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Questions à...
Chid Rughoobar : «Quatorze mois de bannissement»
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Questions à...
Chid Rughoobar : «Quatorze mois de bannissement»
Chid Rughoobar, président de la Bank of Mauritius Employees Union et analyste financier de la BoM.
La charge provisoire de Rogue and Vagabond a été rayée jeudi 17 septembre en cour de Mahébourg, après près de 14 mois. Soulagé, mais loin d’avoir oublié, Chid Rughoobar revient sur son arrestation, les violences policières qu’il affirme avoir subies, sa suspension de la Banque de Maurice (BoM) et les répercussions sur sa famille, sa carrière et son quotidien.
Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez appris que la charge provisoire qui pesait sur vous depuis 14 mois venait finalement d’être rayée ?
J’ai ressenti du soulagement, mais je n’oublierai pas ces 14 mois. Pour comprendre ce que représente la radiation d’une charge provisoire, il faut savoir ce qui s’est passé. Le 13 juillet 2025, j’étais avec deux camarades près de chez moi. Je soutiens avoir eu une altercation avec des policiers, puis avoir été frappé et arrêté après avoir filmé leur véhicule. Au poste de Mahébourg, j’affirme avoir été battu par quatre policiers et contraint d’effacer la vidéo. J’avais appelé le 148 à 2 h 08 pour signaler que j’étais frappé.
J’ai ensuite passé la nuit à Rose-Belle dans une cellule. J’ai trouvé cela éprouvant : sans eau, sans nourriture et pratiquement sans sommeil, avant d’être transporté vers PortLouis menotté. Je me suis senti humilié. Une charge provisoire n’est pas seulement inscrite sur un papier : elle peut marquer une vie.
Au-delà de la cour, quelles ont été les conséquences concrètes sur votre vie personnelle, sur votre réputation et votre quotidien ?
Tout a basculé. Je n’avais pas été condamné, mais malgré la présomption d’innocence, le regard de la société et du travail change.
Le lendemain de mon arrestation, j’ai informé ma hiérarchie à la BoM et montré les marques que j’affirmais avoir sur le corps. La BoM a ensuite engagé une procédure disciplinaire contre moi, mais celle-ci n’a pas été finalisée puisque j’ai été suspendu le 25 août 2025. La Banque a par la suite communiqué publiquement sur cette affaire. Cela a eu un impact important sur ma carrière et pourrait aussi avoir des conséquences à l’avenir.
Ma famille a beaucoup souffert. Mes sœurs voyaient les articles paraître et entendaient les commentaires. Mon quotidien était bloqué : passeport saisi, impossibilité de voyager, difficultés pour obtenir un prêt ou une carte de crédit, comparutions en cour tous les trois ou quatre mois. Même lors de démarches universitaires, on me demandait ce qui m’était arrivé. De moins en moins de personnes répondaient à mes appels.
Après tout ce que vous avez traversé, qu’attendez-vous désormais ?
Je ne souhaite pas qu’une autre personne vive cela. À ce jour, je soutiens qu’aucune enquête n’a été menée sur les violences que j’allègue avoir subies. J’avais saisi l’Independent Police Complaints Commission et, selon moi, l’une de mes plaintes en ligne a même été perdue. Cela me fait douter de ce que j’ai vécu.
J’espère que le gouvernement respectera sa promesse concernant les charges provisoires. Une charge provisoire n’est pas seulement une procédure : derrière, il y a une vie, une famille, une carrière et une réputation.
Avec le recul, comment résumeriez-vous ces 14 mois ?
La charge a été rayée et je suis soulagé, mais je ne pourrai pas oublier. Comme dans le Ramayan, je peux parler de «14 mois de bannissement». J’ai lu le livre de Touria Prayag consacré aux histoires humaines derrière les charges provisoires. Trois ans après sa publication, ces calvaires existent encore.
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