Publicité

Naissance à la prison de Beau-Bassin

Sivananda Apasamy : «Le bébé est arrivé dans mes mains»

28 juin 2026, 19:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Sivananda Apasamy : «Le bébé est arrivé dans mes mains»

■ Cette naissance inattendue a marqué sa carrière.

Jeudi après-midi, dans la New Wing de la prison de Beau-Bassin, Sivananda Apasamy, connu sous le prénom de Steven, Lead Prison Officer depuis 22 ans, a assisté à la naissance d’un enfant dans des circonstances auxquelles aucune formation ne prépare totalement. C’est une ronde comme tant d’autres qui a basculé, en quelques minutes, pour devenir l’un des souvenirs les plus marquants d’une carrière de plus de deux décennies. Ce jeudi-là, vers 14 heures, alors qu’il effectuait sa visite habituelle, Sivananda Apasamy entend une femme venue rendre visite à un détenu appeler à l’aide depuis les toilettes.

«Je l’ai entendue crier. Elle me disait qu’elle était en train de saigner», se souvient Steven. Il lui tend d’abord des mouchoirs en papier, sans imaginer un seul instant ce qui est en train de se produire. Rien, dans l’apparence de cette visiteuse, ne laissait deviner une grossesse. «Je ne savais pas qu’elle était enceinte. Elle portait un gros pull d’hiver.» L’officier alerte aussitôt le service médical de l’établissement. Mais la femme, prise de douleurs, ne parvient plus à se déplacer. Il retourne alors vers les toilettes. «À ce moment-là, je suis entré. Elle était assise sur la cuvette. Et d’un coup, le bébé est arrivé dans mes mains», raconte-t-il.

Le surveillant déclenche immédiatement l’alerte générale. En quelques instants, le SAMU est prévenu. Lui reste avec le nouveau-né, qui tremble dans ses bras. «Je suis entré dans le bureau, il y avait une serviette ; je l’ai enveloppé dedans.» Un geste simple, qui restera gravé dans sa mémoire. «À cet instant, j’ai ressenti une grande fierté.» Le médecin de la prison arrive alors sur place, suivi des gardes du service féminin, puis du SAMU, qui prend en charge la mère et son bébé. «Tous les tests ont été effectués et j’ai pu leur remettre l’enfant. Elle était en bonne santé», précise l’officier, encore marqué par l’intensité du moment. «Dans ce métier, on apprend qu’il faut toujours s’attendre à l’inattendu», résume Sivananda Apasamy. Ce qui l’a le plus touché, dit-il, c’est la mobilisation collective qui a suivi : «J’ai été très content de voir l’équipe de la prison arriver en si grand nombre.»

«La prison, c’est une école»

Cette capacité à garder son sangfroid, l’officier l’attribue à une formation continue. Certifié en premiers secours, il a également suivi une formation du Groupe d’intervention de la police mauricienne (GIPM), où il a exercé au renseignement pénitentiaire ainsi qu’en salle de contrôle. Au cours de sa carrière, il a servi dans les prisons de Phoenix, Melrose et Beau-Bassin. «La prison, c’est une école. Chaque jour, on y apprend quelque chose», affirme-t-il, évoquant les formations suivies aux Casernes, à la Special Mobile Force et au GIPM. Cet engagement, il le tient aussi de son père, président d’un club du troisième âge à Bois-Chéri et investi au sein d’un groupe socioculturel local. «C’est avec lui que j’ai appris le sens de l’humain», confie-t-il.

WhatsApp Image 2026-06-27 at 7.06.23 AMSivananda Apasamy a joué pour la sélection nationale de football de Maurice lorsqu’il était jeune.

Cette exigence guide son rapport quotidien avec les détenus, qu’il s’agisse de voleurs, de trafiquants ou de criminels. Il insiste en particulier sur le traitement réservé aux personnes toxicomanes ou vivant avec le VIH, qui nécessitent, selon lui, une attention particulière. «Il faut les accompagner avec précaution. Je n’ai pas peur, mais il faut toujours garder le moral pour pouvoir faire face à toutes les situations.»

Avant d’endosser l’uniforme pénitentiaire, Sivananda Apasamy nourrissait un autre rêve : le football. Sélectionné en équipe nationale mauricienne des moins de 20 ans, il a porté les couleurs du pays à La Réunion, au Zimbabwe et en Afrique du Sud, avant d’entraîner, plus tard, une sélection régionale de Savanne. Un parcours sportif et humain qui, dit-il, l’a préparé à affronter avec calme l’imprévisible, y compris une naissance, dans les toilettes de la prison.

Publicité