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«Smart City» de Domaine Les Pailles : Rs 573,7 millions d’actifs publics transférés, soupçons de fraude et enquête de la FCC

8 juillet 2026, 11:00

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«Smart City» de Domaine Les Pailles : Rs 573,7 millions d’actifs publics transférés, soupçons de fraude et enquête de la FCC

Le projet de Smart City de Domaine Les Pailles, présenté il y a plus de dix ans comme un ambitieux développement immobilier, est aujourd’hui au cœur d’une affaire mêlant retards, manquements contractuels, soupçons de fraude et enquête de la Financial Crimes Commission (FCC). Répondant à une question parlementaire de la députée Joanna Bérenger, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, a dressé un tableau particulièrement sévère de la gestion de ce projet, évoquant de nombreux «red flags» ainsi qu’une série de procédures judiciaires déjà engagées.

Le chef du gouvernement a rappelé que la State Investment Corporation (SIC) avait conclu, le 29 août 2015, un accord avec Yihai International Investment Management Ltd, une société enregistrée aux îles Vierges britanniques appartenant au ressortissant chinois Li Hai, afin de développer une Smart City sur le site de Domaine Les Pailles. Une société locale, Yihai Investment Ltd, a ensuite été créée en septembre 2015 pour porter le projet, avant d’obtenir un Smart City Certificate auprès de l’Economic Development Board (EDB) en octobre 2019.

Dans le cadre de ce partenariat, la SIC a apporté en capital 97 arpents de terrain ainsi que les bâtiments existants de Domaine Les Pailles, notamment cinq restaurants et leurs infrastructures. Cet apport, évalué à Rs 573,7 millions, représentait 49 % du capital de Yihai.

En contrepartie, le partenaire privé devait injecter environ Rs 1,2 milliard, comprenant Rs 598 millions en numéraire ainsi que des matériaux et équipements de construction d’une valeur supérieure à Rs 600 millions. Selon Navin Ramgoolam, seules Rs 440 millions ont finalement été investies, une situation qu’il qualifie de «signal d’alarme majeur». Le projet initial prévoyait la construction de 135 villas, 1 029 appartements, une tour de bureaux, un immeuble commercial, une école, un hôtel, une clinique, un clubhouse ainsi que plusieurs bâtiments de services, tout en intégrant les infrastructures historiques de Domaine Les Pailles.

Le Premier ministre a également indiqué qu’en décembre 2015, Guibies Properties Ltd, filiale de la SIC, avait confié à Yihai la gestion du centre équestre de Domaine Les Pailles pour une durée de 19 ans.

«Un transfert des terrains»

Navin Ramgoolam a toutefois affirmé que les terrains de l’État n’avaient pas simplement été loués, mais transférés à Yihai. Selon lui, ces biens ne sont désormais plus sous le contrôle de la SIC, mais appartiennent à une société majoritairement contrôlée par un investisseur étranger qui, a-t-il affirmé, n’avait pas respecté ses engagements contractuels et fait aujourd’hui l’objet d’une enquête de la FCC.

Le Premier ministre a ensuite détaillé plusieurs éléments découverts par la nouvelle direction de la SIC. Selon les informations communiquées au gouvernement, aucune procédure de due diligence n’aurait été menée sur Yihai International Investment Management Ltd ni sur son propriétaire, Li Hai, avant la signature de l’accord de partenariat.

Autre élément relevé : les modalités de fonctionnement des comptes bancaires de la société auraient été modifiées en mars 2018. Alors qu’au départ tous les chèques devaient être cosignés par Li Hai et un représentant de la SIC, une résolution du conseil d’administration aurait ensuite autorisé Li Hai à signer seul tous les chèques inférieurs à Rs 10 millions. Dans un premier temps, Banoomatee Veerasamy représentait la SIC avant d’être remplacée par Anoop Nilamber.

Le Premier ministre a estimé que ce mécanisme inhabituel lui aurait permis de retirer seul Rs 107 millions des comptes de Yihai. Il a notamment indiqué qu’entre mars et mai 2022, Li Hai avait signé dix chèques d’un montant de Rs 9 431 240 chacun.

Autre décision dénoncée : une résolution adoptée le 31 juillet 2019 lui aurait accordé un salaire mensuel net de Rs 500 000, l’impôt correspondant étant pris en charge par la société. Navin Ramgoolam a affirmé que cette pratique avait pris fin en février 2026 avec l’arrivée de la nouvelle direction de la SIC.

Des engagements non respectés

Le chef du gouvernement a ensuite dressé la liste des principaux manquements reprochés au partenaire privé. Parmi ceuxci figurent le non-respect de l’engagement financier initial, une partie de l’apport en capital restant impayée, tandis que les matériaux et équipements promis n’ont jamais été importés. Il a également évoqué des retards considérables dans l’exécution du projet. Plus de dix ans après son lancement, seules quatre villas et un immeuble de 29 appartements auraient été achevés. La SIC reproche également à Yihai des frais de gestion impayés envers Guibies Properties Ltd, représentant Rs 10,6 millions.

Le Premier ministre a aussi cité l’absence de comptes financiers audités depuis 2019, des problèmes de gouvernance, un manque de transparence envers les actionnaires, des violations des conditions du Smart City Certificate ainsi que le non-paiement d’un dividende garanti de Rs 500 millions, qui devait être versé à la SIC sur une période de trois ans.

Plusieurs actions judiciaires engagées

Face à ces irrégularités présumées, la SIC a déjà engagé plusieurs procédures. Elle a saisi la justice afin d’empêcher Yihai International Investment Management Ltd d’exercer ses droits de vote sur les actions correspondant au capital non libéré, et de bloquer la vente des villas et appartements du projet.

Le 28 mai 2024, la Cour suprême a accordé une injonction provisoire interdisant à Yihai de vendre ou de disposer d’une partie de ses actifs. Par ailleurs, Guibies Properties Ltd a résilié le contrat de gestion du centre équestre en octobre 2025 et a demandé la restitution des écuries ainsi que des chevaux et poneys.

Concernant le volet réglementaire, Navin Ramgoolam a indiqué que l’EDB avait réalisé une évaluation complète du projet, transmise à l’ancien Deputy Prime Minister en juillet 2025. Selon ce rapport, les retards, les modifications du plan d’affaires, les problèmes de gouvernance, les difficultés de financement et l’absence de comptes audités depuis 2019 justifient un réexamen du dossier. Après le renvoi de l’affaire à la FCC en mai 2026, l’EDB envisage désormais de retirer le Smart City Scheme Certificate, tout en évaluant les conséquences juridiques, financières et réglementaires afin de préserver les intérêts de la SIC.

Le Premier ministre a enfin indiqué que deux ressortissants chinois avaient également saisi la FCC au sujet d’un différend concernant la participation financière de Li Hai dans l’actionnariat de Yihai International Investment Management Ltd, ainsi que des allégations de blanchiment d’argent. À la suite de ces plaintes, une accusation provisoire a été déposée contre Li Hai et la Cour suprême a ordonné le gel de ses comptes bancaires ainsi que des avoirs de Yihai Investment Ltd.

La SIC a également déposé, en mai 2026, une plainte officielle auprès de la FCC pour fraude et détournement de fonds. Selon Navin Ramgoolam, la FCC enquête actuellement sur les agissements présumés de Li Hai et d’Anoop Nilamber, ce dernier ayant ensuite été nommé Chief Executive Officer de la State Bank of Mauritius par l’ancien gouvernement.

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