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Éclairage

BRICS 2026 : New Delhi dessine un contrepoids à la puissance occidentale

16 septembre 2026, 18:00

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BRICS 2026 : New Delhi dessine un contrepoids à la puissance occidentale

Le sommet des BRICS (formé à l’origine par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, puis élargi à des pays émergents du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie du Sud-Est), à New Delhi les 12 et 13 septembre, marque une nouvelle étape dans la transformation d’un regroupement né comme une idée économique en une force politique appelée à peser davantage sur l’ordre mondial. L’adoption de la Déclaration de New Delhi, fruit de négociations entre onze pays aux intérêts souvent divergents, constitue en elle-même un résultat important.

Le document ne proclame pas la naissance d’un nouvel ordre mondial. Il ne désigne pas non plus explicitement les États-Unis comme adversaire. Mais son contenu traduit une volonté de plus en plus nette : réduire la capacité de l’Occident à définir seul les règles du jeu économique, financier et diplomatique international. Le premier enseignement du sommet est le poids désormais acquis par les BRICS. Les onze membres constituants (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Égypte, Éthiopie, Indonésie, Iran, Arabie Saoudite et Émirats arabes unis) représentent environ la moitié de la population mondiale, 40 % du PIB mondial et 26 % du commerce international, selon les données reprises dans le document de référence.

Ce poids donne aux BRICS une capacité de négociation qui n’existait pas lorsque le groupe se limitait au Brésil, à la Russie, à l’Inde et à la Chine, rejoints ensuite par l’Afrique du Sud. L’élargissement a surtout changé la nature du groupe. Avec les grands producteurs d’hydrocarbures du Golfe, les économies africaines et l’Indonésie, les BRICS disposent désormais d’une représentation géographique beaucoup plus large et d’un éventail de ressources économiques, énergétiques et démographiques considérable.

Mais leur véritable force ne réside pas seulement dans les chiffres. Elle est dans leur capacité potentielle à mettre en commun une partie de leur poids économique pour négocier avec les institutions historiquement dominées par les puissances occidentales. La Déclaration de New Delhi réclame une réforme de la gouvernance mondiale et une représentation plus importante des économies émergentes et en développement. Elle vise notamment les institutions multilatérales et le fonctionnement du système international. La déclaration affirme l’objectif d’un ordre international «plus juste», plus représentatif et plus efficace. DE

«Rule takers» À «rule sharer»

Pendant plusieurs décennies, les pays émergents ont largement participé à un système économique dont les principales règles étaient définies à Washington, Bruxelles ou dans les grandes institutions financières internationales. Les BRICS veulent désormais passer du statut de «rule takers» à celui de «rule shapers», selon la formule défendue par Narendra Modi. Il ne s’agit donc pas nécessairement de détruire le système existant. L’approche indienne consiste plutôt à réclamer une place beaucoup plus importante à la table où se prennent les décisions.

Cette nuance est essentielle. Si la Chine, la Russie et l’Iran sont beaucoup plus disposés à présenter les BRICS comme une alternative à la domination américaine, l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud privilégient davantage, en revanche, une logique de réforme du système existant et de diversification des centres de pouvoir. C’est cette seconde approche qui a marqué le sommet de New Delhi.

La Déclaration critique néanmoins plusieurs instruments de la puissance occidentale. Elle exprime notamment une forte préoccupation à l’égard des mesures commerciales restrictives, des sanctions et du protectionnisme. Elle défend également la souveraineté des États, le droit international et le rôle central de la Charte des Nations unies.

Le message est clair : les BRICS refusent que les sanctions économiques ou les mesures commerciales décidées par une puissance ou un groupe de puissances deviennent des instruments permettant de contraindre le reste du monde. Sur ce terrain, la confrontation avec les États-Unis est évidente, même lorsque Washington n’est pas mentionné.

La question monétaire constitue un autre front. Le sommet n’a pas véritablement relancé l’idée d’une monnaie commune des BRICS destinée à concurrencer le dollar. Le réalisme économique a prévalu. Une monnaie unique supposerait des niveaux d’intégration financière, de coordination monétaire et de confiance politique que les membres sont loin d’avoir atteints.

En revanche, la stratégie adoptée est beaucoup plus pragmatique : développer les règlements en monnaies nationales et construire des systèmes de paiement transfrontaliers plus autonomes. La Déclaration confirme les travaux sur l’interopérabilité des systèmes de paiement et sur l’utilisation des monnaies locales dans le commerce et les investissements. C’est probablement une menace plus crédible à long terme pour la domination du dollar qu’une hypothétique monnaie BRICS.

L’après-sommet rappelle par ailleurs que, malgré leur force de frappe, les BRICS ne forment pas encore un bloc homogène et font face à des limites institutionnelles. Le groupe souffre de contradictions internes qui freinent sa capacité d’agir collectivement. Il réunit des pays qui n’ont ni les mêmes intérêts économiques ni les mêmes alliances stratégiques.

Leadership du sud global

L’Inde et la Chine restent, par exemple, des rivales géopolitiques. La Russie entretient une confrontation avec l’Occident. L’Iran est directement confronté aux États-Unis et à Israël. L’Arabie Saoudite et les Émirats entretiennent, eux, des relations étroites avec Washington. La présence simultanée de l’Iran, des Émirats arabes unis et de l’Arabie Saoudite a d’ailleurs donné au sommet une dimension diplomatique particulière dans le contexte des actuelles tensions au Moyen-Orient.

La déclaration a toutefois réussi à maintenir un consensus sur des sujets extrêmement sensibles. Produire un texte commun malgré des intérêts contradictoires constitue donc à la fois la force et la faiblesse des BRICS. Ils peuvent parler ensemble, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils agiront ensemble.

C’est dans ce contexte qu’il faut interpréter la présidence indienne de 2026. New Delhi ne cherche manifestement pas à transformer les BRICS en une alliance militaire ou en un front idéologique contre les États-Unis. L’Inde veut plutôt faire du groupe un instrument de sa propre stratégie d’autonomie stratégique.

C’est une position particulièrement habile. L’Inde appartient à des structures de coopération avec les États-Unis et leurs alliés tout en participant aux BRICS et à l’Organisation de coopération de Shanghai. Elle refuse donc de choisir définitivement entre Washington, Pékin et Moscou. Sa stratégie consiste à devenir un pôle de puissance capable de dialoguer avec tous.

Le sommet de New Delhi lui a donné une occasion de démontrer cette capacité. La présidence indienne a privilégié la résilience des chaînes d’approvisionnement, l’innovation, la santé, la sécurité alimentaire, le climat, l’intelligence artificielle, la coopération numérique et le développement. Plus de 400 réunions et engagements liés aux BRICS ont été organisés dans une trentaine de villes indiennes pendant l’année de présidence.

New Delhi cherche ainsi à donner aux BRICS une dimension moins idéologique et plus opérationnelle. Certes, ils ne constituent pas encore une alternative structurée à l’Union européenne, au G7 ou au système financier dominé par le dollar. Comme ils n’ont ni l’intégration institutionnelle de l’Union européenne ni la cohésion politique nécessaire pour parler d’une seule voix sur tous les grands conflits. Mais les sous-estimer serait une erreur. Car ce bloc impose aujourd’hui un nouveau monde multipolaire avec lequel l’Occident devra compter…

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