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Le retour des promesses impossibles

28 juin 2026, 10:30

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Il aura suffi de quelques jours de contestation autour de la réforme des pensions pour que le vieux réflexe de la politique refasse surface. Pravind Jugnauth promet déjà le rétablissement de la pension universelle à 60 ans. Xavier-Luc Duval réclame lui aussi un retour au système antérieur. Demain, d’autres, surtout des milieux syndicaux, suivront. La campagne permanente reprend ses droits.

Le paradoxe est saisissant. Ceux qui promettent aujourd’hui de restaurer la pension universelle savent parfaitement pourquoi la réforme a été engagée. Les avertissements ne datent pas du Budget 2026-2027. Depuis plus de vingt ans, les rapports du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale, des agences de notation, de la Banque de Maurice, des commissions nationales et de nombreux économistes ou actuaires convergent : le vieillissement de la population rend le système actuel financièrement insoutenable.

Le constat n’est d’ailleurs pas nouveau dans la classe politique elle-même. Paul Bérenger l’évoquait déjà dans son Budget de 2003. Pravind Jugnauth lui-même reconnaissait, en 2004, la pression démographique qui pesait sur les finances publiques. Aujourd’hui encore, près d’un quart des dépenses de l’État est consacré aux pensions. Si rien ne change, la facture continuera de s’alourdir au détriment des autres missions essentielles de l’État : la santé, l’éducation, la sécurité ou l’investissement.

On peut critiquer la réforme proposée par Navin Ramgoolam. On peut juger sa communication déficiente qui a provoqué une valse-hésitation, son calendrier maladroit ou certaines modalités contestables. Le recul sur le means test montre d’ailleurs que le gouvernement n’avait pas suffisamment préparé le terrain politique. Mais une critique de la méthode ne fait pas disparaître la réalité budgétaire.

C’est pourtant cette réalité que le débat public semble vouloir effacer. À chaque réforme difficile répond désormais une promesse plus généreuse que la précédente. L’économie disparaît derrière l’émotion. L’arithmétique cède devant l’électoralisme.

La question mérite pourtant d’être posée avec franchise : comment assainir les finances publiques tout en promettant davantage de dépenses permanentes ? Où trouvera-t-on les milliards, pas les millions, supplémentaires ? Faudra-t-il augmenter les impôts ? S’endetter davantage ? Réduire les budgets consacrés à d’autres politiques publiques ? Ou simplement repousser le problème jusqu’au prochain gouvernement ?

Une démocratie peut choisir de maintenir une pension universelle. C’est un choix politique parfaitement défendable. Mais ce choix exige une explication honnête sur son financement. Les droits sociaux n’échappent pas aux contraintes économiques. Ignorer ces contraintes ne les fait pas disparaître ; cela reporte simplement leur coût sur les générations suivantes.

Le véritable risque est ailleurs. À force de transformer chaque réforme en promesse électorale et chaque contrainte budgétaire en slogan de campagne, Maurice entretient l’illusion qu’il existe toujours une solution sans sacrifice. C’est précisément cette illusion qui nous a conduits au mur.

Le courage politique ne consiste pas seulement à annoncer des réformes impopulaires. Il consiste aussi, dans l’opposition, à résister à la tentation des promesses impossibles. Sans ce minimum de cohérence, le pays restera prisonnier d’un cycle où chaque alternance défait ce que la précédente avait commencé à corriger.

La réforme des pensions survivra peut-être, ou non. Mais une chose est certaine : aucune réforme durable ne résistera si chaque échéance électorale transforme les contraintes démographiques en concours de générosité financé par des ressources que personne n’explique.

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