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Questions à…
Govindah Chinapiel : «Les micro-certifications permettent une adaptation rapide aux besoins du marché du travail»
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Questions à…
Govindah Chinapiel : «Les micro-certifications permettent une adaptation rapide aux besoins du marché du travail»
Govindah Chinapiel, «Managing Director» de Valdus, expert en ressources humaines, psychologue et «Master Coach».
Le gouvernement veut former 50 000 Mauriciens aux compétences liées à l’IA. Cette mesure peut-elle réellement déboucher sur des emplois mieux rémunérés ?
Former n’est pas employer, et employer n’est pas mieux payer. Trois maillons doivent fonctionner ensemble : l’acquisition de compétences, leur utilisation effective dans un emploi, et la capacité de cet emploi à offrir une meilleure rémunération. Le Budget agit surtout sur le premier maillon, et encore, l’expression «formés ou habilités» entretient une confusion entre simple familiarisation et réelle maîtrise.
Une hausse des salaires ne survient que lorsque la demande pour une compétence est forte et que cette compétence reste rare. Si l’on forme 50 000 personnes sans créer en parallèle suffisamment d’emplois qualifiés, on augmente surtout l’offre de travail. Résultat, la pression salariale peut s’affaiblir, voire se diluer. Seule une fraction des personnes réellement certifiées et insérées dans des secteurs porteurs pourra espérer une amélioration tangible de leurs revenus.
La zone économique spéciale de Côte-d’Or, axée sur l’IA, le numérique et la fabrication avancée, peut-elle générer des emplois de qualité pour les jeunes diplômés ?
Une zone économique spéciale peut effectivement générer des emplois de qualité, mais son efficacité dépend entièrement de la nature des investisseurs attirés. Deux scénarios sont possibles. Dans le premier, les entreprises installées transfèrent des technologies, forment localement et intègrent les diplômés mauriciens dans leur chaîne de valeur. Dans le second, elles viennent principalement pour les avantages fiscaux, tout en important leurs propres cadres.
Le risque de ce second scénario est réel, surtout si le pays anticipe déjà une importation de talents. Sans préparation adéquate des jeunes et sans exigences claires en matière de contenu local et de transfert de compétences, la zone pourrait produire une économie enclavée, peu bénéfique pour l’emploi qualifié local. Le succès dépendra donc d’un équilibre strict entre attractivité et obligations de formation.
Le Budget prévoit une révolution des start-ups avec un cadre légal dédié et des incitations fiscales. Quel impact sur la création nette d’emplois sur cinq ans ?
Il faut être lucide. Les start-ups génèrent rarement des volumes importants d’emplois à court terme. La majorité échoue, et celles qui réussissent démarrent souvent avec des équipes réduites. La création nette d’emplois provient en réalité d’une très petite minorité d’entreprises à forte croissance.
Les incitations fiscales peuvent encourager l’écosystème, mais elles risquent aussi de financer des projets qui auraient existé sans elles. Sur cinq ans, l’impact sur l’emploi restera donc limité et incertain, probablement de l’ordre de quelques milliers de postes au mieux.La vraie valeur des start-ups est ailleurs. Elle réside dans l’innovation, la productivité et la transformation économique à moyen et long terme. Sans capital-risque structuré toutefois, les incitations fiscales seules ne suffiront pas à créer un écosystème dynamique.
Le gouvernement veut attirer davantage de talents étrangers pour combler les pénuries. Cette stratégie freine-t-elle ou stimule-t-elle les opportunités pour les Mauriciens ?
Tout dépend du type de talent importé. Lorsqu’il est complémentaire – expertise rare, transfert de savoir-faire ou création d’entreprises locales –, il peut stimuler l’économie et renforcer les compétences nationales.
En revanche, lorsqu’il remplace une main-d’œuvre locale disponible, il peut exercer une pression à la baisse sur les salaires et réduire les opportunités d’évolution des Mauriciens. Le Budget semble osciller entre ces deux logiques. Importer des compétences de haut niveau peut être bénéfique, mais importer massivement de la main-d’œuvre pour des postes accessibles localement risque de freiner l’ajustement salarial et de créer des tensions sur le marché du travail. La cohérence globale de la stratégie reste donc à clarifier.
Les micro-certifications et une plateforme nationale des compétences peuvent-elles réduire durablement le décalage entre offre et demande d’emplois ?
C’est probablement l’une des mesures les plus prometteuses du Budget. Les micro-certifications permettent une adaptation rapide des compétences aux besoins du marché. La plateforme nationale des compétences, si elle est bien conçue, peut devenir un véritable outil de pilotage.
Mais trois conditions sont essentielles : une base de données fiable et actualisée, l’implication réelle des employeurs et, surtout, une gouvernance forte capable d’en faire un outil central plutôt qu’un dispositif périphérique.
Le risque principal reste la prolifération de certifications sans valeur réelle. Sans contrôle de qualité rigoureux, on pourrait multiplier les titres sans améliorer l’employabilité. Bien conçu, ce système peut réduire le décalage structurel du marché du travail.
Plusieurs secteurs comme la santé, la construction, le tourisme, l’économie bleue et l’agriculture bénéficient d’investissements importants. Lesquels créeront le plus d’emplois à court terme ?
À court terme, la construction est le principal moteur d’emploi. Les grands projets d’infrastructures et de logement génèrent rapidement des postes, même si beaucoup sont temporaires et peu qualifiés. Le tourisme suit de près, avec une forte capacité d’absorption de main-d’œuvre et des effets immédiats, notamment dans l’hôtellerie et les services. La santé crée également des emplois, mais plus qualifiés et donc plus longs à former. L’agriculture et l’économie bleue ont un potentiel important, mais leur impact est plus lent à se matérialiser et dépend parfois de main-d’œuvre importée. En résumé, les effets immédiats viendront surtout de la construction et du tourisme.
La création d’emplois suffira-t-elle à exercer une pression à la hausse sur les rémunérations dans le privé ?
Non, pas automatiquement. Les salaires augmentent lorsque la demande de travail dépasse l’offre ou lorsque la productivité progresse. Or, le Budget agit simultanément sur l’offre – via une formation massive et l’importation de main-d’œuvre –, ce qui peut neutraliser les pressions haussières. Créer des emplois ne suffit pas si l’offre de travailleurs qualifiés augmente au même rythme. Par ailleurs, les mesures de protection du pouvoir d’achat reposent davantage sur les prix que sur les salaires. Sans rareté des compétences ni gains de productivité significatifs, la hausse des salaires restera limitée. Dans certains segments, la pression pourrait même être contenue par l’importation de main-d’œuvre.
Évalué uniquement sous l’angle de l’emploi et du capital humain, ce Budget mérite-t-il une note positive, ou des mesures clés manquent-elles ?
Le Budget présente des fondations solides, mais incomplètes. L’architecture de formation, les micro-certifications, la réforme des compétences et la structuration institutionnelle sont pertinentes et attendues depuis longtemps. Cependant, quatre faiblesses majeures persistent : l’absence de lien clair avec la création d’emplois, l’absence d’indicateurs de résultats, la fragmentation des initiatives sans pilotage central et une contradiction entre formation locale et recours à la main-d’œuvre étrangère. Le système améliore l’offre de compétences, mais ne garantit pas leur transformation en emplois. Une note globale de 6/10 semble donc appropriée.
Est-ce que ce Budget va baisser le taux de chômage ?
Une baisse légère est possible, mais elle ne sera ni massive ni structurelle. Les mesures de formation auront un impact différé, sur plusieurs années. Par ailleurs, une partie de la population nouvellement formée pourrait entrer sur le marché du travail, ce qui peut temporairement stabiliser, voire augmenter le taux mesuré.
Le problème central reste structurel : le décalage entre les compétences disponibles et les emplois réellement créés. Sans transformation du côté de la demande de travail, la baisse du chômage restera limitée. Le taux, pris isolément, ne reflète d’ailleurs pas la qualité réelle de l’emploi.
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