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73 recommandations de l’ONU
Personnes handicapées : passer des mots aux actes
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73 recommandations de l’ONU
Personnes handicapées : passer des mots aux actes
Les associations de défense des droits des personnes en situation de handicap attendent désormais que les recommandations de l’ONU se traduisent par des changements concrets dans la vie quotidienne.
Alors que Maurice s’engage à donner suite aux 73 recommandations formulées par le Comité des Nations unies relatives aux droits des personnes handicapées, les associations rappellent que l’enjeu ne réside plus uniquement dans les engagements pris, mais dans leur traduction concrète au quotidien. Accessibilité, éducation, emploi, protection sociale : les chantiers restent nombreux pour parvenir à une société réellement inclusive.
Le gouvernement veut accélérer le processus. Le Conseil des ministres a récemment pris note de l’état d’avancement de la mise en œuvre des 73 recommandations à l’issue de l’examen des deuxième et troisième rapports périodiques combinés de Maurice. Un comité interministériel, présidé par le ministre de l’Intégration sociale, a été mis en place afin de superviser, coordonner et suivre l’application de ces recommandations.
Parmi les principales mesures annoncées figurent l’élaboration d’une Stratégie nationale et d’un Plan d’action sur le handicap pour la période 2026-2030 ; d’éventuelles recommandations portant sur des amendements constitutionnels ; ainsi que l’adhésion aux protocoles facultatifs énoncés par le Comité des Nations unies relatifs aux droits des personnes handicapées. Un comité de pilotage et dix sous-comités thématiques ont également été instaurés afin de faciliter les discussions techniques, de coordonner les actions entre les différents acteurs et d’assurer un suivi régulier des engagements pris.
Toutefois, sur le terrain, les représentants des personnes en situation de handicap rappellent que le véritable défi sera celui de l’application. Car derrière les textes et structures mis en place, des milliers de personnes attendent encore des changements visibles dans leur quotidien.
«Les 73 recommandations sont une feuille de route, pas une simple formalité»
Pour Ali Jookhun, président de l’African Down Syndrome Network, les recommandations du Comité doivent être comprises comme bien plus qu’une liste d’observations. Elles sont, selon lui, le résultat d’un travail approfondi prenant en compte les rapports soumis par l’État mauricien, mais également les contributions des organisations de personnes en situation de handi cap (OPH), de la société civile et des différentes parties prenantes. «Ces recommandations reflètent les réalités vécues par les personnes en situation de handicap et les obstacles auxquels elles sont confrontées», explique-t-il.
Selon lui, il est essentiel de sortir d’une approche uniforme du handicap. Chaque personne peut être confrontée à des difficultés différentes selon son type de handicap, son âge, son environnement ou encore les services auxquels elle a accès. Les politiques publiques doivent donc être adaptées aux réalités du terrain. Parmi les priorités identifiées, Ali Jookhun place en premier lieu la réforme du système d’évaluation du handicap et de l’attribution des prestations sociales.
Il estime que les critères actuels doivent évoluer vers une approche davantage basée sur les droits humains. «La question de la pension d’invalidité et des critères d’évaluation demeure l’une des préoccupations les plus souvent exprimées par les personnes concernées», souligne-t-il. Une réforme du mécanisme d’évaluation devrait être transparente, équitable, multidisciplinaire et élaborée avec la participation directe des organisations représentant les personnes en situation de handicap.
Accessibilité et participation : des principes encore à concrétiser
La deuxième priorité évoquée par Ali Jookhun concerne l’accessibilité universelle. Un concept qui dépasse largement la question des infrastructures physiques. «L’accessibilité ne concerne pas uniquement les bâtiments publics. Elle touche également les transports, les écoles, les services de santé, la justice, les technologies de l’information et l’ensemble des services publics.» Selon lui, sans accessibilité réelle, les autres droits restent difficiles à exercer pleinement. Une personne peut avoir accès à une prestation sociale, mais être confrontée à des obstacles lorsqu’elle doit se déplacer, accéder à un service médical ou participer à la vie économique et sociale du pays.
La troisième priorité concerne la participation des personnes en situation de handicap aux décisions qui les concernent. Pour Ali Jookhun, le principe fondamental de la Convention des Nations unies, «Rien sur nous sans nous», doit être appliqué concrètement. «Les personnes en situation de handicap doivent être associées à l’élaboration, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des politiques publiques», insiste-t-il.
Concernant la future Stratégie nationale sur le handicap pour la période 2026-2030, il estime que le succès ne se mesurera pas au nombre de réunions organisées ou de documents publiés, mais aux changements réels apportés dans la vie des citoyens concernés. Cette stratégie, dit-il, devra être accompagnée d’objectifs précis, d’un calendrier, d’indicateurs mesurables, de ressources financières suffisantes et d’un mécanisme indépendant permettant d’évaluer les progrès accomplis.
Un changement de regard encore nécessaire
Du côté d’Ashvin Gudday, vice-président de l’Association pour la protection des droits des handicapés, quatre grands axes doivent guider l’action publique : l’inclusion, l’égalité des chances, l’accessibilité et l’autonomisation des personnes en situation de handicap. Il cite notamment l’accès aux soins comme un do- maine nécessitant une attention particulière. Selon lui, certains services de santé doivent développer une approche plus spécialisée afin de répondre aux besoins des personnes ayant des handicaps complexes, notamment l’autisme ou la trisomie.
L’accessibilité des infrastructures demeure également un défi majeur. Les transports publics, les bâtiments et certains espaces de loisirs ne sont toujours pas suffisamment adaptés, estime-t-il. Il évoque aussi l’éducation inclusive et l’accès à l’emploi, deux secteurs où des progrès restent nécessaires pour permettre une participation pleine et entière des personnes en situation de handicap à la société.
Ashvin Gudday s’interroge également sur les délais entourant la promulgation de la Promotion and Protection of the Rights for Persons with Disabilities Act, votée depuis deux ans selon lui, ainsi que sur la réforme du Medical Board, un dossier lié aux mécanismes d’évaluation donnant droit aux allocations. Au-delà des lois et des politiques publiques, un changement de mentalité demeure indispensable. «Il faut changer le regard porté sur les personnes en situation de handicap. Il faut les considérer comme des citoyens à part entière», soutient-il.
Seize ans après la ratification par Maurice de la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, les associations estiment que le pays doit franchir une nouvelle étape : passer des engagements aux résultats.
Sollicité pour préciser quelles recommandations ont déjà été mises en œuvre, celles qui sont en cours d’exécution ainsi que le calendrier prévu pour les prochaines étapes, le ministre de l’Intégration sociale, Ashok Subron, n’avait pas encore répondu au moment de la mise sous presse.
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