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Facette cachée

Kevin Ramkaloan : discret collectionneur

16 août 2026, 21:00

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Kevin Ramkaloan : discret collectionneur

Kevin Ramkaloan possède plusieurs œuvres d’art d’artistes mauriciens. (Photos : Sumeet Mudhoo)

Son nom est associé à Business Mauritius. Normal, Kevin Ramkaloan en est le Chief Executive Officer depuis mai 2018. Mais il n’a pas l’œil que sur les chiffres de la croissance et le taux d’inflation. Son regard exercé et sa sensi- bilité sont forgés par sa passion insoupçonnée pour la peinture. Pas n’importe laquelle. Celle d’artistes mauriciens. Qu’il met toujours un point d’honneur à rencontrer.

Direction la première salle de la School of Fine Arts du Mahatma Gandhi Institute (MGI) à Moka. Le Salon de Mai s’y tient jusqu’au 22 août prochain. Ce grand rendez-vous annuel des arts plastiques rend hommage à son fondateur, Moorthy Nagalingum, qui nous a quittés le 17 mai dernier. L’un des pans de mur de la galerie est occupé par 10 œuvres de Moorthy Nagalingum, qui sont encadrées et sous verre. Aucune inscription n’indique qu’elles font partie de la collection de Kevin Ramkaloan, qui a accepté de les prêter au MGI, le temps du Salon de Mai. Lors d’une table ronde organisée mardi dernier par la School of Fine Arts et Krishna Luchoomun, qui est, cette année, le commissaire d’exposition du Salon de Mai, Kevin Ramkaloan a fait vibrer sa corde sensible.

Devant un parterre de peintres, sculpteurs et d’étudiants aux Beaux-Arts, il s’est décrit comme un «étranger dans ce monde». Comme celui qui «admire le produit final, parce qu’il y a une émotion. Et chaque fois qu’il y a une émotion, alors, il n’y a aucune notion de coût. C’est simplement que vous tombez amoureux d’une œuvre.»

Express.mu (620 x 330) (8) Moorthy Nagalingum, le fondateur du Salon de Mai, s’est éteint le 17 mai dernier.

Lui-même a tout du serial lover. La modestie en plus. «Je ne suis pas un si grand collectionneur. J’ai environ 30 à 50 œuvres d’art, principalement des artistes vivants, quelques-uns des anciens et Moorthy Nagalingum. Je collectionne surtout de l’abstrait, un peu de lyrique, de symbolique.»

Quand il a découvert les œuvres de Moorthy Nagalingum, Kevin Ramkaloan se souvient en avoir été «stupéfait». Il s’est demandé pourquoi il n’en avait pas entendu parler avant. «J’ai appris à connaître Moorthy Nagalingum par l’intermédiaire de Pierre (Ndlr : Pierre Argo, artiste-peintre et photographe). Pierre est un peu comme un grand frère pour moi.»

Moorthy Nagalingum lui a alors ouvert les portes de son atelier, dans le quartier de Balfour à Beau-Bassin. «J’ai trouvé une personne fascinante pleine de contradictions. L’homme le plus humble sur terre lorsqu’il s’agissait de lui, mais le plus fier en tant qu’artiste. J’ai aimé le fait que cette humilité puisse coexister avec une reconnaissance aussi forte de son talent. C’est ainsi que je suis devenu un admirateur de Moorthy Nagalingum.» Il garde aussi l’image d’un artiste qui refusait farouchement les étiquettes. Que ce soit celles le qualifiant de «transcendantal» ou de «spirituel».

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L’admirateur n’en pense pas moins. «Sa connexion au divin est claire. Il n’y a même pas besoin d’en parler. Vous la voyez.» Il se souvient avoir demandé à l’artiste ce qui l’inspirait. Si après toutes ces décennies de pratique, la peinture lui était devenue automatique. Selon Kevin Ramkaloan, l’artiste du haut de sa sagesse lui a répondu : «Ne me demandez pas ce que j’ai peint parce que je ne sais pas.» Une affirmation qui n’a fait que renforcer la conviction de l’admirateur qu’il y avait là une connexion au divin. Un talent qui, selon lui, «méritait plus de reconnaissance qu’il n’en a eue de son vivant». Le 12 mars dernier, Moorthy Nagalingum, alors âgé de 91 ans, avait été élevé au rang de Commander of the Order of the Star and Key of the Indian Ocean.

À force, Kevin Ramkaloan développe une maîtrise de l’œuvre de Nagalingum. Il distingue deux périodes. La première où il y a davantage de couleurs. La seconde, composée des œuvres datant des années 1990 et 2000. «Ce que j’apprécie vraiment, c’est lorsqu’il perd la couleur et qu’ensuite il la retrouve par touches. C’est ce lâcher prise qui est extraordinaire.»

Parmi les œuvres de Nagalingum dont Kevin Ramkaloan s’est porté acquéreur figure Under the Shade, une œuvre datant des années 1990. On y voit cette «incroyable hanche d’une femme. Mais Nagalingum ne peint pas le désir. Il peint la beauté».

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