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Selon l’analyse de la BoM
Une politique monétaire sous contrainte d’un choc externe prolongé
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Selon l’analyse de la BoM
Une politique monétaire sous contrainte d’un choc externe prolongé
La réunion du Monetary Policy Committee (MPC) de ce mercredi 20 mai s’inscrit dans un environnement international devenu nettement plus instable, marqué par la montée des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, notamment le conflit impliquant l’Iran et ses implications sur le détroit d’Ormuz. Pour une économie petite, ouverte et fortement dépendante des importations comme Maurice, ce choc agit comme un amplificateur de vulnérabilités : énergie, transport, inflation importée, taux de change et perspectives de croissance sont simultanément affectés.
Dans ce contexte, la Banque de Maurice (BoM) ajuste son diagnostic macroéconomique en intégrant une dégradation du profil de risques, tout en réaffirmant un principe central : la stabilité des prix demeure l’ancrage de la politique monétaire. Le changement le plus significatif concerne l’inflation. Les dernières données confirment une accélération des pressions sous-jacentes, avec une inflation en glissement annuel passant de 2,7 % en mars à 3,6 % en avril 2026. L’inflation globale reste autour de 4,2 % en moyenne sur douze mois.
Mais cette apparente stabilité masque cependant une dynamique haussière. La hausse des prix de l’énergie, du transport, des produits alimentaires et des services de restauration traduit une transmission directe du choc pétrolier et des coûts logistiques internationaux.
Plus préoccupant encore, les indicateurs d’inflation sous-jacente – CORE1 à 5,5 % et CORE2 à 6,1 % – montrent que les pressions ne sont pas uniquement importées, mais également alimentées par des facteurs domestiques, notamment la rigidité de certains prix et les ajustements salariaux partiels. Dans son scénario central, la BoM anticipe une inflation autour de 5,5 % en 2026, au-dessus de la cible de 2–5 %. En cas de prolongation du choc pétrolier, les effets de second tour pourraient amplifier la persistance inflationniste.
Croissance : Un ralentissement assumé
Les perspectives de croissance confirment un infléchissement du cycle. Le produit intérieur brut (PIB) réel est désormais attendu à 2,8 % en 2026, contre une prévision antérieure de 3,3 % à 3,5 %. Trois facteurs dominent cette révision : la hausse des coûts énergétiques, l’érosion du pouvoir d’achat des ménages et le ralentissement du secteur touristique.
Le choc énergétique pèse directement sur la consommation et les marges des entreprises, tandis que l’inflation importée réduit la capacité de dépense des ménages. Le tourisme, malgré une performance encore positive en début d’année, montre des signes de fragilité, avec une baisse de 8 % des arrivées en avril, illustrant sa sensibilité aux coûts de transport aérien et aux contraintes logistiques internationales.
Le marché du travail présente un tableau contrasté. Le chômage recule à 5,4 %, un niveau historiquement bas, soutenu par une hausse de la participation des jeunes et des femmes. Cependant, cette amélioration masque une réalité plus fragile : les salaires nominaux progressent faiblement, tandis que les salaires réels reculent, traduisant une érosion continue du pouvoir d’achat.
Du côté du crédit, la dynamique reste robuste avec une croissance de 11,5 %, portée par les ménages (12 %) et les entreprises (11,1 %). Cela traduit une certaine résilience de la demande intérieure et un rôle actif du système bancaire dans le financement de l’économie. La qualité des actifs bancaires demeure solide, et les tests de résistance confirment la robustesse du système financier, qui continue de jouer un rôle d’amortisseur face aux chocs externes.
Un élément central du cadre monétaire reste la gestion de la liquidité excédentaire. La BoM poursuit une politique active de stérilisation à travers les émissions de titres et les instruments de dépôt. Les BoM Bills et Notes, combinés à la facilité de dépôt overnight, permettent de contenir l’excès de liquidité autour de 2,4 milliards de roupies. Ce niveau est jugé compatible avec une meilleure transmission de la politique monétaire.
Les taux du marché monétaire restent globalement stables, avec une légère hausse des rendements des bons du Trésor et un taux interbancaire proche du plancher de la bande de taux. Cela confirme un système encore abondamment liquide, malgré les efforts de normalisation.
Le marché des changes reste globalement ordonné malgré la volatilité internationale. Les réserves de change demeurent solides et offrent un coussin important contre les chocs externes. La roupie a toutefois enregistré une légère dépréciation depuis la dernière réunion du MPC : environ -2,9 % face au dollar américain, -1 % face à l’euro et -1,5 % face à la livre sterling. Ce mouvement reflète à la fois les tensions globales et les déséquilibres persistants de la balance des paiements.
Le déficit du compte courant devrait légèrement se réduire à 6,7 % du PIB en 2026, mais il reste structurellement élevé, principalement en raison de la facture énergétique et des coûts de transport. Les réserves officielles, à 9,8 milliards de dollars, couvrent environ 13,6 mois d’importations, un niveau confortable à court terme.
Les flux de devises demeurent stables, avec un turnover du marché des changes atteignant 5,5 milliards de dollars depuis le début de l’année. Cette activité soutenue traduit une intégration forte aux flux financiers internationaux, mais aussi une exposition accrue à leur volatilité.
Le déficit commercial des biens devrait s’élargir sous l’effet de la hausse du pétrole et des coûts logistiques. Toutefois, certains segments des services – notamment le tourisme et le bunkering – continuent d’amortir partiellement ce déséquilibre.
Risques : le Moyen-Orient comme variable systémique
Le principal facteur de risque identifié reste l’évolution du conflit au MoyenOrient, qui agit désormais comme une variable systémique pour les économies importatrices d’énergie. Trois canaux de transmission sont particulièrement critiques : d’abord, l’énergie, où une hausse durable du pétrole au-delà de 90 USD/ baril alourdirait immédiatement l’inflation importée ; ensuite, la logistique, avec les perturbations du détroit d’Hormuz qui augmenteraient les coûts de transport et les délais d’approvisionnement ; enfin, le canal financier, suivant lequel une montée de l’aversion au risque pourrait provoquer des sorties de capitaux des économies émergentes et exercer une pression sur les devises.
La configuration actuelle place la politique monétaire dans un environnement de contrainte externe prolongée. L’arbitrage entre maîtrise de l’inflation et soutien à la croissance devient de plus en plus délicat.
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