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Interview…

Daren Moodely : «L’hébergement non-hôtelier apporte une autre manière de séjourner à Maurice et répond aux familles, groupes et ‘repeaters’…»

2 septembre 2026, 17:00

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Daren Moodely : «L’hébergement non-hôtelier apporte une autre manière de séjourner à Maurice et répond aux familles, groupes et ‘repeaters’…»

Daren Moodely, «General Manager», Association des acteurs de locations saisonnières de l’île Maurice (AALSIM).

«Notre ambition est de voir émerger un secteur mieux mesuré, mieux structuré, professionnel et reconnu, avec des standards adaptés en matière de qualité, de sécurité et de tourisme durable.»

L’hébergement non hôtelier s’impose comme une composante du tourisme mauricien, mais reste pénalisé par sa fragmentation, une réglementation peu adaptée et un manque de données consolidées. Pour le patron de l’AALSIM, la priorité est désormais de professionnaliser le secteur, simplifier son cadre administratif et mieux valoriser son potentiel auprès des marchés internationaux et de la clientèle locale.

Le Budget 2026-2027 reconnaît pour la première fois plus clairement le poids et les difficultés du secteur de l’hébergement non hôtelier, notamment le manque de données fiables. Quelle est aujourd’hui la principale problématique à laquelle sont confrontés les opérateurs de campements, bungalows et villas, et quelles réformes attendez-vous concrètement ?

Le principal enjeu est d’adapter le cadre réglementaire à la réalité d’un marché qui existe déjà et qui est désormais largement digitalisé. Notre analyse d’avril 2026 identifiait environ 8 500 annonces et plus de 20 000 chambres proposées en ligne. Ces données ne sont pas directement comparables aux registres officiels, mais elles montrent qu’une part importante de l’activité est déjà visible et commercialisée.

L’enjeu n’est donc pas de créer un nouveau secteur, mais d’attirer davantage d’opérateurs actifs vers la formalité. Pour y parvenir, le parcours doit être simple, lisible et proportionné, avec un point d’entrée digital clairement identifié et des délais administratifs prévisibles.

L’AALSIM peut jouer un rôle de mobilisateur : expliquer les exigences, fédérer les opérateurs, faire remonter les difficultés du terrain et faciliter le dialogue avec les autorités, conformément aux objets de l’Association.

Le secteur non hôtelier dispose d’une forte capacité, mais avec un taux d’occupation actuel de seulement 45 %. Cela signifie-t-il que le principal problème n’est pas la capacité à accueillir davantage de visiteurs mais à attirer davantage de visiteurs vers ce type d’hébergement ? Où se situe le véritable potentiel de croissance ?

Je serais prudent avec les chiffres, car ils dépendent du périmètre retenu. C’est précisément pourquoi nous plaidons pour une base nationale consolidée croisant les données de Statistics Mauritius, de la Tourism Authority, des opérateurs et, lorsque cela est possible, des plateformes.

Statistics Mauritius indique qu’en 2025, 67 % des touristes ont séjourné à l’hôtel et 33 % dans le non-hôtelier au sens large. Mais ces 33 % comprennent notamment 19,6 % de visiteurs hébergés chez des parents ou amis ; les Tourist Residences représentent séparément 10,9 % et les Guest Houses 2 %. Le Survey of Inbound Tourism reste par ailleurs une enquête par échantillonnage à l’aéroport et non un recensement exhaustif ; certains profils peuvent donc être moins bien captés.

Le potentiel de croissance se situe surtout dans une meilleure utilisation du parc existant. Le secteur présente toutefois de fortes disparités. Les entreprises les mieux structurées, qui maîtrisent les outils digitaux, les logiciels de gestion et les canaux de distribution, affichent déjà des niveaux d’occupation et d’Average Daily Rate intéressants. À l’inverse, les opérateurs moins visibles ou moins outillés peinent à obtenir la même portée commerciale. Les indépendants et petits opérateurs, qui représentent une part importante du parc, sont les plus vulnérables. L’enjeu est donc de renforcer leur professionnalisation, leur accès aux outils et leur accompagnement afin qu’ils puissent mieux valoriser leur offre.

Vos principaux marchés sont notamment la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les pays arabes. Ces marchés recherchent-ils des produits différents de ceux proposés par l’hôtellerie traditionnelle ? Et quelles actions faudrait-il entreprendre pour mieux positionner les villas, bungalows et campements mauriciens sur ces marchés ?

Oui. L’hôtellerie et le non-hôtelier répondent souvent à des attentes différentes et sont avant tout complémentaires. Le marché français reste très important, mais nous observons également une demande significative venant d’Allemagne, du Royaume-Uni, des pays nordiques et de certains marchés du Golfe.

Il ne faut surtout pas oublier la clientèle mauricienne et la diaspora. Les Mauriciens apprécient particulièrement les villas et appartements pour les week-ends, les vacances, les retrouvailles familiales et les séjours entre amis. Cette demande domestique n’apparaît évidemment pas dans les statistiques inbound. Le non-hôtelier répond particulièrement à des besoins d’espace, d’intimité, d’autonomie et de flexibilité. Pour les familles nombreuses, notamment sur certains marchés du Golfe, les villas multi-chambres avec espaces privatifs et services personnalisés constituent aussi un produit pertinent. Il faut donc mieux intégrer cette diversité d’offres dans la promotion de Maurice, sans réduire le secteur à une alternative moins chère à l’hôtel. Il faut valoriser ses usages propres, de l’immersion locale aux produits premium lorsque le niveau de service le justifie.

Vous estimez que le secteur non hôtelier présente encore une marge importante de progression, avec un taux d’occupation de 45 %, alors que l’hôtellerie affiche un taux d’occupation moyen proche de 75 %. Comment expliquez-vous cet écart aussi important et quelles mesures permettraient de rapprocher progressivement le secteur non hôtelier de ses performances potentielles ?

Ces 45 % doivent être considérés comme un ordre de grandeur sectoriel et non comme une mesure exhaustive. L’écart avec l’hôtellerie reflète surtout une différence de maturité commerciale. Les hôtels bénéficient de plusieurs décennies de structuration : tour-opérateurs, équipes commerciales, centrales de réservation, revenue management, marketing international et programmes de fidélisation. Le non-hôtelier reste beaucoup plus fragmenté, avec une forte présence d’indépendants et de PME.

Sa marge de progression est importante : meilleure maîtrise des plateformes, accès aux PMS (Property Management Systems) et channel managers, pricing dynamique, benchmarking, contenus digitaux de qualité et visibilité collective. Ces outils doivent surtout devenir accessibles aux petites structures.

Mais la progression ne peut pas être uniquement commerciale. Il faut aussi monter en qualité grâce à davantage de formation, d’accompagnement et de professionnalisation. À terme, une certification volontaire, alignée sur des référentiels reconnus internationalement, pourrait renforcer la confiance et offrir une trajectoire progressive de montée en gamme.

Cette transition pose aussi la question du financement. L’AALSIM souhaite travailler avec les institutions financières sur des mécanismes de green financing adaptés aux petites entreprises touristiques : efficacité énergétique, solaire, économies d’eau, équipements performants, gestion des déchets, sécurité, digitalisation ou petites rénovations. Le financement durable peut ainsi devenir un véritable levier de compétitivité.

La durée moyenne des séjours semble également jouer en faveur du secteur non hôtelier : environ 15 jours dans les villas contre 9 jours dans les établissements hôteliers. Est-ce l’un des principaux avantages compétitifs des villas et autres hébergements non hôteliers, notamment auprès des grandes familles qui recherchent davantage d’espace, d’intimité et de flexibilité ?

Les derniers chiffres annuels renforcent clairement le constat d’une durée de séjour plus longue. Statistics Mauritius estime pour 2025 une moyenne de 17,8 nuits dans le non-hôtelier au sens large, contre 8 nuits pour l’hôtel. Il faut néanmoins rappeler que la catégorie non-hôtelière inclut notamment les séjours chez parents et amis. Autre caractéristique intéressante : 98 % des touristes classés dans le non-hôtelier voyagent en non-package, contre 43,2 % des clients hôteliers. Nous sommes donc face à une clientèle particulièrement autonome dans l’organisation de son voyage. Pour les villas, cette configuration est naturellement attractive pour les familles et les groupes : plusieurs chambres, des espaces communs, une cuisine, davantage d’intimité et la possibilité d’organiser le séjour à son propre rythme.

L’intérêt économique d’un séjour plus long tient aussi à la consommation répétée dans l’économie locale : supermarchés, restaurants, location de véhicules, excursions, transports, commerces et services de proximité. Pour Maurice, il faut donc suivre non seulement les arrivées, mais aussi la durée de séjour, la dépense totale et sa diffusion dans l’économie locale.

Le gouvernement veut mieux formaliser le secteur à travers l’enregistrement, la certification et une base de données. AALSIM réclame de son côté une simplification du «licensing». Où se situe aujourd’hui la principale difficulté administrative pour un propriétaire ou un opérateur qui souhaite entrer dans la légalité et jusqu’où faudrait-il aller dans l’assouplissement des procédures ?

Je préfère parler de modernisation et de proportionnalité plutôt que de déréglementation. Le secteur va d’un propriétaire exploitant une seule unité à un opérateur professionnel gérant plusieurs dizaines de biens ; une approche strictement uniforme n’est donc pas toujours adaptée.

Nous préconisons un point d’entrée digital simple et centralisé permettant d’identifier l’opérateur, le bien, sa localisation, sa capacité ainsi que les éléments essentiels de sécurité, d’assurance et de fiscalité. Les vérifications complémentaires pourraient ensuite être modulées selon le niveau de risque et le type d’activité.

Les situations liées au statut foncier, notamment certains campement site leases, doivent parallèlement recevoir des solutions juridiquement claires. Pour les petits opérateurs, la simplification doit aussi s’accompagner d’un véritable onboarding : informations compréhensibles, modèles de documents, assistance digitale, formation et interlocuteurs identifiés.

Il faut enfin tenir compte de la discipline de marché exercée par le digital. Le choix d’un hébergement se fait largement sur les photos, le prix, les équipements et surtout les notes et commentaires. Un produit insuffisant en matière de propreté, de service, de confort ou de rapport qualité-prix perd rapidement en visibilité et en réservations. Cela ne remplace évidemment pas les exigences réglementaires, mais montre que le marché impose déjà une obligation permanente de qualité et d’adaptation.

Au-delà du licensing, les opérateurs devront composer avec la fiscalité, la TVA, la «Tourist Fee», les plateformes numériques, les obligations de reporting, mais aussi les exigences en matière de qualité, de sécurité et de durabilité. Craignez-vous qu’une accumulation de nouvelles obligations rende le secteur moins compétitif et pousse certains opérateurs à rester dans l’informel ?

Le risque existe si l’on ajoute continuellement de nouvelles obligations sans regarder la charge globale supportée par l’opérateur. Selon le profil et le modèle d’activité, jusqu’à neuf mécanismes fiscaux, prélèvements ou contributions statutaires peuvent être concernés : Tourist Fee, Environment Protection Fee, VAT, Income Tax, TDS et, lorsqu’il existe une relation d’emploi, CSG, NSF, Tourism Employees Welfare Fund et Portable Retirement Gratuity Fund.

Cela ne signifie pas que chaque opérateur paie neuf taxes : certaines obligations ne s’appliquent que dans des situations déterminées et le TDS est une retenue à la source plutôt qu’un impôt supplémentaire. À cela peuvent s’ajouter les droits de licence et les obligations administratives. C’est pourquoi le level playing field est fondamental. Un opérateur qui paie ses droits, respecte ses obligations fiscales, collecte la Tourist Fee, s’assure et investit dans la conformité ne doit pas être désavantagé face à quelqu’un qui exerce la même activité hors du cadre applicable. La priorité est donc de rendre les obligations compréhensibles et administrativement gérables, puis de les appliquer équitablement sur l’ensemble du marché.

À moyen terme, quelle place AALSIM souhaite-t-elle voir occuper par l’hébergement non hôtelier dans la stratégie touristique de Maurice ? Pensez-vous que ce secteur puisse devenir un véritable deuxième pilier de l’offre touristique, complémentaire de l’hôtellerie plutôt que concurrent de celle-ci ?

Oui. Je parlerais surtout d’une composante complémentaire et désormais incontournable de l’écosystème touristique mauricien. L’hôtellerie restera fondamentale : elle a largement construit la réputation internationale de Maurice et conserve un rôle central dans notre positionnement haut de gamme. Mais les comportements de voyage se diversifient. Le non-hôtelier apporte une autre manière de séjourner à Maurice et répond notamment aux familles, groupes, repeaters et voyageurs autonomes. Il contribue aussi à élargir la géographie économique du tourisme vers les villages, commerces et prestataires situés autour des hébergements. Notre ambition est donc de voir émerger un secteur mieux mesuré, mieux structuré, professionnel et reconnu, avec des standards adaptés en matière de qualité, de sécurité et de tourisme durable. L’AALSIM entend contribuer à cette évolution en représentant les opérateurs et en travaillant avec les autorités et partenaires concernés. Notre vision n’est pas hôtel contre non-hôtel, mais hôtel et non-hôtel. Deux offres distinctes et complémentaires au service d’une destination plus diversifiée, résiliente et compétitive.

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