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Questions à...
Pamela Leste : «L’idée ne sera pas de tout couper mais de dépenser mieux en ciblant ceux qui en ont le plus besoin»
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Questions à...
Pamela Leste : «L’idée ne sera pas de tout couper mais de dépenser mieux en ciblant ceux qui en ont le plus besoin»
Pamela Leste, économiste.
Face à une croissance qui ralentit, des pressions inflationnistes persistantes et un environnement géopolitique incertain, l’économiste Pamela Leste, directrice de services conseils au sein d’un cabinet d’experts-comptables, titulaire d’une licence en sciences économiques, d’un master en gestion des entreprises et d’un diplôme en agrobusiness management. Du haut de ses 25 ans d’expérience en analyse économique et financière ainsi qu’en développement durable, elle estime que la priorité n’est pas de multiplier les dépenses publiques, mais d’en améliorer l’efficacité en favorisant l’emploi, l’investissement productif et la résilience économique.
Comment évaluez-vous la marge de manœuvre réelle dont dispose le Premier ministre et ministre des Finances pour répondre aux attentes de la population sans compromettre les équilibres macroéconomiques ?
Il se retrouve dans une position délicate, une sorte de délicat numéro d’équilibriste. D’un côté, il y a l’envie bien légitime de soulager le quotidien des citoyens face à la hausse des prix, mais de l’autre, la nécessité de garder les finances publiques sous contrôle. L’idée ne sera pas de tout couper, mais plutôt de dépenser mieux en ciblant précisément ceux qui en ont le plus besoin. C’est en trouvant ce juste milieu, sans excès de rigueur ni promesses intenables, qu’il pourra rassurer la population tout en protégeant l’avenir économique du pays.
Les projections économiques laissent entrevoir une croissance inférieure à 3 % et une inflation pouvant approcher 6 % si les tensions géopolitiques persistent. Quels devraient être, selon vous, les objectifs prioritaires du Budget dans un tel environnement ?
Le Budget doit opérer un arbitrage rigoureux entre urgence sociale et relance structurelle. La priorité immédiate est de protéger le pouvoir d’achat via des aides ciblées pour les ménages les plus vulnérables, évitant ainsi une baisse drastique de la consommation privée qui représente historiquement plus de 70 % du PIB. Parallèlement, pour briser ce plafond de croissance, l’État doit impérativement stimuler l’investissement, en ciblant une hausse de la formation brute de capital fixe (FBCF) vers la barre des 25 % du PIB. Cet effort doit se concentrer sur la transition énergétique et l’autonomie alimentaire, réduisant notre dépendance aux importations qui pèse lourdement sur la balance courante.
La question du coût de la vie domine les préoccupations des ménages. Au-delà des mesures ponctuelles, quels mécanismes le gouvernement pourrait-il mettre en place pour apporter un soutien durable aux familles les plus vulnérables tout en évitant une dérive des finances publiques ?
On pourrait proposer deux axes. Premièrement, œuvrer pour une autonomie par l’emploi et la reconversion. Le Budget doit financer le reskilling vers les secteurs porteurs et proposer des aides à l’embauche ciblées. Cette transition de l’assistance vers l’emploi permet aux familles vulnérables de générer leurs propres revenus. À terme, cette autonomisation allègera durablement les dépenses sociales de l’État. Deuxièmement, il faut favoriser une résilience par l’autonomie alimentaire. Investir massivement dans l’agriculture locale et les circuits courts est indispensable pour contrer l’inflation importée et les coûts du fret. En produisant davantage localement, Maurice protège durablement le panier de la ménagère des chocs géopolitiques mondiaux tout en soutenant l’économie agricole.
De plus en plus de ménages de la classe moyenne évoquent un sentiment de déclassement social, pris entre l’augmentation des dépenses courantes et l’absence de soutien ciblé. Pensez-vous que cette catégorie devrait être au cœur des mesures budgétaires cette année ?
On pourrait rehausser les barèmes de l’impôt sur le revenu pour éviter que l’inflation et les hausses de salaires nominaux ne fassent basculer les ménages dans des tranches supérieures. Une autre mesure possible consisterait à subventionner massivement les panneaux photovoltaïques résidentiels afin de réduire durablement la facture d’électricité des ménages. Renforcer l’incitation fiscale, par exemple via la déduction totale de l’investissement de l’impôt sur le revenu, est hautement souhaitable. Une telle initiative permettrait, par la même occasion, d’atteindre l’objectif de 60 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique du pays d’ici 2035. Il faut également soutenir davantage les PME qui contribuent largement à l’emploi : renforcer les incitations pour les véhicules hybrides et électriques et les transports publics, allégeant le budget carburant lié aux trajets quotidiens des salariés et entrepreneurs de PME.
Le gouvernement a engagé depuis un an un processus de consolidation fiscale afin de réduire progressivement le déficit budgétaire et stabiliser la dette publique. Les circonstances actuelles justifient-elles un ralentissement de cet effort ?
Le pays a une dette publique qui fléchit à peine sous les 82-88 % du PIB et un déficit budgétaire persistant autour de 6,5 %. Il faut donc impérativement maintenir le cap de la consolidation pour rassurer les investisseurs et stabiliser notre roupie face à l’inflation importée. Maintenir le cap ne signifie pas imposer l’austérité ni réduire les subventions essentielles au pouvoir d’achat. Il faut sérieusement s’attaquer à l’élimination stricte des gaspillages de fonds publics, des retards de projets et des dépassements de coûts régulièrement pointés du doigt par le Directeur de l’Audit année après année.
Moody’s et les autres agences de notation suivent attentivement l’évolution des finances publiques mauriciennes. Dans quelle mesure la préservation du statut d’«investment grade» doit-elle influencer les choix budgétaires du gouvernement cette année ?
Préserver le statut d’investment grade (Baa3) est vital pour le centre financier mauricien, pour éviter de basculer en catégorie spéculative. Sa perte déclencherait une hausse immédiate et massive du coût du refinancement sur les marchés internationaux pour l’État, les banques et le secteur privé.
Plusieurs opérateurs économiques réclament des mesures fortes pour relancer l’investissement privé. Quels sont aujourd’hui les principaux freins à l’investissement à Maurice ?
Il y a plusieurs facteurs, y compris une pénurie de main-d’œuvre, la hausse des coûts des salaires, l’érosion du soutien au secteur immobilier ou encore l’incertitude autour de la fiscalité. Comme solution possible, je propose la création d’un think tank indépendant chargé de redéfinir la trajectoire de développement à long terme du pays, en dépassant la simple gestion budgétaire pour concevoir un nouveau modèle économique.
Le rapport MCB insiste sur l’amélioration de la productivité, la digitalisation, le développement du capital humain et la création de nouveaux moteurs de croissance. Maurice est-elle suffisamment engagée dans cette transformation structurelle ?
Les précédents Budgets ont annoncé une panoplie mesures dans ce sens et pourtant, l’exécution sur le terrain tarde à se matérialiser. De plus, Maurice pourrait positionner son centre financier comme la première Bourse africaine de compensation carbone et de Blue Bonds pour financer les projets écologiques du continent. Maurice peut se spécialiser dans le cloud souverain et les Disaster Recovery Sites. En se reposant sur sa sécurité juridique et politique, Maurice peut devenir le coffre-fort de données hautement sensibles pour les gouvernements africains, les multinationales et les institutions financières mondiales qui opèrent sur le continent. Un autre levier serait également de structurer une véritable industrie des biotechnologies marines qui associe la recherche scientifique à la commercialisation de produits innovants – pharmaceutiques, nutraceutiques et cosmétiques. Ce levier intègre également la promotion des bioénergies et des matériaux biosourcés, notamment les biocarburants et les bioplastiques issus des algues.
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, la fragmentation des échanges commerciaux et la montée des risques externes, comment Maurice peut-elle renforcer sa résilience économique et réduire sa vulnérabilité aux chocs importés ?
Il faut valoriser l’énergie verte locale et l’agroécologie en soutien de la sécurité alimentaire, ce qui constituera un double moteur de notre résilience face aux chocs inflationnistes importés.
Au-delà des mesures qui seront annoncées le jour du Budget, quels seront les indicateurs ou les signaux qui permettront de juger, si ce deuxième Budget de l’Alliance du changement aura été un succès ou une occasion manquée ?
Je pense surtout à la mise en œuvre rigoureuse des mesures annoncées et la réduction de gaspillage des fonds publics.
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