Publicité
Portrait
Dr Hemraz Boodhoo : L’art et la poésie comme équilibre de vie
Par
Partager cet article
Portrait
Dr Hemraz Boodhoo : L’art et la poésie comme équilibre de vie
■ Dr Hemraz Boodhoo devant son tableau. Photos : Aurelio Prudence.
Albert Einstein avait raison de dire que l’art et la science sont les branches du même arbre. Celui qui personnifie ce dicton est le consultant en neurochirurgie Hemraz Boodhoo, qui écrit non seulement des poèmes à ses heures perdues mais peint également le soir lorsqu’il rentre de ses consultations et autres interventions. Son dernier tableau qui représente le Pieter Both est le seul à avoir été sélectionné dans la catégorie «Non artist» pour être exposé au 43e Salon de Mai. Toile qui peut encore être vue avec celles des autres œuvres d’artistes confirmés jusqu’au 22 août au Mahatma Gandhi Institute.
Le Dr Boodhoo en est à sa cinquième participation au Salon de Mai. Il parle de la peinture et plus généralement de l’art avec la même passion que s’il expliquait le déroulé d’une intervention destinée à traiter un traumatisme crânien ou une tumeur au cerveau. Il est intarissable sur l’art. «L’art est un cadeau, une thérapie, un chemin vers la joie. L’art est une histoire d’amour entre la lumière et les couleurs. L’art c’est la vie, c’est une mélodie. L’art c’est la connexion avec la nature.»
Il pratique le dessin depuis l’enfance en autodidacte. «Je dessinais sans avoir suivi de classe d’art ou pris des leçons particulières en la matière. Je crois que cela m’est venu en lisant les critiques d’art dans les Reader’s Digest que je dévorais.» Après le crayonnage, il est passé à la peinture à l’eau puis très vite à la peinture à l’huile sur canevas et a été très surpris de voir que le résultat n’était pas si mal. À travers ses lectures, il est tombé en arrêt devant le tableau Soleil Levant du peintre français Claude Monet, père de l’impressionnisme. Le Dr Boodhoo a alors fait des recherches sur les peintres pratiquant cette forme de peinture. Cette capture de la lumière et de l’instant présent sur laquelle repose l’impressionnisme l’a séduit. Il a d’ailleurs essayé de reproduire Soleil Levant. «J’ai dû en faire une vingtaine de versions», raconte-t-il.
Et même lorsqu’il faisait ses études de médecine, sa spécialisation en neurochirurgie et le début de sa pratique en Afrique du Sud, il a continué à peindre durant le peu de temps libre qui lui restait. «Lorsque vous aimez quelque chose profondément, vous allez toujours puiser au fond de vous l’énergie et le temps à lui consacrer.» À chacun de ses déplacements professionnels ou personnels à l’étranger, le Dr Boodhoo en a profité pour visiter les musées et autres galeries d’art.
Attache émotionnelle
Il a exposé pour la première fois une cinquantaine de tableaux de son cru en août 2017 au SSR National Art Gallery, exposition qui avait pour thème Through my eyes et qui a été inaugurée par le vice-Premier ministre d’alors, le Dr Rashid Beebeejaun. Le Dr Boodhoo n’a jamais voulu vendre ses peintures. «J’ai un attachement émotionnel avec la peinture et avec mes tableaux», avouet-il. Ce qui fait que sa collection personnelle comprend à ce jour 80 tableaux.
Il en est à sa cinquième participation au Salon de Mai dont c’est le 43e anniversaire cette année et son thème est «Reflection». Cette édition est un hommage à deux talentueux peintres locaux disparus, soit Moorthy Nagalingum et Fabien Cango. Les exposants devaient remplir certains critères pour être autorisés à exposer leur œuvre et toutes les formes d’art ont été considérées. Le Dr Boodhoo a soumis plusieurs tableaux dont le dernier réalisé sur canevas de 140 x 100 cm, fait il y a cinq mois. Il a peint un versant du Pieter Both, montagne qu’il considère comme la plus mythique de l’île, dans la lueur naissante de l’aurore. «Avant d’être satisfait avec la version finale du tableau, j’en ai fait sept versions.» Fatigué ou pas après sa journée de travail, il a su puiser en lui l’énergie nécessaire pour les réaliser.
La huitième version a trouvé grâce à ses yeux, de même qu’à ceux des membres du comité de sélection présidé par l’artiste peintre et principal chargé de cours de la School of Fine Arts du Mahatma Gandhi Institute, Krishna Luchoomun, à qui le Dr Boodhoo adresse ses remerciements ainsi qu’à son équipe pour avoir donné l’occasion aux artistes amateurs de pouvoir exposer leurs œuvres au Salon de Mai. «J’ai choisi ce versant du Pieter Both car son pic y est le mieux défini et ressemble à un enfant dans les bras de sa mère.» Son tableau est le seul à avoir été exposé dans la catégorie Non artist. L’année prochaine, le Dr Boodhoo compte organiser une exposition de tous les tableaux qu’il a réalisés jusqu’ici. L’artiste mauricien dont il est le plus féru est Max Boullé qu’il qualifie de «Claude Monet local.» La peinture n’est pas la seule passion de notre interlocuteur. Il écrit aussi des poèmes dont l’un a été publié dans le recueil The Best Poets and Poems of 2021. Il a également la main verte, plantant non seulement des arbres fruitiers dans sa cour mais il va aussi chercher des plantules dans la forêt qu’il met en pot et en fait des bonsaïs.
Coûteux
Il reconnaît que les matières premières pour faire de l’art coûtent très cher. «Les matières premières sont onéreuses. Faire de la peinture coûte cher. Le ministère des Arts et de la culture devrait réfléchir et voir comment il est possible d’obtenir des matières premières à moins cher à partir de différents pays. Et ceci afin que les non professionnels puissent être encouragés à se lancer.» Le Dr Boodhoo pense que tous les objets d’art spoliés par les colonisateurs devraient être restitués à leur pays d’origine.
Il est triste car il trouve que les jeunes sont scotchés aux réseaux sociaux sur leurs écrans de téléphone mobile et tablette et que ce faisant, ils passent à côté de l’art et de la nature. «Je lance un appel aux jeunes pour qu’ils fassent de la peinture, pratiquent de la musique et se connectent avec la nature et avec tout ce qui est artistique car ce sont des disciplines qui enlèvent le stress et libèrent la sérotonine, l’hormone du bonheur. C’est en pratiquant une forme d’art qu’ils verront que cela rejaillira positivement sur leur bien-être général, sur leurs performances scolaires et sur leurs études…» Message transmis.
Publicité
Publicité
Les plus récents