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#TêteCœurOuf

Contrefactuel chiffré : La croissance ratée

19 août 2026, 10:15

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• Si seulement Maurice avait su imiter une de ses propres sociétés

«Loin de la frontière technologique, la croissance passe par l’imitation. Près de la frontière, elle exige l’innovation»

Daron Acemoglu (Nobel 2024), Philippe Aghion (Nobel 2025), et Fabrizio Zilibotti, dans Distance to Frontier, Selection, and Economic Growth (2006).

LES deux premiers volets ont démontré, données à l’appui, les failles des politiques menées. Ils ont écarté l’excuse des chocs externes. Le super enfer – chômage, inflation, déficit budgétaire et déficit extérieur –, résulte des choix, non d’une fatalité. Ils ont aussi nommé les responsables. Le clientélisme de l’État s’est conjugué à la rentomanie du secteur privé. Ce troisième volet propose une expérience de pensée. Un contrefactuel chiffré : la croissance potentielle que le pays a laissé filer. L’approche est prudemment conservatrice. Elle retient comme étalon que la moitié seulement de l’appréciation boursière d’une société locale sur la période 2000-2024. La comparaison révèle l’éventail des plus-values qu’une politique intelligente aurait pu offrir.

Les limites assumées

L’exercice est provocateur, l’avertissement s’impose. Comparer le PIB d’un pays à la capitalisation boursière d’une société revient à comparer des choux et des carottes. Le cours d’une action reflète plusieurs facteurs distincts. Dans ce cas précis, il reflète surtout une stratégie d’expansion régionale qui capte de la valeur bien au-delà de nos frontières.

Malgré cela, l’exercice reste analytiquement pertinent. Les deux trajectoires partagent le même point de départ géographique et institutionnel. L’analyse révèle la création de valeur ratée : l’écart entre deux trajectoires. La croissance exponentielle est celle qu’une institution mauricienne a offerte à ses actionnaires, bien qu’à moitié. La croissance relativement plate est celle que le pays a concédée à ses citoyens.

On ne sait même pas imiter

Le contrefactuel est instructif. La société a implémenté une stratégie d’expansion régionale. Depuis les années 2000, le groupe a systématiquement élargi sa présence au-delà de Maurice. Cette diversification géographique et sectorielle est exactement le type de stratégie qu’un petit État insulaire, structurellement contraint par l’étroitesse de son marché domestique, devrait envisager à l’échelle nationale. Utiliser la position de Maurice comme plateforme – juridique, financière, linguistique – pour capter de la valeur ajoutée régionale plutôt que de se contenter d’un marché intérieur restreint. La société l’a fait pour ses actionnaires. L’État mauricien ne l’a pas fait pour son peuple. Le contraste est net. La société a exporté un modèle. Le pays a importé une dépendance. Deux nobélisés, Acemoglu et Aghion, l’ont démontré : nul besoin d’inventer, il suffit d’imiter ce qui marche. L’État n’avait même pas besoin d’inventer. Il avait un modèle sous les yeux, à même pas 100 mètres de ses locaux. Il a tout simplement échoué d’imiter!

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Vision 2050 : Apprendre à marcher avant de courir

Une stratégie d’imitation aurait pu délivrer un PIB largement supérieur à sa valeur actuelle par un multiple en captant ne serait-ce qu’une fraction de la trajectoire potentielle de ×7. Les décennies à venir posent une question précise et décisive. Elle est de savoir si l’État mauricien veut/peut/va finalement se donner les moyens. L’ambition affichée est de faire de Maurice une économie de USD 50 milliards à l’horizon 2050, qui pèse potentiellement trois fois plus que son poids actuel. Malgré l’apparence plate par rapport à la courbe exponentielle du contrefactuel, elle reflète déjà un multiple de trois; l’indice passant de 100 à 329 sur la période. Un tel multiple sur les prochains 25 ans n’est pas ambitieux. Vision 2050 mise sur une économie fondée sur la productivité, la connaissance, la technologie et l’innovation. Certes, l’innovation reste l’objectif. Mais Maurice est loin de la frontière technologique. Cette frontière désigne le niveau maximal de productivité des économies avancées. Commençons d’abord par imiter. Mais, imiter demande une volonté d’apprendre. Imiter exige surtout une capacité d’apprendre.

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L’exaspération récente du Premier ministre illustre cette carence. Un ministère a semblé freiner l’initiative de deux médecins de la diaspora. Ces ophtalmologues, offraient leur expertise gratuitement. Même cette offre d’assistance gratuite s’est heurtée aux rouages administratifs. L’administration a développé une culture de la mendicité. Elle attend qu’on la supplie pour accepter l’aide offerte. Le constat empirique s’impose. L’appareil d’État actuel n’est pas apte à cette tâche pourtant simple : imiter.

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Je m’voyais déjà de Charles Aznavour.

«Je m’voyais déjà en haut de l’affiche…»

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