Publicité

Journée mondiale

Le Dr Choonee décrypte la thyroïde, cette petite glande qui dérègle tout le corps

27 mai 2026, 18:10

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Le Dr Choonee décrypte la thyroïde,  cette petite glande qui dérègle tout le corps

Le Dr Dhanesswur Choonee, responsable de l’unité d’endocrinologie et de diabétologie de l’hôpital SAJ.

La Journée mondiale de la thyroïde a été célébrée ce lundi 25 mai, une initiative lancée en 2007 par l’Association mondiale de la thyroïde afin de sensibiliser le public aux maladies liées à cette glande encore méconnue. Pourtant, cette petite glande en forme de papillon et située à la base du cou joue un rôle essentiel dans le fonctionnement du corps humain. Fatigue chronique, prise ou perte de poids, anxiété, palpitations ou encore dépression… Les troubles thyroïdiens peuvent affecter considérablement la qualité de vie, sans que les patients réalisent immédiatement l’origine du problème.

Comme l’explique le Dr Dhanesswur Choonee, endocrinologue, la thyroïde est indispensable au bon équilibre de l’organisme. «Elle a un effet critique sur la croissance et le développement des différents tissus corporels, en particulier le cerveau. C’est probablement la glande la plus importante dans la régulation de la température corporelle», explique-t-il. Le fonctionnement de la thyroïde dépend fortement de l’iode, un élément essentiel présent dans l’alimentation. La découverte de l’iode au début du XIXe siècle a marqué une avancée majeure dans la compréhension des maladies thyroïdiennes. «L’iode est indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes», précise le spécialiste. Lorsque cette production hormonale est perturbée, plusieurs troubles peuvent apparaître.

? Trois principales maladies thyroïdiennes

Le Dr Choonee distingue trois grandes anomalies de la thyroïde : l’hyperthyroïdie, l’hypothyroïdie et le goitre. L’hyperthyroïdie est une production excessive d’hormones thyroïdiennes. Elle accélère le fonctionnement du corps et provoque plusieurs symptômes. «Les patients peuvent souffrir de palpitations, de transpiration excessive, d’intolérance à la chaleur, de perte de poids, de nervosité ou encore d’irritabilité», explique le médecin.

À l’inverse, l’hypothyroïdie ralentit le métabolisme en raison d’un manque d’hormones thyroïdiennes. «Les symptômes fréquents sont la fatigue, la prise de poids, la constipation, la dépression, l’intolérance au froid ainsi qu’un ralentissement général du corps», poursuit-il. Le goitre, quant à lui, désigne une augmentation visible du volume de la thyroïde. Il peut être accompagné d’un ou de plusieurs nodules.

? Les femmes davantage touchées

Les troubles thyroïdiens touchent principalement les femmes. «Elles sont cinq à huit fois plus affectées que les hommes, principalement à cause des maladies auto-immunes», souligne le Dr Choonee. Parmi les causes les plus fréquentes figurent :

• des carences en iode,

• des prédispositions génétiques,

• des anomalies du système immunitaire.

Les maladies thyroïdiennes ont souvent un impact direct sur la santé physique mais aussi mentale. «Les troubles thyroïdiens peuvent modifier le poids, l’humeur et affecter considérablement la vie quotidienne», explique l’endocrinologue. Certaines personnes vivent pendant des années avec des symptômes, sans savoir qu’ils sont liés à la thyroïde.

À 28 ans, Noor, une habitante du Nord, a découvert qu’elle souffrait d’un cancer de la thyroïde pendant le confinement de 2021. «J’avais remarqué une grosseur au niveau du cou. Après plusieurs examens, les médecins ont découvert que c’était cancéreux.» Elle a subi une opération à l’hôpital SSRN afin d’enlever la thyroïde, avant de suivre un traitement à l’iode radioactif. Depuis, Noor doit prendre chaque matin un traitement hormonal destiné à remplacer les hormones que sa thyroïde ne produit plus. «Aujourd’hui, je me sens bien. Les gens ne savent même pas que j’ai eu ce problème. Je mène une vie normale», confie la jeune femme.

? Une maladie contrôlée par médicaments

Une autre patiente de 35 ans vit avec un problème de thyroïde depuis l’âge de 15 ans. «Tout a commencé par une grosseur dans la gorge», explique-t-elle. Contrairement à Noor, elle n’a pas eu besoin d’être opérée mais suit un traitement quotidien depuis plusieurs années. «Je prends mes médicaments tous les matins à jeun. Ma thyroïde fonctionne lentement mais ma maladie est contrôlée», dit-elle. Elle reconnaît toutefois souffrir parfois de crises d’angoisse lorsqu’elle traverse des périodes de stress important. «Sinon, je vais bien et les gens autour de moi ne remarquent même pas que j’ai un problème de thyroïde», ajoute-t-elle.

? Le diagnostic

Le diagnostic repose principalement sur des analyses sanguines mesurant :

• la thyréostimuline (TSH),

• la triiodothyronine libre (FT3),

• la thyroxine libre (FT4),

• les anticorps trimethylbenzoyl diphenylphosphine oxide (TPO) dans les cas de maladies auto-immunes.

Des examens complémentaires comme l’échographie du cou permettent également de détecter des nodules ou un goitre. La scintigraphie thyroïdienne, disponible à l’hôpital Jawaharlal Nehru, aide quant à elle à analyser l’activité des nodules.

Le Dr Choonee se veut rassurant : les maladies thyroïdiennes sont aujourd’hui bien prises en charge à Maurice. Les patients souffrant d’hypothyroïdie reçoivent généralement un traitement hormonal de substitution tandis que ceux atteints d’hyperthyroïdie peuvent recevoir des médicaments antithyroïdiens. Dans certains cas, une intervention chirurgicale est nécessaire.

? L’importance du dépistage

La prévention passe notamment par un apport suffisant d’iode dans l’alimentation. L’Organisation mondiale de la santé recommande 150 microgrammes d’iode (produits de la mer, produits laitiers, œufs) par jour pour un adulte. Le spécialiste insiste également sur l’importance du dépistage chez les femmes enceintes ou souhaitant avoir un enfant. «Les hormones thyroïdiennes jouent un rôle essentiel dans le développement du cerveau du fœtus.» À travers cette journée mondiale, les spécialistes souhaitent rappeler qu’un diagnostic précoce et un suivi médical adapté permettent aux patients de vivre normalement malgré la maladie.

Publicité