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Bail and Remand Court
Mamy Ravatomanga : «Je nie toutes les allégations formulées contre moi»
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Bail and Remand Court
Mamy Ravatomanga : «Je nie toutes les allégations formulées contre moi»
La demande de remise en liberté de Mamy Ravatomanga a franchi, sa dernière étape d’auditions. Entendu par visioconférence depuis Melrose, l’homme d’affaires malgache a rejeté les accusations de la Financial Crimes Commission, contestant plusieurs éléments de l’enquête de cette institution et promettant de rester à Maurice s’il est libéré. Sa fille, son ancien avocat français et un éventuel garant ont également témoigné. Les plaidoiries sont prévues aujourd’hui et la décision de la Bail and Remand Court (BRC) est attendue le 21 septembre.
Depuis sa cellule de Melrose, Maminiana Ravatomanga a choisi de parler lui-même. Face à la Bail and Remand Court (BRC), il a livré une longue déclaration dans laquelle il a réfuté les principaux éléments avancés contre lui par la Financial Crimes Commission (FCC), tout en présentant les garanties qu’il entend offrir s’il retrouve la liberté.
«Merci de me donner la parole. Je nie toutes les allégations formulées contre moi», a-t-il déclaré d’emblée.
Son premier argument est celui de ses attaches à Maurice. «Je fais des affaires et entretiens des relations bancaires depuis plus de 30 ans à Maurice», a-t-il expliqué. Il affirme avoir toujours déclaré son statut de personne politiquement exposée (PEP) et soutient que ses opérations bancaires ont constamment été soumises aux mesures de vigilance renforcée des autorités mauriciennes.
Bois de rose : «l’enquête n’a jamais été rouverte»
Ravatomanga s’est longuement arrêté sur le volet du bois de rose et sur les informations attribuées au Parquet national financier (PNF) français. Il conteste notamment une affirmation qui avait été avancée lors d’une précédente audience selon laquelle une enquête du PNF portant sur le bois de rose et la corruption aurait été rouverte. «Le PNF n’a jamais rouvert ce dossier», a-t-il soutenu, avant de renvoyer à un communiqué du Parquet français daté du 15 mars 2026.
Il a également contesté son rôle dans Litchi Trading Company. «Je ne détiens que 20 % des intérêts bénéficiaires de la société LTC», a-t-il affirmé. Il nie en être signataire des comptes bancaires ou directeur.
Même démenti concernant plusieurs autres sociétés citées au cours des débats. Il affirme n’être directeur ni de Madarail, ni de Freedom, ni de Malenga.
À propos du Groupement exportateur de litchis (GEL), il rejette également l'idée d'avoir bénéficié d'une délégation de service public. Selon lui, le mécanisme avait été planifié par le directeur des affaires juridiques du ministère malgache du Commerce.
Accusations financières rejetées en bloc
L’homme d’affaires s’est ensuite attaqué à plusieurs transactions évoquées par la FCC. «Concernant le prétendu versement de 500 000 dollars américains sur mon compte personnel, j’invite M. Aleear à introduire la preuve parce que cette transaction n’existe pas», a-t-il affirmé. Il nie également les transferts allégués de SONAPAR vers Freedom.
Et concernant les cinq millions de dollars qui auraient, selon les allégations présentées devant la BRC, été remis en espèces à Dubaï, sa réponse est catégorique : «Je n’ai jamais reçu 5 millions de dollars en espèces à Dubaï.» «Toutes les autres accusations sont également fausses», a-t-il ajouté.
Mamy Ravatomanga affirme par ailleurs ne pas être poursuivi en France dans le dossier des litchis. Il dit avoir été interrogé par le PNF dans le cadre d’une enquête visant, selon lui, deux bénéficiaires économiques français soupçonnés d’infractions en France. Il soutient que cette procédure demeure à un stade préliminaire.
«Vendetta politique»
Sur ses motivations à quitter Madagascar pour Maurice, Mamy Ravatomanga donne une explication directement liée à sa sécurité. «Je n’ai rien à cacher, je n’ai rien à me reprocher. Je suis venu à Maurice parce que ma vie et celle de ma famille était en danger à Madagascar», a-t-il déclaré.
Il se présente comme la victime d’une «vendetta politique». Il cite notamment la ministre malgache de la Justice, qu’il affirme avoir poursuivi devant la justice en 2022 et qu’il considère comme l’une des personnes à l’origine des accusations dirigées contre lui. Il nie également toute implication dans la fuite de Carlos Ghosn, assurant que cette affaire ne lui avait jamais été reprochée.
Sur les bateaux évoqués par la FCC, il est tout aussi catégorique. «Le groupe Sodiat ne possède aucun bateau.» Il affirme que les sociétés du groupe à Madagascar sont, depuis janvier dernier, sous administration provisoire et que les avions ont été immobilisés et placés sous saisie par les autorités malgaches.
La santé au cœur de sa demande
C’est toutefois sur son état de santé que Ravatomanga a livré l’un de ses témoignages les plus personnels. Il affirme avoir une artère obstruée à 100 %, de souffrir de cholestérol, de diabète et d’hypertension. Pour lui, les moyens médicaux disponibles à Melrose ne correspondent pas à la gravité de sa situation. «La détention est extrêmement difficile par rapport à ma santé», a-t-il déclaré.
Il a affirmé avoir subi quatre ou cinq crises en prison, accompagnées de «douleurs atroces» au niveau du thorax. Selon lui, les caméras de surveillance et les témoignages de codétenus pourraient confirmer ces épisodes. «Heureusement que j’avais en ma possession un médicament qui m’avait été prescrit par mes cardiologues», a-t-il expliqué. «Je survis grâce à des médicaments.»
La question des infrastructures médicales de Melrose a d’ailleurs été directement abordée avec Jean Alex Casimir, représentant de la prison et témoin appelé par la FCC. Interrogé par Me Trishul Naga, avocat de la FCC, celui-ci a confirmé la disponibilité d’une ambulance, d’un service d’urgence 24 heures sur 24 et d’un appareil ECG. Il a également indiqué que les détenus peuvent faire venir des médicaments de l’extérieur.
Me Khushal Lobine, un des avocats de l’homme d’affaires malgache, a néanmoins voulu confronter le témoin au rapport de la commission d’enquête présidée par Paul Lam Shang Leen, rendu public en juin 2025 et faisant état de déficiences dans la réponse médicale ainsi que de l’absence de protocole d’urgence à Melrose. Me Naga s’y est opposé. La Cour a relevé que ces éléments figuraient déjà au dossier et que Paramhans Aleear avait auparavant témoigné sur les facilités médicales disponibles.
«Je resterai à Maurice»
Sur le risque de fuite, Mamy Ravatomanga affirme avoir pris lui-même des dispositions pour rassurer la justice. «J’ai demandé à ma fille de remettre tous les passeports aux autorités mauriciennes et c’est déjà fait», a-t-il affirmé.
Il insiste également sur son absence de condamnation pénale. «Mon casier judiciaire est irréprochable. Je n’ai jamais été condamné», a-t-il déclaré, rappelant avoir traversé des changements successifs de régime à Madagascar sous huit chefs d’État.
Il évoque aussi une commission rogatoire menée à Maurice en 2018 visant son épouse, lui-même et des sociétés dont il était le bénéficiaire économique. Malgré cette procédure, affirme-t-il, ses comptes bancaires mauriciens sont toujours restés ouverts.
Sa promesse devant la BRC est sans ambiguïté : «Je resterai à Maurice. Je me présenterai devant la justice à chaque fois que cela me sera demandé.»
Il a ajouté : «Je serai disponible pour le besoin des enquêtes, je me battrai par les voies de droit pour démontrer mon innocence, laver mon honneur, celui de ma famille et récupérer ce qui m’appartient légalement.»
En cas de remise en liberté, il indique qu’il résidera chez sa fille, à Hillside, Belle-Vue-Harel. Loviana Ravatomanga est venue confirmer cette garantie. Elle vit dans une résidence privée et sécurisée à Belle-Vue-Harel avec son époux, leurs deux enfants et sa mère. Locataire depuis août 2024, elle dispose d’un bail renouvelé jusqu’en juillet 2028.
Elle a assuré à la Cour que son père pourrait y résider s’il obtient la caution. Quant à une surveillance permanente, elle reconnaît qu’une seule personne ne pourrait l’assurer 24 heures sur 24, mais affirme qu’elle et sa mère pourraient se relayer.
«Je vous donne la garantie que mon père ne va pas s’enfuir», a-t-elle déclaré, présentant son père comme profondément attaché à son honneur et affirmant, elle aussi, qu’il est victime d’une situation politique à Madagascar.
Me Naga a notamment relevé que ni Loviana ni son époux ne sont soumis à une restriction de déplacement et que le mari de la témoin avait reconnu avoir conduit Mamy Ravatomanga à Quatre-Bornes le 14 octobre 2025. Me Lobine s’est opposé à toute restriction de déplacement, estimant que le contre-interrogatoire s’éloignait de l’objet précis de la déposition, qui était de confirmer le lieu de résidence proposé.
L'avocat français et le document du PNF
La défense a ensuite entendu Me Hector Bernardini, avocat en France et habilité à exercer devant la Cour d’appel de New York. Il a expliqué avoir conseillé Mamy Ravatomanga et son épouse dans une enquête du PNF ouverte en 2016, portant notamment sur le blanchiment et le bois de rose. Après l’arrestation de Mamy Ravatomanga à Maurice, en octobre 2025, il dit avoir sollicité le dossier complet auprès du PNF.
L’accès au dossier lui a été refusé. Il a alors rencontré Quentin Dandoy, premier procureur du PNF. Me Bernardini affirme que ce dernier lui a confirmé que la procédure concernant le bois de rose avait été close en 2023 et n’avait pas été rouverte. Il a proposé à la Cour de soumettre une lettre destinée à le confirmer. Mais la Cour ne l’a pas admise comme preuve. En appliquant les principes de droit de la preuve relatifs au hearsay, la Cour a estimé que le contenu d’un document ne pouvait être retenu sans que son auteur puisse être appelé à en établir l’authenticité et la teneur.
Me Bernardini a néanmoins maintenu qu’il avait personnellement connaissance des investigations menées entre la France, Madagascar et Maurice et qu’un rapport français de synthèse avait conclu à l’absence d’éléments objectifs permettant d’établir un trafic de bois de rose.
Un garant proposé
La défense a enfin présenté Shakeer Fakeermamode, de MA Corporate Ltd, comme éventuel garant. Il connaît Mamy Ravatomanga depuis plus de dix ans et s’est déclaré prêt à assumer les obligations financières qui pourraient découler de la caution. Il a précisé n’avoir aucun intérêt dans MA Corporate et n’être directeur ni de Madarail Holdings, ni de Litchi Trading Company, ni d’une société engagée dans le commerce de bois de rose. Il a toutefois confirmé avoir été interrogé par le Federal Bureau of Investigation et par la FCC.
Au terme de cette journée d’auditions, la balle est désormais dans le camp des avocats. Les submissions seront présentées aujourd’hui. La BRC rendra son ruling le 21 septembre.
Avant de terminer sa déclaration, Mamy Ravatomanga a résumé sa position en quelques mots : «Je fais confiance à Dieu et à la justice mauricienne.» Il assure qu’en cas de remise en liberté, il respectera toutes les conditions qui lui seront imposées.
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