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Les affaires non résolues par la «CCID Special Cell»

Mᵉ Rama Valayden : «Il n’y a pas de volonté gouvernementale»

27 juin 2026, 17:30

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Mᵉ Rama Valayden : «Il n’y a pas de volonté gouvernementale»

© Tony Fine

Une baignoire à Grand-Baie, un cratère à Bassin-Blanc, une chambre d’hôtel à Grand-Gaube, un buisson à Albion, les abords d’une rivière à Camp-Levieux… Autant de «cold cases» et de familles qui attendent parfois depuis plus de deux décennies que l’on arrête les criminels.

L’an dernier, deux enquêteurs de Scotland Yard ont rencontré les éléments du Central Criminal Investigation Department (CCID) ainsi que l’ex-surintendant Daniel Monvoisin, chargé depuis 18 mois de la cellule spéciale consacrée aux affaires non élucidées. Les autorités ont précisé que les Britanniques ne viennent pas résoudre les dossiers en souffrance mais proposer un regard extérieur et des méthodes modernes, avant de remettre leur rapport au CCID et à la Major Crime Investigation Team (MCIT).

Sollicité sur l’avancement des dossiers, le Police Press Office répond : «La cellule ne communique pas avec nous directement mais rend des comptes au seul commissaire de police. Si la moindre avancée méritait d’être rendue publique, elle l’aurait déjà été.» Ce qui en dit long sur l’absence de développement.

Trois dossiers ont été désignés comme prioritaires, faute de temps pour tout reprendre : l’assassinat de Soopramanien Kistnen, le meurtre de la styliste Vanessa Lagesse, et celui de l’Irlandaise Michaela McAreavy, née Harte. Le cas de Nadine Dantier a également été évoqué.

Soopramanien Kistnen Le corps partiellement carbonisé de Soopramanien Kistnen, homme d’affaires et agent politique du MSM, a été retrouvé dans un champ de cannes à Telfair, Moka, le 18 octobre 2020. Depuis, l’affaire traîne.

Le cas Kistnen, retrouvé mort en octobre 2020, à Telfair, est sans doute celui qui a le plus de chances de connaître une issue en raison de sa relative fraîcheur. Les enquêteurs britanniques ont étudié le rapport d’enquête judiciaire mené par la magistrate Vidya Mungroo-Jugurnath, qui a conclu à un assassinat. Une visite des lieux où le corps a été découvert est envisagée. La police doit transmettre les éléments déjà rassemblés : compte-rendus d’interrogatoires, pistes suivies, hypothèses retenues. Jusqu’ici, la MCIT a privilégié la thèse d’un règlement de comptes lié à une dette impayée, tandis que les avocats de la famille évoquent un possible scandale politicofinancier car Kistnen était un agent du Mouvement socialiste militant. Le dossier a stagné, sans qu’aucune mise en accusation n’ait été prononcée.

Pour Mᵉ Rama Valayden, avocat de la famille Kistnen, l’absence de progrès dans cette enquête après 18 mois ne peut être imputée uniquement à l’équipe de l’ASP Monvoisin. «La responsabilité est avant tout politique.» Aucune ligne dédiée n’a été mise en place pour recueillir des témoignages anonymes et la prime promise aux informateurs serait restée gelée. Il affirme avoir écrit au commissaire de police et à l’Attorney General, recevant des signes de bonne volonté jamais traduits en actes. Il déplore aussi que la cellule n’ait pas interrogé sa cliente, l’épouse de la victime, sur l’enquête judiciaire.

C’est sur un point précis que Mᵉ Valayden situe le cœur du problème : l’accord conclu entre le gouvernement et le groupe chinois Huawei sur la gestion des données, la vidéosurveillance et les enregistrements. Selon lui, l’État serait légalement en droit d’exiger l’accès à ces données dans cette enquête. «Il n’y a pas de volonté gouvernementale», résumet-il, estimant que rien n’avancera tant que cette volonté fera défaut.

Un constat que partage l’ancien inspecteur Ranjeet Jokhoo, ex-enquêteur chevronné de la MCIT. Il plaide pour un système d’appel à témoins, comparable à ceux utilisés aux États-Unis, garantissant la confidentialité des personnes coopérant avec la police. Il estime que le dossier Kistnen a pâti, à l’époque, en raison de pressions politiques. Et 18 mois après l’entrée en opération de la cellule, c’est la famille qui continue à payer le prix de l’inertie.

Dossiers en attente

D’autres enquêtes sont toujours irrésolues. L’une des plus emblématiques est celle de Vanessa Lagesse, qui a connu son épilogue, sans livrer son mystère. C’est le 10 mars 2001 que le corps de cette styliste de 38 ans a été découvert dans son bungalow à Grand-Baie. Bernard Maigrot, l’homme d’affaires avec qui elle avait une liaison, a été arrêté, puis libéré sous caution. Après une succession d’enquêtes préliminaires et de changements de juges, il a été traduit en Cour d’Assises, reconnu coupable et condamné à 15 ans de prison. Mais en mai 2025, la Cour suprême a annulé sa condamnation en appel, estimant que le jury n’avait pas reçu de directives suffisantes sur la preuve ADN, l’alibi et sur l’absence de mobile. Vingtquatre ans après les faits, la justice a tranché, mais l’identité du meurtrier reste à découvrir.

Le 25 juin 2003, Nadine Dantier, étudiante, n’est pas rentrée chez elle à Albion. Son corps, violenté et étranglé, a été retrouvé le lendemain dans un buisson. Un maçon de 27 ans avait avoué le crime puis s’était rétracté, disant avoir menti sous la contrainte. Cinq autres suspects ont fait l’objet de prélèvements d’ADN qui n’ont rien donné. Les parents de la victime attendent encore des réponses.

Le 10 janvier 2011, l’enseignante irlandaise Michaela McAreavy, née Harte, a été assassinée dans la chambre1025 de l’hôtel Legends, aujourd’hui Lux Grand Gaube, en pleine lune de miel. Le procès qui a suivi reste le plus long de l’histoire judiciaire, avec 123 jours d’audience. Sandip Moneea et Avinash Treebhoowon, deux employés de l’hôtel, arrêtés au lendemain du meurtre, ont été acquittés à l’unanimité par le jury. L’hôtel a versé plus d’un million et demi de livres sterling à son époux. Quinze ans après les faits, l’identité du ou des coupables reste un mystère.

Le 14 novembre 2002, les corps d’Anshi Ittoo, 17 ans, et de Ramesh Sandooram, 38ans, ont été découverts liés l’un à l’autre avec une ceinture dans le cratère de Bassin-Blanc. L’autopsie menée par le Dr Satish Boolell, Chief Police Medical Officer de l’époque, a écarté la noyade au profit d’un traumatisme crânien et d’ecchymoses incompatibles avec une chute accidentelle. En 2010, la magistrate Razia Jannoo-Jaunbocus, siégeant en cour de Souillac, a confirmé l’acte criminel et a ordonné la reprise des investigations mais aucun suspect n’a été identifié.

Ces affaires ont en commun des indices perdus, des aveux contestés, des procédures interrompues. Le savoir-faire de Scotland Yard pourrait affiner certaines pistes. Mais sans moyens humains, sans ligne d’écoute dédiée et sans réelle détermination des autorités, ces dossiers risquent de rester sans suite.

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