasser les déchets», insiste Joseph.
Krishna Pentayah, CEO de Sov Lanatir, défend la même approche systémique. Son organisation travaille notamment sur la restauration des forêts et la régénération des mangroves à Trou-d’Eau-Douce, avec l’implication de jeunes dans la recherche. Il évoque aussi une évolution dans la manière de penser les projets environnementaux : «Au départ, nous pensions planter un million d’arbres. Puis, en comprenant mieux les sciences, nous avons réalisé que les écosystèmes et les systèmes comptent davantage que les chiffres.»
Le message du Cleanup Day est finalement là : un sac de déchets n’est pas qu’un sac de déchets. Il est le symptôme d’un système de production, de consommation et de gestion. Et pour agir efficacement, Maurice devra désormais disposer de données solides.
«Nous avons besoin de données pour élaborer des politiques fortes», a rappelé l’équipe du projet.
Ce 20 septembre, Maurice n’a donc pas seulement nettoyé ses rues, plages et espaces publics. Elle a commencé à regarder ce qu’elle jette. Et à le compter.
Publicité
Publicité
Les plus récents