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Questions à…

Christina Chan-Meetoo : «Le cours de journalisme n’a pas attiré le minimum de 15 étudiants»

15 août 2026, 16:00

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Christina Chan-Meetoo : «Le cours de journalisme n’a pas attiré le minimum de 15 étudiants»

Christina Chan-Meetoo, Senior Lecturer à l’université de Maurice, trésorière de l’African Journalism Education Network (AJEN).

Le cours de journalisme à l’université de Maurice a attiré moins du minimum requis de 15 candidats. La rentrée universitaire du 3 août dernier a donc eu lieu sans cette filière. Cela, dans un contexte où les Intelligences Artificielles (IA) prennent d’assaut les rédactions.

À la rentrée universitaire, le 3 août dernier, le programme en journalisme de la faculté des sciences sociales et humanités n’est pas enseigné. Quelles en sont les raisons ?

Oui, c’est vrai. Mais ce n’est pas unique à Maurice. Nous en avons discuté lors de la table ronde de l’African Journalism Education Network (Ndlr : qui a eu lieu les 12 et 13 août au Domaine de Grand Baie). Plusieurs universités sur le continent et ailleurs ont les mêmes problématiques : il y a des années où le cours est extrêmement populaire et d’autres années où il attire moins d’étudiants.

L’une des raisons, c’est que le secteur des médias est en contraction, avec moins de perspectives d’emplois. Certaines années où le cours est très populaire, c’est parce que les gens se rendent compte que les compétences enseignées sont très utiles, même à des étudiants qui ne deviendront pas des journalistes.

Dans tous les domaines, il y a de la création de contenus pour accompagner différents métiers. Ils ont besoin de communiquer avec des publics. Donc les compétences enseignées en journalisme sont jugées avantageuses.

Une récente étude menée en Afrique du Sud et au Kenya a montré que les parents d’élèves trouvent que le journalisme est très bénéfique, mais ils ont peur que des jeunes étiquetés comme étant des journalistes voient se réduire leurs chances de trouver du travail. À tel point que l’on a monté un cours postgraduate qui accepte une diversité de profils : des médecins, des avocats, y compris un danseur de ballet classique. Le journalisme est pour eux, une sorte de crash course.

J’ai posé la question : devons-nous garder l’appellation journalisme pour le cours ? (Ndlr : à l’UoM, il s’intitule Diploma/BSc Journalism (Minor : Economics/Politics/Digital Media) Si nous l’appelons «media creation» ou «content creation», il y a le risque ce soit assimilé aux influenceurs, qui ont mauvaise presse. Peut-être faut-il l’appeler «serious media» pour le démarquer de «frivolous media».

Tout en enseignant les techniques de base du journalisme ?

Il faut être honnête. De nombreux étudiants en journalisme, du continent et ailleurs, travaillent pendant un ou deux ans dans les rédactions et passent à autre chose. Traditionnellement, ils s’orientaient vers la communication, les agences. Maintenant, ils font complètement autre chose avec ce qu’ils ont acquis en termes de valeurs, de compétences et de méthodologie de travail. Je dis toujours à mes étudiants : ‘You are at the university to learn how to learn.’ Il n’y a pas de meilleure filière que le journalisme pour cela. Le cours peut changer de nom, mais c’est là que l’on apprend comment obtenir des informations, les contre-vérifier, les hiérarchiser, les condenser pour les rendre accessibles à différents publics, sans dénaturer l’information. Tout en respectant la déontologie.

À l’UoM, il y a en réalité deux cours offerts en alternance. Une année, c’est Diploma/BSc (Hons) Communication studies with specialisation in business communication or journalism et l’année suivante c’est Diploma/ BSc Journalism (Minor : Economics/Politics/ Digital Media). Cette année, c’est la première fois que le cours de journalisme n’a pas attiré le minimum requis de 15 étudiants fixé par l’UoM. En 2025, pour le cours en communication, il y avait 30 places mais nous avons eu 40 inscrits. C’était la première fois que nous avions une cuvée de 40 étudiants. On est à l’étroit, on stresse pour gérer les classes et les travaux pratiques. La situation est beaucoup plus complexe qu’elle n’en a l’air. Ce n’est pas : ‘the industry is doomed, journalism is doomed’. Il faut aussi se demander : ‘comment nous nous définissons ?’ C’est savoir comment se positionner, quel état d’esprit adopter.

■ Attirer moins de 15 étudiants pour le cours de journalisme reflète aussi une perte de confiance dans les médias traditionnels ?

D’une certaine manière, oui. Mais il faut souligner que l’an dernier, 20 étudiants se sont inscrits pour la spécialisation en journalisme du cours de communication. Nous n’avons pas fait de marketing autour des cours, contrairement aux universités privées.

■ C’est à envisager ?

Pourquoi pas ? Mais il y a des procédures à suivre dans une institution publique.

■ Cela ne veut pas dire que le cours s’arrête complètement ? Pas du tout. Que le cours n’ait pas eu lieu cette année permettra dans deux ans de l’offrir de manière plus sereine. L’industrie des médias aussi aura eu le temps de se réorganiser, après des départs à la retraite et des mouvements de personnel. Le métier a besoin de bouger, il y a des nouveaux besoins.

L’un des intervenants de la table ronde de l’AJEN, Harry Misiko (Ndlr : qui se présente comme Digital Journalism Lead, Content Strategist, Media Trainer, 4IR/Web3.0 enthusiast, SEO et Social Media Shark) a parlé du cas de Nation Media Group au Kenya. À la question : est-ce qu’il a licencié des employés avec l’arrivée des IA, la réponse est qu’il a recruté. Qu’il a retenu ses employés, y compris durant la pandémie, même si c’était avec des salaires réduits pendant un moment. C’est une philosophie qui a permis au groupe de rester un média fort face à ses concurrents. Il faudra une prise de conscience de l’industrie elle-même…

■ À l’université aussi ?

…Voilà, pas de manière isolée. Le marché du travail est déjà en transition. C’est important de prendre du recul, comme lors de la table ronde de l’AJEN.

Le contexte national, c’est aussi la démographie en décroissance. Ce n’est pas que le cours de journalisme qui est dans cette situation. Maintenant il faut trouver des solutions : peut-être réduire le nombre d’acteurs ou mutualiser les ressources ou attirer des étudiants du continent ou d’ailleurs. Le monde est devenu complexe, on ne peut pas imaginer qu’on va rester dans des niches et être protégés. Il faut une remise en question. Mais de façon bienveillante. Sinon, on va traumatiser les jeunes, on va traumatiser nos institutions. La bienveillance est très importante dans ce monde devenu extrêmement brutal.

■ La table ronde a longuement discuté de l’utilisation des IA dans les rédactions et salles de classes. Le Media Trust a annoncé qu’il se lance dans la préparation de directives (voir hors texte). C’est une bonne idée ?

C’est une bonne idée d’aller vers des directives qui seraient respectées par l’ensemble des médias. Mais il ne faut pas réinventer la roue. Il y a l’EU AI Act , ainsi qu’un formidable Global Massive Open Online Course (MOOC) on the Ethics of AI de l’Unesco (Ndlr : cours en ligne gratuit). J’ai découvert le projet du Media Trust quand il a été annoncé mardi. J’espère qu’il y aura des consultations élargies.

L’IA c’est la crainte du jour. Il faut trouver un juste milieu et garder de la bienveillance envers les êtres humains. L’audience des entreprises de presse, ce sont des êtres humains.


EU AI Act : Les principales dispositions

L’EU AI Act est entré en application le 2 août dernier. Pour les rédactions, il y a trois obligations pour permettre aux utilisateurs de savoir quand ils interagissent avec une IA.

Les chatbots doivent s’identifier dès le premier contact

Les images, vidéos et contenus audio générés ou manipulés par IA qui présentent un aspect réaliste (deepfakes) doivent être signalés, notamment en filigrane.

Les textes générés par IA portant sur des sujets d’intérêt public doivent être signalés comme tels. Exception : si un rédacteur ou éditeur humain assume la responsabilité éditoriale du contenu (par exemple, après l’avoir relu et modifié) et engage sa responsabilité en le publiant sous son nom.

Les infractions peuvent entraîner de lourdes amendes : jusqu’à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires annuel, selon le montant le plus élevé.

Des exceptions s’appliquent à la satire ou aux contenus fictifs et ne sont pas considérés comme des deepfakes.

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