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Affaire Ravatomanga

La mise sous administration judiciaire du groupe Sodiat ouvre une nouvelle bataille

8 juin 2026, 12:00

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La mise sous administration judiciaire du groupe Sodiat ouvre une nouvelle bataille

■ Tandis que Mamy Ravatomanga reste détenu à Maurice, sa famille conteste la décision judiciaire concernant le groupe Sodiat.

L’affaire Mamy Ravatomanga prend une nouvelle dimension à Madagascar. Au-delà des poursuites visant l’homme d’affaires, c’est désormais l’avenir d’une partie importante de son empire économique qui se retrouve au cœur des débats. La décision du Pôle anti-corruption (PAC) d’Antananarivo de placer sous administration judiciaire l’ensemble des sociétés du groupe Sodiat soulève des interrogations quant aux garanties accordées aux investisseurs, à la protection des emplois et aux conséquences économiques d’une telle mesure.

Le 8 mai dernier, à la suite d’une requête déposée par l’Agence de recouvrement des avoirs illicites (ARAI), le PAC a ordonné le placement sous administration judiciaire de près d’une trentaine d’entreprises liées à Mamy Ravatomanga, à son épouse et à leurs trois enfants. Cette décision intervient alors que l’homme d’affaires malgache demeure détenu à Maurice dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des accusations de blanchiment d’argent et d’association criminelle.

Pour assurer la gestion de ce vaste ensemble d’actifs, la justice malgache a désigné, le 8 mai, Serge Jovial Imbeh, économiste, ingénieur financier et expert bancaire. Ancien résident du Luxembourg, ce dernier se voit confier l’ensemble des pouvoirs d’administration, de représentation légale et de gestion des sociétés concernées. Les dirigeants en place sont ainsi temporairement privés de toute capacité à engager juridiquement les entreprises visées.

La mesure touche plusieurs sociétés emblématiques du groupe Sodiat, dont Auto Diffusion, acteur majeur du secteur automobile, Somatrafer SA, SMC Presse, l’éditeur du quotidien Ino Vaovao, Cap Mada Voyages, ainsi que la Fondation Sodiat. D’autres entités opérant dans l’immobilier, l’industrie, le commerce et les services figurent également dans le périmètre de l’administration judiciaire.

L’ampleur de la décision illustre le poids économique du groupe dans le paysage malgache. Depuis plusieurs décennies, Sodiat s’est imposé comme l’un des plus importants conglomérats du pays, développant des activités dans des secteurs stratégiques et employant environ 4 000 salariés. Pour de nombreux observateurs, l’enjeu dépasse désormais la seule situation personnelle de Mamy Ravatomanga pour concerner directement la stabilité de plusieurs filières économiques.

La nomination de Serge Jovial Imbeh a rapidement suscité des commentaires. Certains y voient la volonté des autorités de s’appuyer sur une personnalité extérieure aux structures gouvernementales traditionnelles afin de garantir une gestion indépendante. D’autres s’interrogent sur les implications institutionnelles d’une telle désignation dans un dossier aussi sensible. Face aux critiques, les autorités malgaches défendent une mesure de sauvegarde. La ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, affirme que l’administration judiciaire vise avant tout à préserver les actifs des entreprises, à empêcher leur dégradation financière et à garantir la poursuite normale de leurs activités pendant le déroulement des procédures. Selon le gouvernement, les contrats en cours doivent être honorés et les emplois préservés.

L’aspect social constitue d’ailleurs l’une des principales préoccupations. Plusieurs milliers de salariés dépendent directement du groupe Sodiat. Dans certaines filiales, des retards dans le paiement des salaires auraient été constatés ces derniers mois, alimentant les inquiétudes des employés. L’une des missions prioritaires confiées à l’administrateur judiciaire consiste précisément à assurer la continuité des activités et à rétablir la confiance au sein des entreprises concernées.

La famille Ravatomanga conteste cependant fermement la procédure. Dans un communiqué rendu public le 5 juin, elle rappelle qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée contre l’homme d’affaires et que les différentes affaires demeurent au stade de l’enquête ou de l’instruction. Elle estime que les propriétaires des sociétés n’ont pas été associés aux décisions concernant la gestion du groupe et dénonce une atteinte aux principes de la présomption d’innocence et du droit à la propriété. Les proches de l’entrepreneur mettent également en garde contre les répercussions que pourrait avoir cette affaire sur l’image économique de Madagascar. Selon eux, la mise sous administration judiciaire d’un groupe de cette envergure risque d’alimenter les inquiétudes des investisseurs nationaux et étrangers quant à la sécurité juridique de leurs investissements.

Pendant ce temps, à Maurice, Mamy Ravatomanga continue de contester les accusations portées contre lui. Ses demandes de remise en liberté sous caution ont été rejetées par la justice mauricienne, qui estime que les enquêtes doivent se poursuivre dans des conditions garantissant leur intégrité.

À mesure que les procédures avancent dans les deux pays, le dossier prend une dimension à la fois judiciaire, économique et politique. L’avenir du groupe Sodiat dépend désormais autant des décisions des tribunaux que de la capacité de son administrateur judiciaire, Serge Jovial Imbeh, à maintenir en activité un ensemble d’entreprises occupant une place importante dans l’économie malgache.

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