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Éclairage

SADC : à Durban, un marché commun à l’africaine

19 août 2026, 17:00

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SADC : à Durban, un marché commun à l’africaine

Le SADC tient depuis lundi à Durban son Sommet des chefs d’État et de gouvernement. À ce 46e sommet, la question n’est plus seulement de savoir ce que cette organisation représente pour l’Afrique australe, mais ce qu’elle a réellement changé dans la vie économique de ses États membres. Réunis en Afrique du Sud, les dirigeants doivent notamment faire le point sur l’état de la région, l’évolution de l’environnement économique mondial, les progrès de l’intégration régionale et la mise en œuvre des décisions prises lors des précédents sommets.

Le choix du thème de cette édition est révélateur des défis auxquels le bloc est confronté : «Une industrialisation résiliente, durable et inclusive à travers le développement des infrastructures, la transformation de l’agriculture et des minerais critiques». La SADC veut donc aller au-delà d’une simple zone d’échanges pour bâtir une région capable de transformer ses propres ressources, de développer des chaînes de valeur et de réduire sa dépendance à l’égard des marchés extérieurs.

L’enjeu est majeur. Avec 16 États membres, dont Maurice, avec des PIB combinés de USD 819 milliards, la SADC constitue l’un des principaux ensembles régionaux du continent. Son ambition originelle est de favoriser le développement économique, la croissance, la réduction de la pauvreté et l’intégration régionale. Mais après plus de quatre décennies d’existence, le bilan économique apparaît contrasté. L’organisation a créé une zone de libreéchange, renforcé la coopération douanière et lancé plusieurs programmes d’infrastructures. Elle n’est toutefois pas encore parvenue à transformer cette architecture en un véritable marché commun régional.

C’est précisément ce décalage entre l’ambition politique et la réalité économique qui donne tout son intérêt au sommet de Durban. Le commerce intra-SADC a progressé en valeur, mais sa part dans les échanges globaux de la région reste relativement faible. En 2024, les exportations intra-SADC représentaient 21,8 % des exportations totales du bloc, contre 25 % en 2015. Le volume des échanges régionaux augmente donc, mais les économies de la SADC continuent de commercer davantage avec le reste du monde qu’entre elles.

Maurice, petit État insulaire de la SADC, cette question est loin d’être théorique. L’intégration régionale constitue potentiellement une réponse à l’un de ses handicaps structurels : la taille limitée de son marché intérieur. Une SADC véritablement intégrée permettrait à Maurice de considérer l’Afrique australe non plus comme une addition de marchés nationaux, mais comme une extension naturelle de son propre marché.

Intégration partielle

Or, les chiffres montrent que cette intégration reste partielle. Selon les statistiques de la SADC, 17,8 % des exportations mauriciennes de marchandises étaient destinées aux autres pays membres en 2024. C’est une proportion significative, mais qui reste inférieure à la moyenne régionale. Surtout, ces échanges sont fortement concentrés sur quelques partenaires, principalement l’Afrique du Sud et Madagascar. La question est donc de savoir si Maurice profite réellement d’un marché régional intégré ou simplement de relations commerciales bilatérales avec quelques pays voisins.

Cette distinction est essentielle. La création de la zone de libre-échange a réduit les barrières tarifaires, mais elle n’a pas supprimé les obstacles qui compliquent encore les échanges : coûts logistiques élevés, infrastructures de transport insuffisantes, procédures douanières, barrières non tarifaires, difficultés de paiement et réglementations différentes. Pour une PME mauricienne, exporter vers plusieurs pays de la SADC peut ainsi rester une opération complexe malgré l’existence d’un cadre commercial régional.

Le véritable test de la SADC est donc désormais celui de l’intégration concrète. La zone de libre-échange est en place, mais l’union douanière annoncée depuis longtemps n’a pas encore vu le jour. Le projet de marché commun reste également inachevé. Et deux autres ambitions emblématiques – la libre circulation des personnes et la monnaie unique – demeurent largement devant la région plutôt que derrière elle.

La question de la libre circulation est particulièrement importante pour Maurice. Un marché intégré ne devrait pas seulement permettre aux marchandises de franchir les frontières. Il devrait aussi faciliter la circulation des travailleurs, des compétences, des capitaux et des services. Pour une économie mauricienne de plus en plus orientée vers la finance, les services professionnels, les technologies et la logistique, cette dimension peut être aussi importante que la réduction des droits de douane.

Quant à la monnaie unique, longtemps présentée comme l’aboutissement logique de l’intégration régionale, elle paraît aujourd’hui beaucoup plus lointaine. Les importantes disparités entre les économies de la SADC rendent la convergence monétaire particulièrement difficile. Même si le pays dispose déjà de sa propre monnaie et d’une politique monétaire indépendante, l’enjeu immédiat n’est probablement pas de savoir quand le rand, la roupie, le kwacha ou les autres monnaies régionales disparaîtront au profit d’une monnaie commune. Il est plutôt de savoir comment réduire les coûts de transaction et faciliter les paiements transfrontaliers.

C’est pourquoi le sommet de Durban devrait être jugé moins à l’aune des nouvelles déclarations qu’à celle de la capacité à accélérer la mise en œuvre des décisions déjà prises. Infrastructures régionales, énergie, corridors commerciaux, transformation agricole, minerais critiques, digitalisation des échanges : ce sont ces dossiers qui peuvent donner un contenu économique réel à l’intégration.

Pour Maurice, le message est clair. La SADC ne pourra jamais remplacer les marchés européen, asiatique ou américain. Mais elle peut devenir pour l’île un second marché intérieur, à condition que l’intégration cesse d’être essentiellement institutionnelle. Ainsi, l’enjeu n’est donc pas de savoir si l’Afrique australe est assez proche géographiquement. Il est de savoir si la SADC est capable de rendre cette proximité économiquement exploitable.

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