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Politico

La stabilité n’est pas l’immunité

21 septembre 2026, 19:00

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Le système financier mauricien tient bon. C’est la bonne nouvelle du dernier Financial Stability Report de la Banque de Maurice. Mais c’est aussi, paradoxalement, le moment où il faut se méfier de l’excès de confiance. Une économie peut être stable, tout en devenant progressivement plus vulnérable. À Maurice, les deux réalités coexistent.

Les chiffres donnent d’abord une impression rassurante. Le secteur bancaire est solidement capitalisé et suffisamment liquide. Ses actifs atteignaient quelque Rs 2800 milliards en décembre 2025, pour environ Rs 2 200 milliards de dépôts. Les indicateurs de solvabilité et de liquidité restent au-dessus des exigences réglementaires, tandis que les créances douteuses diminuent et que la rentabilité s’améliore. Les tests de résistance de la Banque centrale suggèrent en outre que les banques pourraient absorber différents scénarios de choc.

Mais la solidité d’une petite économie ouverte ne se mesure pas uniquement à la résistance de ses banques. Elle se mesure aussi à la nature des vents auxquels elles sont exposées. Or ces vents se renforcent. Les tensions géopolitiques, notamment au MoyenOrient, menacent les approvisionnements et les prix des matières premières. Les trajectoires divergentes des grandes banques centrales compliquent les conditions financières internationales. Et la roupie, malgré un léger rebond en juillet, reste sous pression : elle s’est dépréciée de 2,9 % face au dollar depuis janvier.

L’inflation rappelle, elle aussi, que la stabilité macroéconomique n’est jamais acquise. À 4,9 % sur un an en août, contre 4,4 % en juillet, elle accélère alors même que les ménages doivent composer avec un coût du logement élevé. La hausse des prix de l’essence n’est qu’un rappel supplémentaire de la dépendance de Maurice aux chocs importés.

C’est peut-être du côté des ménages que se trouve la fissure la plus discrète. Leur endettement augmente tandis que les prix immobiliers restent élevés. La Banque centrale relève déjà une progression des créances douteuses sur les prêts immobiliers, particulièrement chez les emprunteurs à faibles revenus. Une nouvelle hausse des taux, une dégradation du marché du travail ou simplement une inflation persistante pourrait transformer cette vulnérabilité en problème plus large.

Les entreprises offrent un tableau plus confortable, mais pas entièrement serein. Le crédit progresse et les résultats demeurent solides. Pourtant, les secteurs liés à l’immobilier montrent des signes de fragilisation et les exportateurs restent à la merci d’une demande mondiale moins vigoureuse.

La vulnérabilité de Maurice est surtout celle de son modèle : son ouverture est sa force et son talon d’Achille. Les banques sont connectées aux marchés étrangers ; les fonds de pension et les assureurs investissent davantage à l’extérieur, tandis que le Global Business gère quelque 755 milliards de dollars d’actifs depuis Maurice. Cette internationalisation apporte des revenus et de la profondeur à la place financière. Elle transmet aussi rapidement les secousses venues d’ailleurs.

Même le débat sur l’investissement étranger mérite cette nuance. Des milliards peuvent changer de propriétaire sans créer une seule usine, un seul emploi supplémentaire ou une nouvelle capacité d’exportation. La quantité de capitaux compte moins que leur qualité économique.

Le verdict de la Banque de Maurice est donc rassurant, mais il ne doit pas être anesthésiant. Le risque systémique demeure modéré. Tant mieux. Mais la stabilité financière n’est pas un état permanent : c’est un capital qu’il faut préserver.Maurice ne manque pas de pare-chocs. La vraie question est de savoir combien de chocs ils pourront encore absorber.

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