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Taux directeur à 4,75%

La BoM durcit le ton face aux risques inflationnistes

21 mai 2026, 10:00

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La BoM durcit le ton face aux risques inflationnistes

Contre toute attente, le Comité de politique monétaire de la Banque de Maurice (BoM) a décidé de relever le Key Rate de 25 points de base, le faisant passer de 4,50 % à 4,75 %. Une décision surprise alors que la majorité des analystes économiques anticipaient un statu quo monétaire. Mais pour la gouverneure de la BoM, Priscilla Muthoora Thakoor, cette hausse était devenue nécessaire face à la montée des risques inflationnistes, dans un contexte international particulièrement tendu.

Face à la presse, à l’issue de la réunion du Monetary Policy Committee (MPC), la gouverneure Muthoora Thakoor a insisté sur les profondes incertitudes qui pèsent actuellement sur l’économie mondiale, notamment à la suite de l’escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient et des perturbations provoquées autour du détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial du pétrole. Selon elle, ces développements ont provoqué une hausse significative des prix du pétrole, des coûts du fret maritime et des matières premières, alimentant ainsi de nouvelles pressions inflationnistes à l’échelle mondiale.

La BoM souligne d’ailleurs que le Fonds monétaire international (FMI) a revu à la baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2026, désormais estimée à 3,1 %, contre 3,3 % auparavant. Dans le même temps, les prévisions d’inflation mondiale ont été relevées à 4,4 %, en raison notamment de la flambée des prix de l’énergie et des coûts logistiques.

Pour Maurice, économie fortement dépendante des importations, ces tensions internationales représentent une menace directe. Priscilla Muthoora Thakoor explique que l’inflation importée montre déjà des signes de remontée sous l’effet de la hausse des prix du pétrole et du transport. Si l’inflation globale est restée stable à 4,2 % entre mars et avril, l’inflation annuelle est passée de 2,7 % à 3,6 % en un mois seulement, illustrant les premiers effets du choc externe sur les prix domestiques.

Possibles effets de second tour

La BoM s’appuie sur ses analyses pour prévoir une inflation moyenne autour de 5,5 % cette année dans son scénario de base. Et dans des scénarios les plus sombres, notamment si les tensions géopolitiques persistent ou s’intensifient, l’inflation pourrait grimper davantage et rester élevée plus longtemps. La banque centrale met également en garde contre les effets de second tour, c’est-à-dire, la propagation de la hausse des coûts énergétiques vers les prix du transport, de l’électricité, des produits alimentaires et des services.

Face à ces risques, le Comité de politique monétaire estime qu’un resserrement monétaire était nécessaire afin d’éviter que l’inflation ne s’installe durablement dans l’économie. «Cette décision vise avant tout à préserver la stabilité des prix à moyen terme et à maintenir la crédibilité de la politique monétaire», souligne la gouverneure.

Comme on peut s’y attendre, cette hausse du taux directeur aura des conséquences directes sur le coût du crédit pour les ménages et les entreprises. En général, lorsque le Key Rate augmente, les banques commerciales répercutent cette hausse sur les taux d’intérêt appliqués aux prêts immobiliers, aux crédits à la consommation et aux financements des entreprises.

Un simple calcul permet d’en mesurer l’impact. Une personne ayant contracté un prêt immobilier de Rs 3 millions sur 30 ans à un taux de 6 % remboursait jusqu’ici près de Rs 18 000 par mois. Avec le relèvement du Key Rate à 4,75 %, le taux débiteur pourrait passer à 6,25 %, faisant grimper la mensualité à près de Rs 18 500, soit une augmentation d’environ Rs 500 par mois.

Cette hausse peut paraître modeste à première vue, mais elle intervient dans un contexte où les ménages font déjà face à une augmentation du coût de la vie, notamment sur les carburants, l’électricité et les produits de consommation courante. Pour les classes moyennes, chaque hausse supplémentaire du coût du crédit réduit davantage le pouvoir d’achat.

Les entreprises seront également affectées. Un coût de financement plus élevé risque de ralentir certains projets d’investissement, particulièrement pour les Petites et moyennes entreprises fortement dépendantes des prêts bancaires. Ce resserrement monétaire intervient d’ailleurs alors que les perspectives de croissance économique pour Maurice ont été revues à la baisse. La BoM prévoit désormais une croissance du Produit intérieur brut réel de 2,8 % cette année, contre une estimation précédente comprise entre 3,3 % et 3,5 %. «La hausse inattendue du taux directeur entraînera une augmentation du coût du crédit pour les entreprises et les consommateurs. Reste à voir si cette mesure se traduira par un ralentissement des dépenses d’investissement dans les mois à venir ou si elle contribuera à une appréciation de la roupie», soutient l’analyste financier, Imrith Ramtohul.

En revanche, cette orientation monétaire pourrait favoriser l’épargne. Avec des taux d’intérêt plus élevés, les dépôts bancaires et produits d’épargne deviennent plus attractifs. C’est l’un des objectifs traditionnels d’une politique monétaire restrictive : freiner la consommation et le crédit afin de contenir les pressions inflationnistes.

Cette décision marque, par ailleurs, un tournant important dans l’orientation de la politique monétaire. Après plusieurs années où la priorité était principalement accordée au soutien de la croissance économique, la BoM semble désormais privilégier une approche plus prudente face aux risques inflationnistes mondiaux. Un choix qui relance le débat sur le difficile équilibre entre stabilité des prix, soutien à l’activité économique et préservation du pouvoir d’achat des Mauriciens.

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Supervision et impression de billets à la BoM

Priscilla Muthoora Thakoor a également répondu aux questions d’actualité portant sur le département de la supervision de la BoM, à la suite des réponses du Premier ministre au Parlement mardi, à l’effet que certaines failles relevées entre 2014 et 2024 auraient conduit à la disparition de quelque Rs 25 milliards des bilans de quatre banques.

Elle a tenu à souligner que, même si la BoM a la responsabilité de superviser les opérations des banques commerciales, celles-ci demeurent responsables de certaines décisions prises à travers leurs différents comités, notamment en matière d’octroi de prêts. «Nous ne faisons pas de micromanagement», a-t-elle insisté.

La gouverneure a également indiqué qu’avec l’évolution des technologies et l’adoption de nouveaux standards réglementaires, le système de supervision bancaire sera considérablement renforcé. Concernant les allégations de l’ancien ministre des Finances selon lesquelles la BoM aurait «imprimé» Rs 83 milliards en 2025, la gouverneure a rappelé qu’il existe une différence fondamentale entre l’impression monétaire via la planche à billets et la croissance de la masse monétaire dans le système bancaire.

Elle s’est appuyée sur plusieurs recherches pour souligner comment «les fake news peuvent nuire à l’image et à l’indépendance d’une banque centrale».

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Réactions

Devesh Dukhira, «Chief Executive Officer» du Syndicat des sucres : «Il y aura un impact»

«Il y aura définitivement un impact. Lorsque nous aurons recours à des emprunts pour financer les avances aux planteurs, cela se fera ressentir. Dans le secteur sucrier, cela se traduira par une augmentation des charges financières. Cette décision vise toutefois à lutter contre l’inflation, la hausse des taux ayant pour objectif de freiner la progression des prix.»

Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des consommateurs de l’île Maurice : «Éviter les dépenses inutiles»

«La Banque de Maurice envoie un signal pour qu’il y ait moins de dépenses. Avec la hausse des taux, les emprunts deviennent plus coûteux et les ménages seront incités à épargner davantage. Ceux qui ont contracté des prêts à des taux plus bas verront leurs remboursements augmenter. Mais lorsque le taux d’inflation dépasse celui de l’épargne, cela ne favorise pas la protection du pouvoir d’achat, puisque la valeur de l’argent s’érode. Les consommateurs doivent donc éviter les dépenses inutiles.»

Amarjeet Beegoo, planteur, apiculteur et consultant en agriculture : «Un coup dur en période de crise»

«Adding insult to injury. Avec la flambée des prix des intrants agricoles et la récente hausse du taux directeur de 25 points de base, les moyens de subsistance des agriculteurs reposent sur leurs économies. Les hausses des prix des intrants comme les engrais, le carburant et les semences affectent indéniablement la production. Les intérêts sur les emprunts vont assurément augmenter, mais les agriculteurs ont peu de marge de manœuvre sur les prix de vente de leurs produits. Ceux qui ont contracté des prêts pour acheter des camions, des tracteurs ou d’autres équipements agricoles devront puiser dans leurs économies, tandis que la hausse des coûts des pesticides aggrave encore la situation. C’est un coup dur en cette période de crise.»

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