Publicité
Fête des mères
Marie Florense Botte Belle, le combat quotidien d’une maman de trois enfants autistes
Par
Partager cet article
Fête des mères
Marie Florense Botte Belle, le combat quotidien d’une maman de trois enfants autistes
■ Pour Marie Florense Botte Belle, chaque sourire de ses enfants Mark, Lucie et Andrew représente une source de motivation.
Dans le salon familial, les rires d’enfants résonnent tandis que Marie Florense Botte Belle veille discrètement sur chacun de leurs gestes. À 35 ans, cette mère de famille a appris à trouver le bonheur dans les petites victoires du quotidien. Pourtant, le chemin qu’elle parcourt depuis près d’une décennie est loin d’avoir été simple. Maman de Mark, 9 ans, Lucie, 7 ans, et Andrew, 5 ans, tous trois atteints de troubles du spectre de l’autisme, elle incarne aujourd’hui la résilience, la patience et l’amour inconditionnel. À l’occasion de la fête des Mères, son histoire rappelle que certaines femmes deviennent des héroïnes du quotidien sans jamais chercher à l’être.
Épouse, étudiante en bâtiment au Delta Institute, membre de l’association Autisme Maurice et engagée au sein du comité de Lakaz Betani de Saint-Luc, Florense mène plusieurs combats de front. Mais celui qui occupe la plus grande place dans sa vie est sans aucun doute celui qu’elle mène pour ses trois enfants.«Tout ce que j’entreprends, je le fais avec amour», confie-t-elle.
Les premiers questionnements remontent à la petite enfance de son fils aîné, Mark. À son entrée à la maternelle, certaines difficultés deviennent plus visibles. Malgré plusieurs changements d’école, le jeune garçon peine à s’adapter. À l’époque, Florense ne connaît pratiquement rien à l’autisme. C’est lors d’une consultation médicale qu’un médecin évoque pour la première fois cette possibilité et oriente la famille vers un pédiatre. «Je n’étais pas convaincue. Je ne comprenais pas vraiment ce que cela signifiait», raconte-t-elle.
Elle commence alors à se documenter. Plus elle lit, plus certains comportements de son fils prennent un sens nouveau. Mark répond rarement lorsqu’on l’appelle par son prénom. Il préfère manipuler certaines parties de ses jouets plutôt que de jouer avec l’ensemble. Surtout, il semble avoir des difficultés à entrer en relation avec les autres enfants. «Ce qui me frappait le plus, c’était qu’il restait souvent dans son coin. Pourtant, c’était un enfant heureux,» précise Florense.
Le diagnostic finit par tomber. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, Florense ne vit pas ce moment comme une catastrophe. «Cela a été un soulagement. Enfin, je savais comment aider mon enfant. Je savais vers qui me tourner.» Cette certitude marque le début d’un nouveau chapitre : celui de l’acceptation.
Au fil des années, les mêmes signes apparaissent chez Lucie puis chez Andrew. Lorsque son troisième enfant est à son tour concerné, Florense traverse toutefois une période de doute. «Je me suis demandé si c’était de ma faute. Je crois que beaucoup de parents se posent cette question au départ.» Mais, grâce au soutien des médecins, des thérapeutes, des enseignants et de sa communauté religieuse, elle parvient progressivement à changer son regard.
Aujourd’hui, elle évoque ses trois enfants avec une tendresse désarmante. «J’ai parfois l’impression qu’ils m’ont choisie pour être leur maman. C’est le plus beau cadeau que la vie m’ait offert.»
Le quotidien reste néanmoins exigeant. Parmi les plus grands défis figure l’éducation. Lorsque Mark était petit, peu de structures adaptées accueillaient les jeunes enfants autistes. Refusant de rester inactive, Florense décide alors de prendre les choses en main. À la maison, elle devient enseignante. Elle se forme à travers les vidéos éducatives disponibles sur Internet, applique les recommandations des ergothérapeutes et développe ses propres méthodes d’apprentissage.
Alphabet, chiffres, couleurs et formes géométriques deviennent des outils précieux pour stimuler les capacités de ses enfants. «Mon plus grand défi a toujours été de leur permettre de communiquer et d’exprimer leurs besoins.» Chaque progrès est vécu comme une victoire. Elle souligne également le rôle essentiel joué par son époux, Laurent, qui lui a permis de consacrer davantage de temps à l’accompagnement de leurs enfants.
Mais selon elle, le soutien ne vient jamais tout seul. «Il faut aller le chercher. J’ai dû frapper à beaucoup de portes pour obtenir l’aide nécessaire, que ce soit sur le plan médical, scolaire ou psychologique.»
Pour cette mère de famille, rester enfermée dans la tristesse n’est pas une option. «Si l’on reste à se morfondre, on finit par être emporté dans un tourbillon.» La foi constitue également un pilier fondamental de son parcours. Lorsqu’on lui demande qui représente son plus grand soutien, elle pense immédiatement à sa mère avant de sourire. «Elle me dirait que mon plus grand soutien, c’est le Seigneur. Et elle a raison.»
Au-delà des défis familiaux, Florense doit aussi composer avec les préjugés et les incompréhensions de la société. Ses enfants ne présentent pas toujours des signes visibles de leur condition. «Beaucoup de personnes ne remarquent rien au premier regard.» Cette invisibilité peut parfois provoquer des réactions maladroites ou des jugements hâtifs. Certaines personnes ne comprennent pas pourquoi les enfants répètent certaines phrases ou réagissent fortement lorsqu’une routine est modifiée.
Pour Florense, la sensibilisation demeure essentielle. «Les repères et les habitudes les aident à rester calmes. Quand ces routines changent brusquement, cela peut être très difficile pour eux.» Elle estime qu’une meilleure connaissance de l’autisme favoriserait davantage l’inclusion et l’acceptation. Malgré tout, elle refuse de s’attarder sur les obstacles. Ce sont les petites victoires qui nourrissent son énergie.
Parmi les moments qui la rendent la plus heureuse figurent ceux où elle voit ses enfants jouer avec leurs cousins, leurs cousines ou leurs amis. «Quand je les vois s’amuser avec d’autres enfants, je suis aux anges.» Son souhait est simple : que ses enfants ne se sentent jamais exclus à cause de leur différence. Elle évoque notamment avec émotion l’amitié qui lie son plus jeune fils, Andrew, à une petite camarade prénommée Caissy. «Merci à ses parents et à ses grands-parents. Leur acceptation est un cadeau immense.»
Avec le temps, cette expérience a profondément transformé Florense. «L’acceptation a tout changé dans ma vie. J’ai compris que chaque étape était là pour me faire grandir.» Aujourd’hui, elle se définit comme une femme en constante évolution, ouverte à tout ce que la vie peut lui apprendre. À tous les parents confrontés à un diagnostic similaire, elle adresse un message empreint de douceur et d’espoir. «Prenez plaisir à vivre avec votre enfant. Apprenez à le découvrir. Il ressentira votre amour. Nous sommes tous différents, mais être aimé malgré nos différences est l’une des plus belles choses qui existent.»
À l’heure où la société célèbre les mères, Florense rappelle que la maternité ne se mesure ni aux sacrifices visibles ni aux récompenses obtenues. Elle se construit dans les gestes répétés chaque jour, dans la patience face aux difficultés et dans la capacité à aimer sans condition.
Chaque soir, lorsqu’elle repense à sa journée, une seule certitude l’accompagne : «Je peux me coucher en sachant que j’ai donné le meilleur de moi-même aujourd’hui. Et le reste peut attendre.»
Publicité
Publicité
Les plus récents