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Kronik KC Ranze
Les politiques de l’oubli
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Kronik KC Ranze
Les politiques de l’oubli
Paul Bérenger inquiète. Voilà un homme dont la parole a souvent été juste qui, une fois l’opposition retrouvée et le MMM perdu, transforme en partie son langage et explique les faits qui sont pourtant restés les mêmes, bien différemment…
C’est inquiétant !
Les raisons évoquées pour quitter sa responsabilité de vice-Premier ministre ‘surveillant’ (Air Mauritius, le gang des 5 et plus généralement la corruption, les scandales divers au sein de la Mauritius Investment Corporation (MIC), des nominations contestées…) ne sont presque plus mentionnées. Par contre, l’évocation des difficultés budgétaires et plus généralement financières du pays est remplacée par des suggestions d’efforts à entreprendre par le gouvernement pour alléger une inflation que le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque centrale estiment à jusqu’à 6 %, cette année. Il n’y avait pas de chiffre lors de cette conférence de presse. Juste des lettres, des mots et des propositions: Il faut réduire les taxes et la TVA sur l’essence, il faut agir contre les monopoles et les cartels, et il faudrait faire plus avec le Price Stabilisation Fund, au motif que le gouvernement a «une plus grande marge de manœuvre».
Faut-il rappeler que la plus grande «marge de manœuvre» est essentiellement la réduction du déficit budgétaire de 9,8 % à 6,5 %, alors que l’objectif était de 4,9 % du PIB, c.-à-d. qu’il y a eu dérapage de 1,6 % du PIB, soit par environ Rs 11,6 milliards ? De toute manière, cette baisse du déficit budgétaire au niveau clairement insatisfaisant de 6,5 % n’était qu’une première étape SUR UN PLAN DE 3 ANS, pour atteindre 1,3 % de déficit en 2027/28 ! Cet objectif sera donc, maintenant, plus difficile à atteindre… Ou est-ce que l’on se trompe et qu’un déficit de 6,5 % (environ Rs 47 milliards de ‘trou’, qu’il faudra financer en empruntant !) nous accorde vraiment des… «marges de manœuvre» ?
Ça ne paraît pas raisonnable.
Si seulement l’ex-VPM, qui avait accès aux chiffres qui comptent, jusqu’à sa démission en mars, nous avait quantifié et précisé ses propositions! Il souhaite quelle réduction de recettes fiscales sur l’essence et le diesel (ce qui augmente évidemment le déficit), quels sont les monopoles/cartels qu’il a dans le viseur (et pourquoi n’a-t-il rien fait pour mieux les contrôler quand il était lui-même VPM) et faut-il vraiment encore augmenter le Price Stabilisation Fund, que certains commerçants véreux exploitent déjà cyniquement et continuer à fausser les coûts réels pour tous ; ou alors mieux cibler les aides, notamment à travers des Food Stamps ? Son quatrième point était factuellement correct, mais verbalement confus puisque la roupie ne s’est pas ‘appréciée’ face au dollar ces derniers jours, comme il l’a dit (*). Bien au contraire ! Le dollar qui coûtait Rs 45,08 le 28 janvier dernier, coûtait le 25 mai, Rs 47,29, soit 4,9 % de plus! Cet affaiblissement constant de la roupie est d’ailleurs le véritable talon d’Achille des prix et il le restera tant que notre balance commerciale continuera à se détériorer et que notre balance des comptes courants demeurera négative. Ce qui est d’ailleurs insoutenable, à la longue, si nous n’investissons pas plutôt dans le productif que dans le social…
Il est vrai que cet appel n’était que dans «la mesure du possible» !
Bérenger avait par contre entièrement raison de souligner le ridicule d’un comité interministériel, présidé par personne de moins que le PM et ministre des Finances, dont l’assiette de responsabilités déborde déjà, pour agir contre les monopoles et les cartels. Alors que c’est le boulot de la Competition Commission qui a les pouvoirs étendus d’une loi ! Ramgoolam a-t-il oublié qu’il a une agence spécialisée à son service, comme le suggère Bérenger ?
À n’en point douter, il est plus facile de critiquer que de gérer !
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L’explosion parlementaire entre Reza Uteem et Joanna Bérenger n’a pas été une heure de gloire pour notre Parlement, ce mardi. Joanna Bérenger relayait ce qu’elle avait lu du net et qu’elle ne pouvait étayer, Reza Uteem explosant d’indignation et basculant dans l’outrance émotionnelle, voire raciste et madame la speaker étalant son ignorance des Standing Orders et se faisant souffler le SO 22(1) par Shakeel Mohamed…
Scientifiquement, il est vrai qu’il y a différents types de sang, selon les classifications ABO et Rh, mais, pour l’essentiel, le sang ‘colon’ n’est pas fondamentalement différent de celui d’aucun autre être humain. Suggérer le contraire relève d’anxiétés psychologiques redoutables et lamentables à la fois ! Encore plus quand on suggère que les vivants ne devraient pas seulement répondre de leurs actes et de leurs paroles, mais aussi de ceux d’ancêtres ayant vécu d’autres temps et d’autres mœurs.
Nous vivons malheureusement dans un pays où presque 60 ans après l’indépendance qui était supposée nous mener à une certaine maturité, une personne qui m’est particulièrement proche, s’entendait dire jeudi, aux environs du MIE où elle s’était perdue, gênant ainsi un employé pressé de rentrer chez lui : «Retourn dan ou pei, do !»
On doit supposer que c’est parce qu’elle est blanche de peau et que ce pays où nous vivons tous, n’est pas le sien ? Ce coup de fouet, cette foucade dénote un sectarisme étroit à faire pleurer ! L’Italien de Ganga Talao est dans la même parenthèse. Ce n’est heureusement pas un réflexe majoritaire. Mais quelle pitié quand même qu’il existe et qu’il soit explicitement propagé par certains esprits attardés ! S’oublier, ça arrive. S’excuser, c’est bien. Mais comment purger du fiel atavique ?
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La réponse parlementaire du PM (B/716) sur la supervision bancaire révélait environ Rs 25 milliards de dettes non recouvrées et donc effacées dans quatre banques où l’État a des intérêts financiers : Silver Bank (Rs 8,1 milliards), State Bank (Rs 14,34 milliards – inclus Maradiva ?), Development Bank (Rs 400 millions) et MauBank (Rs 2,95 milliards de déficit de fonds propres).
Soulignons d’abord que toutes les banques du monde prennent des risques, doivent régulièrement faire des provisions et subir éventuellement des pertes. Il y a des risques à prêter de l’argent bien sûr mais il y a aussi des risques de change, des risques de trésorerie, des risques pays, des risques de marché… Enfin tous ces ‘machins’ dont on parle en longueur dans les rapports annuels bancaires qu’on n’imprime plus et que l’on lit donc encore moins. Et puis, de temps à autre, surgit un Nick Leeson qui, à lui seul, menait la banque d’affaires d’Elizabeth II, Barings PLC, à la faillite ! Certaines banques prennent plus de risque que d’autres. On dit d’elles qu’elles ont plus d’appétit pour du risque ; qu’il faut en toute circonstance, tenter de diversifier, afin que tous les œufs ne soient pas dans le même panier.
Nous ne connaissons pas les détails de tous les cas représentés par ces Rs 25 milliards de pertes, mais dans la hiérarchie de l’inacceptable, il y a les pertes presque ‘normales’, puis les pertes dues à l’incompétence et à la négligence (qui méritent des sanctions internes sévères). Finalement et bien plus graves, ces fraudes délibérées, cyniques, préméditées et dévastatrices qui devraient rapidement mener à des procès criminels, ne serait-ce que pour démontrer que ceux qui permettent la fraude n’en profiteront pas. Même Leeson, qui n’opérait pourtant aucune fraude – mais dont la faute principale était que plus il s’empêtrait, plus il cachait son jeu – finissait avec 6,5 ans de prison !
Il y a peut-être d’autres cas de fraude délibérée dans ces Rs 25 milliards, mais ce qui est limpide à ce stade c’est que la Silver Bank, mise aux arrêts depuis février 2024, est un cas de fraude outrageant et humiliant pour la Banque centrale et pour ceux qui devaient en assurer la supervision ! Tous les risques étaient dans le seul panier de Gupta ! Je ne répèterai pas les aspects les plus troublants de cette affaire qui traîne depuis déjà trop longtemps (**), mais il faut quand même ne pas oublier que M. Chiniah, senior de la supervision de la BoM, quand opérait la Silver Bank, a été récemment nommé Second Deputy Governor de cette même institution ! Doiton supposer qu’il a déjà été ‘jugé’ innocent ? Qui donc a permis à cette banque d’être pillée par M. Gupta ? La supervision interne ou externe ? Obéissait-on à des ordres ‘venus de plus haut’ ? Obéir aux ordres peut-il jamais dispenser du respect des lois, et nous libérer de nos consciences ?
Évidemment pas !
Plus cette sordide affaire traîne, sans réponses claires, sans coupables précis, sans sanctions logiques, plus notre pays perd son âme, sa réputation et ses espoirs !
Doit-on vraiment en rajouter aux Rs 8,1 milliards… déjà perdus ?
(*) https://www.youtube.com/watch?v=T8GnO3xgWJs (voir minute 5:44 )
(**) Kronik KC Ranzé : L’indécision aussi rend responsable !
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