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Combien de drames faudra-t-il encore ?

30 août 2026, 17:30

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Un nouveau pas vers l’insoutenable ! En l’espace d’une seule année, à combien de tragédies n’avons-nous pas assisté, toutes marquées par l’influence des drogues ? Combien de drames faudra-t-il encore pour provoquer un sursaut national, une prise de conscience collective ?

Du petit Kelian Alfred, 3 ans, percuté (alors qu’il était dans les bras de son père) par un chauffeur testé positif aux drogues, à Christiane Foolchand, 51 ans, qui a succombé après avoir été agressée par son fils toxicomane, en passant par Reade Boodhoo, tué par son neveu toxicomane, la liste vient de s’allonger avec l’horrible meurtre du petit Adriano commis par son père, qui aurait, lui aussi, été sous l’influence de drogues.

Si cette tragédie suffit à elle seule à provoquer l’indignation des Mauriciens, elle s’est aussi accompagnée d’un coup de projecteur particulièrement choquant sur une réalité sociale qui ne peut être occultée : celle d’une vingtaine de familles, pour la plupart originaires de Rodrigues, vivant dans une extrême pauvreté à quelques pas de l’autoroute de Roche-Bois. Des abris de fortune en tôle, sans eau, sans électricité, sans adresse postale, une promiscuité inquiétante et, un grand nombre d’enfants en bas âge, dont certains ne sont même pas scolarisés.

Voilà l’image insoupçonnée d’une autre île Maurice, qui appelle à une réaction urgente et qui, pour l’heure, a retenu l’attention du ministre Mohamed, élu de la circonscription, qui a promis son aide à ces habitants dont les conditions de vie, brutalement mises en lumière par la mort du petit Adriano, nous interpellent collectivement. Et alors que cette précarité fragilise déjà les familles, la drogue tente de s’y infiltrer et aggrave une situation déjà difficile.

Même si la consommation de drogues ne peut être tenue pour seule responsable de l’acte de violence commis envers un bébé de 7 mois – d’autant que le présumé meurtrier n’a pas un casier judiciaire vierge –, ce drame remet au centre du débat l’urgence de décisions concrètes dans une guerre qui nous échappe progressivement.

Les révélations du CEO de la NADC (Naik) sur Radio Plus constituent, elles aussi, un signal d’alarme auquel l’État doit être attentif. Alors qu’on s’attend, dans cette course contre la montre qu’est devenu le combat contre la drogue, à un partenariat réunissant l’ensemble des ministères, les travailleurs sociaux, les professionnels de santé et tous ceux impliqués dans cette lutte, Naik fait état de lourdeurs administratives, de réticences au sein de certains ministères, de lobbies religieux et même de «mains invisibles» qui retarderaient certains programmes.

À l’approche du très attendu rapport sur la politique du cannabis, commandé par le gouvernement, comment accepter de tels blocages quand l’urgence impose, au contraire, une véritable synergie et que la drogue touche de plus en plus tôt nos adolescents ? N’avons-nous pas déjà perdu assez de temps avec une NADC qui a tardé à décoller avant certains changements à sa tête ? N’est-ce pas justement parce qu’il fallait rompre avec les approches d’antan que cette plateforme a connu une nouvelle direction depuis décembre dernier ?

La liste des propositions – dont le CEO a fait état sur les ondes de Radio Plus – a le mérite de changer de paradigme : la création d’équipes de terrain pouvant intervenir en dehors des heures de bureau, la mise en place de «safe injecting sites», la décriminalisation de toutes les drogues et la création d’un centre national de réhabilitation, entre autres !

Si ces propositions se heurtent à des résistances, il est du devoir du Premier ministre – qui dit ne pas craindre l’impopularité – de trancher. Peut-on s’attendre à ce que le chef du gouvernement soutienne ceux qui connaissent le terrain, en leur donnant les moyens d’agir concrètement et en réclamant une solidarité de la part de tous ceux impliqués dans cette bataille ?

Combien de drames faudra-t-il encore avant qu’on comprenne que nous avons déjà atteint l’insoutenable…

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