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Trafic de stupéfiants
Le Grand port maritime de La Réunion resserre les rangs
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Trafic de stupéfiants
Le Grand port maritime de La Réunion resserre les rangs
■ Patrice Latron, le préfet de La Réunion. Photo: Préfecture de La Réunion.
Le trafic de stupéfiants ne s’arrête plus aux frontières de l’île de La Réunion : il transite de plus en plus par ses quais. Face à cette réalité, l’État français, le Grand port maritime de La Réunion, dans la commune du Port, et les principaux opérateurs économiques du secteur ont scellé, le vendredi 28 août, une alliance inédite pour verrouiller la chaîne logistique portuaire.
Une charte pour blinder le port
Sous l’autorité du préfet de La Réunion, Patrice Latron, plusieurs entreprises de la filière portuaire ont paraphé une charte d’engagement destinée à endiguer l’infiltration des réseaux criminels dans les activités du port. Le texte fixe un cap commun : mieux repérer, mieux signaler et mieux protéger un site devenu, malgré lui, un point de passage convoité pour les cargaisons illicites.
Le Grand port maritime n’est pas un site comme un autre. Il concentre la quasi-totalité des flux d’importation de l’île, avec près de 98 % des marchandises qui y transitent, pour un volume avoisinant les 400 000 conteneurs traités chaque année. Cette centralité en fait à la fois un poumon économique vital et une cible de choix pour les organisations qui cherchent à dissimuler leur marchandise au milieu du fret légal.
Trois leviers d’action L’accord signé articule la mobilisation autour de trois priorités. D’abord, la formation des salariés aux méthodes utilisées par les trafiquants, afin qu’ils apprennent à repérer les signaux d’alerte avant même qu’un incident ne survienne. Ensuite, la mise en place de circuits de signalement rapides vers les autorités compétentes, police et douanes en tête. Enfin, un renforcement des contrôles d’accès et de la sécurisation des flux de marchandises, pour réduire les failles que les réseaux pourraient exploiter.
Du côté des entreprises signataires, la logique est avant tout pédagogique. Chez les transporteurs, on insiste sur le risque que courent certains chauffeurs autorisés à circuler dans l’enceinte portuaire, pouvant potentiellement être approchés ou manipulés par des intermédiaires du trafic, qu’ils soient internes ou extérieurs à l’entreprise. D’où l’accent mis sur des sessions de formation dédiées pour que chacun sache comment réagir sans se mettre en danger. Pour faciliter les remontées d’informations tout en protégeant l’anonymat des employés, un numéro vert et une adresse mail dédiée seront mis en place en lien avec les services de l’État.
Des saisies en constante progression
Cette mobilisation s’appuie sur des statistiques préoccupantes. Depuis la crise sanitaire du Covid-19, les prises douanières n’ont pas cessé de croître sur le territoire. Cette année encore, plus de 300 kilos de cannabis ont déjà été interceptés à La Réunion, auxquels s’ajoutent environ 60 kilos de cocaïne. Les cathinones de synthèse, quasiment inexistantes dans les saisies avant 2024, connaissent désormais une progression fulgurante. La MDMA n’est pas en reste, avec près de 45 kilos récupérés depuis janvier. Selon les services douaniers, chacune de ces catégories affiche une hausse marquée par rapport à 2025, année déjà en nette progression sur les précédentes.
L’épisode le plus spectaculaire remonte à juillet, lorsque plus d’une tonne de cocaïne a été saisie en haute mer au large de l’île. Quelques mois plus tôt, à la fin de l’année 2025, ce sont plus de 50 kilos de cannabis et de MDMA qui avaient été découverts dissimulés dans du fret maritime.
Pour Patrice Latron, l’enjeu dépasse la seule sécurité du port : il s’agit d’éviter que La Réunion ne reproduise le scénario déjà observé en France métropolitaine et dans d’autres territoires ultramarins, où le narcotrafic s’est profondément enraciné. Il reconnaît un retard d’une décennie sur ce dossier, mais veut croire que les leçons tirées d’autres régions permettront cette fois d’agir en amont plutôt que de subir.
Cette signature s’inscrit dans le cadre de la grande cause régionale 2026, consacrée à la lutte contre les drogues et le narcotrafic. Premier port ultramarin français par son activité, le site réunionnais entend ainsi montrer l’exemple en misant sur la vigilance de tous les maillons de la chaîne portuaire plutôt que sur la seule répression.
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