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Art contemporain

Fabien Vilrus, photographe réunionnais : «Dans les îles, on n’est pas assez fiers de la créolité»

25 mai 2026, 18:00

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Fabien Vilrus, photographe réunionnais : «Dans les îles, on n’est pas assez fiers de la créolité»

■ Aune sisters.

Mettre des images sur la créolité à la mauricienne. Une recherche non seulement d’images et d’esthétisme mais surtout une quête de l’humain, entreprise par deux artistes de La Réunion : le photographe Fabien Vilrus et le designer Nicolas Guichard. Le fait de vivre à Paris ne serait peut-être pas étranger à cette exploration artistique qui prend le temps et le soin de tisser des liens avec les sujets qui sont photographiés dans leur intimité. L’exposition Memwar, qui est soutenue par l’Institut Français de Maurice, est à voir jusqu’au dimanche 31 mai, à Vitrinn, dans le bâtiment Quartier Général à Saint-Pierre.

«Documenter un moment qui m’a fait vibrer»

À quoi ressemble concrètement, le vécu créole ? Une chaise en plastique avec une assise recouverte de cuir. Une chaise qui invite à prendre place sur un balcon ouvert sur un paysage de montagne. Silhouette familière au crépuscule. Pour Fabien Vilrus, photographe, la chaise en plastique symbolise les réunions de famille, les pique-niques, les mariages. Sur ce balcon, à Coromandel, cette chaise en plastique ornée de cuir a un «côté royal». Alliant le «roots créole qu’on a toujours connu à quelque chose de beaucoup plus sophistiqué». En filigrane, cette chaise immortalisée dans son intérieur raconte le temps que Fabien Vilrus photographe et le designer Nicolas Guichard ont pris pour aller à la rencontre des gens. Nous ne sommes pas là dans des scènes de rue, mais bien dans l’intime qui accepte de se montrer tel qu’il est, à force de discussions, de moments partagés durant environ deux mois. «Certains n’ont pu être photographiés qu’au bout de la quatrième rencontre.» Parce que c’était le contact qui importait davantage, la photo devenant prolongement d’instants de vie. Un «regard neutre», insiste le photographe. Parce qu’implicitement la créolité c’est aussi dans la manière d’accueillir des gens chez soi.

Parce que le photographe et le designer originaires de La Réunion ont pris le temps de se faire accepter, notre œil rentre dans la cuisine et son fouillis de détails. Il pénètre dans la chambre à coucher, en mode documentaire du naturel. Un naturel rehaussé par les créations vestimentaires portées par certains sujets, dans les photos.

L’un des thèmes qui traverse la série de photos c’est la case. Dans une précédente exposition, justement intitulée La Case, Fabien Vilrus se penchait sur le design des vieilles cases. Pour la présente exposition, cette thématique l’a conduit chez une famille à Tamarin. Trois générations y sont immortalisées dans leur jus. «Je ne suis pas comme un peintre qui maîtrise tout de A à Z. Le but de la photo, c’est de documenter un moment qui m’a fait vibrer. Après, la photo continue à vivre, elle continue à donner des réponses, qui ne sont pas les mêmes que pour moi.»

Souvent l’ambiance dans ces photos crépusculaires baigne dans les tons de rouges, marrons. «C’est très instinctif. J’essaie de capter le mood entre-deux avant qu’il ne fasse totalement nuit.» Est-ce dans l’entredeux que se niche la créolité ? Fabien Vilrus, fort de son vécu réunionnais, a été sensible aux résonances entre les cultures des îles sœurs. «C’est juste mon corps qui vibre à ce moment-là. Je ne sais pas pourquoi, en tant que Créole, qu’est-ce que ça veut dire ? Je le prends et peut-être que j’aurai la réponse des années après.» Le questionnement de Fabien Vilrus a aussi ses certitudes. «Dans les îles, on n’est pas assez fiers de cette créolitélà.» Photographe de mode vivant à Paris, la distance lui montre qu’il y a «beaucoup de jeunes qui tournent le dos très vite à cette culture-là pour essayer d’être plus européen ou américain. Plus autre chose.» Alors que lui, aimerait faire le chemin inverse.

Nicolas Guichard, designer une dentelle story

Trois sœurs dans un lit. Autour, un univers à la fois brut et familier: l’intérieur d’une case en tôle où le lit semble trop grand pour la pièce. La sœur au milieu de ce groupe porte une chaussette en dentelle. Un détail qui frappe dans un ensemble fait de tôle et de bois.

«C’est une partie d’une combinaison intégrale en dentelle, qui était dans ma précédente collection», explique le designer Nicolas Guichard. «Ces sœurs sont très féminines, apprêtées avec leur manucure. Je voulais associer cet accessoire intime et sensuel, dans ce décor, qui est la maison de leur tante.» Une maison qui en filigrane raconte un vécu entre simplicité et difficulté. «Ce qui n’empêche pas les gens d’être heureux.»

Le designer confie qu’en visitant cette case en tôle, «cela faisait longtemps que je n’en avais pas vue. La dernière fois que je suis entré dans une maison comme ça, j’étais enfant.»

Aliya Chojoo, curatrice : «se voir en position assumée»

Retrouver les fondations de la culture créole. La quête de Fabien Vilrus et Nicolas Guichard n’a pas laissé insensible Aliya Chojoo, qui agit comme curatrice de cette exposition soutenue par l’Institut Français de Maurice. «Donner toute sa noblesse à la culture créole, une identité à part entière qui s’est créée sur le territoire à partir de plusieurs origines et influences. Et proposer une définition transversale de la créolité dans sa grandeur», c’est ainsi qu’Aliya Chojoo détaille les contours de cette «exploration visuelle de la culture créole mauricienne». En allant au-delà des clichés de l’île paradisiaque pour rentrer à l’intérieur des maisons, au cœur de familles, le temps d’une résidence artistique de presque deux mois.

Résultat : des photos qui ont un aspect documentaire, «une mémoire qui peut disparaître, avec les cases en tôle», le tout dans une mise en scène artistique. La particularité des deux artistes c’est qu’ils viennent du milieu de la mode à Paris. «Ils proposent une possibilité nouvelle, très rafraichissante à mon sens: pouvoir se voir en position assumée, forte, et jeune aussi.»

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Tamarin Kitchen.

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Living room.

WhatsApp Image 2026-05-25 at 3.48.40 PM (2).jpgChair.

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