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Interview

Clarel Beeharry (Coach de l’ASPL 2000) : «Les petits enfants de l’ASPL 2000 ont écrit l’histoire...»

20 septembre 2026, 21:00

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Clarel Beeharry (Coach de l’ASPL 2000) : «Les petits enfants de l’ASPL 2000 ont écrit l’histoire...»

Coach Clarel Beeharry et son fils Stewel, buteur décisif au match aller, sont tous deux passés par la Liverpool Football Academy...

Coach à la Liverpool Football Academy (ayant d’ailleurs suivi une formation au Liverpool FC, en Angleterre), Clarel Beeharry a ensuite fait ses armes à Rasta Wanderers en D1 avant d’atterrir à l’ASPL 2000 en milieu de saison dernière. Avec l’équipe port-louisienne, il vient de marquer l’histoire en décrochant la qualification pour le 2e tour préliminaire de la Coupe de la CAF (victoire 0-1 au Botswana face à Jwaneng Galaxy, 1-2 au score cumulé). Une aventure humaine extraordinaire avec une bande de gamins qu’il avait déjà côtoyés et formés au sein de la Liverpool Football Academy (huit joueurs sont concernés), dont son fils, Stewel, auteur d’un but important à l’aller ! Et dire que beaucoup lui conseillaient de ne pas miser sur des jeunes sans expérience dans le grand bain de la Coupe d’Afrique… Pour Clarel Beeharry, 48 ans, cet exploit de l’ASPL 2000 est aussi un signe du destin : «Bondié ine met moi à nouveau lor la route de Sarjoo Gowreesunkur, mon mentor, qui m’apprend à bien coacher l’équipe et qui a été mon entraîneur à Pamplemousses quand je n’avais que 25 ans…» Sacrée histoire !

Sarjoo Gowreesunkur, Clarel Beeharry, Gino Labutte, Etienne Liva Rasoanaivo… Combien d’entraîneurs compte l’ASPL 2000 et qui fait quoi dans tout ça ?

(rires) C’est assez spécial comme situation, c’est vrai ! Je suis entraîneur principal de l’équipe de l’ASPL 2000. Mais Sarjoo et moi on s’est retrouvés en tribunes au retour au Botswana pour une erreur technique bête. Le nom de Sarjoo était mal écrit et mon nom a été inversé avec celui de mon assistant Gino Labutte ! C’est donc Etienne Liva Rasoanaivo, le frère de Fidy qui était sur le banc, avec Gino Labutte, quand on a battu Jwaneng Galaxy samedi. J’ai donc été obligé de donner les consignes à distance…

Et Sarjoo alors, quel est son rôle au sein du club ?

C’est mon mentor ! C’est lui qui m’a fait venir à l’ASPL l’année dernière. Nous travaillons ensemble. Je m’occupe de l’équipe et il m’encadre. Il me pose des questions à chaque étape et je lui explique ce que je fais, pourquoi et comment je mets telle chose en place. Il partage sa riche expérience avec moi et cela fonctionne très bien, comme vous le voyez ! «Bondié ine met moi à nouveau lor la route de Sarjoo», mon mentor, qui m’apprend à bien coacher l’équipe et qui a été mon entraîneur quand je n’avais que 25 ans…

Il faut dire que Sarjoo Gowreesunkur a déjà été votre coach avant… La connexion est facilitée ?

Exactement. Il a été mon entraîneur à Pamplemousses pour la préparation de la Coupe d’Afrique, aux alentours de 2008. Sarjoo possède le diplôme CAF A. Il m’a dit qu’il avait l’intention de raccrocher, qu’il était fatigué. Mais après la qualification samedi, il a été submergé par l’émotion. À la fin, tous mes joueurs ont pleuré de joie, comme des enfants.

758b00ab-6457-41d4-a220-caf2336dfc5f (1) Clarel Beeharry a énormément appris de son mentor Sarjoo Gowreesunkur (à dr.) et l’a mis en application comme un chef !

Cela m’a marqué. Sarjoo a pleuré aussi. Il m’a confié qu’il ne s’attendait plus à vivre de telles émotions à son âge. C’était un moment très fort pour toute notre équipe. Sarjoo a partagé sa grande expérience des Coupes d’Afrique avec moi, qui suis novice à ce niveau. Lui et moi nous nous comprenons bien, il me laisse travailler et j’apprends beaucoup à ses côtés.

Depuis le passage à la régionalisation, le football mauricien attendait désespérément un exploit comme celui-ci. Quel est le secret tactique derrière cette énorme victoire de l’ASPL 2000 ?

Même derrière mes joueurs, en tribune, j’ai réussi à les coacher ! Dans un premier temps, nous avions commencé en 4-1-4-1, mais cela ne fonctionnait pas. Ils venaient trop sur nous. À un moment, j’ai dit : nous passons en 4-4-2 à la mi-temps et nous allons les presser. Sarjoo m’a demandé : «To sûr de ce que to pe faire là ?» Je lui ai répondu : «Sarjoo, mo pe prend ene risque calculé. Mone aprann sa ar ou même, oune oublié ?» Ça passe ou ça casse !

Depuis le match aller à Maurice, j’avais observé leur façon de jouer et je savais que si nous ne tentions rien, ils seraient dangereux et nous perdrions au retour. J’ai sorti nos deux joueurs camerounais ainsi que notre capitaine à la mi-temps pour faire entrer Yoan Roussety. L’entraîneur adverse pensait que nous allions conserver le même système et n’a rien changé. Mais nous avons marqué à la 74e minute : cela a fonctionné ! Nous avons récupéré un ballon dans leur surface, accéléré en contre-attaque ; Yoan Roussety a placé une tête, le gardien a repoussé, mais Kewell Leclerc a suivi pour marquer sur la reprise.

Coup d’essai, coup de maître pour le jeune coach que vous êtes et qui découvrait la Coupe d’Afrique. Quelle est votre méthode ?

Je voudrais que tout le monde comprenne cela à Maurice : c’est avec les jeunes que nous relancerons notre football ! Il y a cinq valeurs que l’on doit retrouver chez nos footballeurs : ambitious, technical, tactics, mental, dignity. Quand je suis parti à Anfield pour ma formation, c’est ce que j’ai appris. Aujourd’hui, je mets en pratique ces principes.

C’est-à-dire ?

Entre les deux matchs, j’ai insisté sur la récupération et le mental ; nous n’avions pas assez de temps pour travailler autre chose. Je n’ai pas hésité à leur retirer leurs téléphones portables ! À leur faire faire de la méditation. Mais aussi un travail sur la communication entre eux : je les ai divisés en trois groupes pour réaliser des exercices collectifs.

Et, finalement, nous avons marqué l’histoire à deux reprises : mon fils Stewel est devenu le plus jeune joueur mauricien à marquer en Coupe d’Afrique à 18 ans et nous sommes la première équipe du pays à gagner à l’étranger depuis la régionalisation.

Un résultat éclatant alors que peu de gens croyaient en vous, n’est-ce pas ?

Mes dirigeants n’y croyaient pas trop non plus. Ils m’ont dit : «Ok, tu as obtenu des résultats en championnat, mais cette équipe ne pourra pas jouer la Coupe d’Afrique. Ce sont des jeunes sans expérience.» Mais j’ai maintenu qu’il fallait respecter l’ambition de ces joueurs. Aujourd’hui, je suis fier qu’ils m’aient donné raison.

Les «baby Gunners» de l’ASPL ont vite appris alors ?

Oui, après ces deux matchs, on peut dire que les enfants ont bien grandi. Je leur avais dit que je bâtissais une équipe jeune parce que je croyais en eux. Ces jeunes ont prouvé à Maurice qu’avec des jeunes, on peut gagner. Les petits de l’ASPL 2000 ont écrit l’histoire...

Pourtant, ces jeunes ne reçoivent aucune rémunération. Aucun bonus. Souvent, nous n’avions même pas de bons terrains pour nous entraîner. Nous avons connu beaucoup de difficultés. Quand je suis arrivé la saison dernière, nous nous battions pour éviter la relégation. Nous avons réussi à accrocher la 6e place et à nous qualifier pour l’Afrique. Vous connaissez la suite.

Maintenant, si l’on décide de motiver ces jeunes, de les encadrer comme il faut et d’investir pour les faire progresser, je suis sûr que nous pouvons faire encore mieux que le Cap-Vert !

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

À l’ASPL 2000, il y a sept joueurs issus de la Liverpool Football Academy, où je les entraînais moi-même, dont mon fils Stewel, buteur au match aller à Côte-d’Or. «Depi tipti, zot avec moi.» Pendant ma formation en Angleterre, on m’a appris qu’il fallait donner leur valeur aux enfants. Aujourd’hui, je constate qu’ils disaient vrai.

Maintenant, j’ai envie de développer notre propre style de jeu : un «ASPL 2000 way», avec des principes clairement définis, appliqués dans toutes les catégories d’âge du club.

La suite s’annonce plus corsée avec Durban City au prochain tour. Comment aborderez-vous ce match ?

Déjà, nous savourons cette qualification. Nous avons été accueillis dans la liesse par le Junior Minister des Sports, Tony Appolon, ainsi que par nos supporters, et cela fait très plaisir.

La plupart de mes joueurs sont partis avec la sélection U-20 au Mozambique pour la Cosafa Cup, avec Sarjoo justement, et je leur souhaite bonne chance ! Sarjoo et moi partageons la même philosophie concernant les jeunes. 9b4a0ab7-59e7-46c1-888d-3d94b3f5821b (1)

Retour triomphal de l’ASPL 2000 du Botswana, accueilli par le Junior Minister Tony Apollon, dimanche soir, à l’aéroport.

Avant de défier Durban City, le mot d’ordre sera : Respect. Fort ou faible, il faut du respect avant tout, quel que soit l’adversaire.

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