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Pointe-d’Esny

Shakeel Mohamed découvre des barrières et promet de les faire tomber d’ici 14 jours

14 août 2026, 12:00

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Shakeel Mohamed découvre des barrières et promet de les faire tomber d’ici 14 jours

■ Shakeel Mohamed et Navinchandra Luchoo, «Chief Surveyor» au ministère.

À Pointe-d’Esny, hier, le sable semblait porter les traces d’une bataille ancienne. Des cordes, des poteaux, des plantes soigneusement disposées comme des frontières et même des panneaux proclamant «Plage privée» dessinent, par endroits, une étrange géographie du littoral. Ici, une porte. Plus loin, une corde. Ailleurs, des poteaux plantés directement dans le sable. Comme si chacun avait voulu pousser un peu plus loin les limites de son territoire.

C’est dans ce décor que le ministre des Terres et du logement, Shakeel Mohamed, est arrivé pour une visite de terrain. À ses côtés : des fonctionnaires de son ministère, des représentants de la Beach Authority, des policiers, la Special Supporting Unit, la Special Mobile Force (SMF), ainsi que le ministre des Collectivités locales, Ranjiv Woochit, et des représentants de son ministère. Carina Gounden, membre du collectif Aret Kokin Nu Laplaz et de Mru2025, était également présente.

■ Shakeel Mohamed 3

Dès les premiers pas, le ton est donné. Shakeel Mohamed ne vient pas pour une visite protocolaire. Il observe, questionne, montre du doigt. Devant un officier, il lâche : «Mo pann vinn la zis pou koze vir ledo ale. Si fale mo tir bann striktir-la mo mem ar mo lame, mo pou fer li.» Puis vient un premier détail, presque symbolique : un panneau censé signaler un contour est couché au sol, presque avalé par les plantes. «Monsieur Luchoo… Monsieur Luchoo…» Durant une bonne partie de la visite, le nom de Navinchandra Luchoo revient. Chief Surveyor à la Survey Division du ministère des Terres et du logement, il est sollicité pour expliquer, mesurer, constater. Le ministre veut des réponses concrètes sur les limites, les structures et les empiètements.

■ Cette habitante demande au ministre d’agir contre l’incivisme sur les plages. ■ Cette habitante demande au ministre d’agir contre l’incivisme sur les plages.

Nuisances sonores

Le premier constat est sans détour. Un habitant a installé des poteaux directement sur la plage pour empêcher le passage. Selon les explications données sur place, le propriétaire d’un campement considère que la plage située devant sa maison lui appartient. Quelques mètres plus loin, un voisin a installé des cordes afin de délimiter ce qu’il considère comme son espace, empiétant lui aussi sur le littoral. Le ministre s’arrête. Il rappelle une distinction importante : une structure temporaire n’est pas une structure permanente. «Temporary structure means ce qui est posé, et permanent ce qui est ancré dans le sol», explique-t-il, avant de demander si les installations se trouvent dans la building line.

■ Shakeel Mohamed 2

Pour Shakeel Mohamed, le principe est clair : aucune construction permanente ne peut être érigée sans les autorisations nécessaires, notamment un Building and Land Use Permit du conseil de district. Et surtout, aucune installation ne peut venir bloquer le passage du public sur le domaine public. Le ministre va jusqu’à inviter les officiers de la SMF à intervenir face aux structures qui entravent le passage.

Un peu plus loin, le décor se répète. Des plantes sont disposées comme une haie improvisée pour marquer une frontière. Sur un panneau, quelqu’un a même écrit : «Plage privée». La scène provoque l’incrédulité. Plus loin encore, une corde, habilement camouflée sous des feuillages, forme une nouvelle barrière. Une petite porte a même été installée, donnant l’impression d’une entrée vers une propriété privée.

«La plage n’est pas privée»

Pour le ministre, ces installations n’ont pas leur place sur le domaine public. «La plage n’est pas privée», répète-t-il. Au fil de la visite, Shakeel Mohamed échange avec les habitants. Parmi eux, Julienne, 85 ans, qui habite à Pointe-d’Esny depuis près de 30 ans. Le ministre lui explique que le littoral demeure accessible à tous et qu’un bail sur un terrain ne confère aucun droit d’exclure le public de la plage. «La loi ne donne pas d’exclusivité», insiste-t-il. Il demande également que les propriétaires concernés soient informés et que les panneaux portant la mention «privé» soient retirés.

■ Shakeel Mohamed 1

Mais derrière la question des barrières se cache aussi une autre réalité : celle des tensions quotidiennes entre riverains et usagers de la plage. Marie Jane S. interpelle à son tour le ministre. Elle raconte les difficultés auxquelles elle est confrontée, notamment le fait que certaines personnes viennent faire leurs besoins sur la plage, parfois même devant sa maison ou sur ses transats. Le ministre écoute. Il évoque également la consommation d’alcool et les nuisances sonores, certaines pratiques étant interdites sur les plages. «Je suis d’accord avec vous. Pendant trop longtemps les autorités ont été absentes», reconnaît-il.

■ Shakeel Mohamed 5

Cette phrase résume peut-être l’un des enjeux de la visite. À Pointe-d’Esny, le problème n’est pas seulement celui de quelques cordes ou poteaux. C’est celui d’une absence de contrôle qui, au fil des années, a laissé s’installer des habitudes et des appropriations informelles. Shakeel Mohamed affirme vouloir remettre de l’ordre, mais dit privilégier d’abord la pédagogie et le dialogue. «Je préfère faire les choses à l’amiable… dans le bon vivre ensemble», affirme-t-il.

Toutefois, derrière cette volonté d’apaisement se dessine une ligne rouge. Le ministre entend désormais faire respecter les règles. Il évoque la possibilité d’aller jusqu’à l’annulation de certains baux en cas de refus persistant de se conformer à la loi. Il veut également travailler avec les organisations non gouvernementales afin de trouver des solutions et promet de poursuivre les visites dans d’autres régions où des problèmes similaires persistent. Les propriétaires de campements devront, eux, regarder de près leurs installations et leurs limites. Les building lines devront être respectées. Le domaine public devra rester accessible.

■ Shakeel Mohamed 4

La journée s’achève donc sur une promesse ferme. Des notes sont remises aux propriétaires de campements concernés. Et surtout, un compte à rebours a commencé. Shakeel Mohamed annonce un ultimatum de 14 jours aux hôteliers et propriétaires de campements pour enlever les barrières, cordes, poteaux, panneaux et autres structures qui entravent l’accès du public au littoral. Au bout de ces 14 jours, le ministre promet de revenir aux actes.

À Pointe-d’Esny, les frontières dessinées dans le sable pourraient bientôt disparaître.

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