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Naissance dans une voiture de police
Pari, la fée aux gants
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Naissance dans une voiture de police
Pari, la fée aux gants
La porte s’ouvre sur un visage ensoleillé, un uniforme bien repassé et une jeune femme. On ne dirait vraiment pas une policière à première vue ; elle paraît presque trop jeune pour ce rôle, la voix timide. Gaurisha Pari Bulluck Kistoo, 23 ans, est affectée au poste d’Abercrombie, après ses street duties et ses passages aux Casernes centrales. Et hier matin, elle a fait naître un bébé dans une voiture de police. Elle rentre tout juste chez elle à Fond-du-Sac, encore submergée par ce qu’elle vient de vivre. «Mo ankor overwhelmed», dit-elle.
Tout commence sur la route Nicolay, à proximité d’un arrêt d’autobus situé non loin du poste d’Abercrombie. Des passagers alertent la police : une femme enceinte ne se sent pas bien, elle crie de douleur. Gaurisha et sa coéquipière se rendent sur place et trouvent la femme allongée sur une banquette de trois places de l’autobus, les contractions s’enchaînant sans répit, la poche des eaux déjà rompue. «Elle ne pouvait presque plus bouger. La douleur était intense et continue. Nous avons tout de suite compris qu’il fallait agir vite», raconte-t-elle. Comment la déplacer sans aggraver son état ? C’est le premier casse-tête de Pari et de sa collègue.
Les forces de l’ordre tentent à plusieurs reprises de joindre le SAMU pour obtenir un transfert médical, mais aucun van n’est disponible. Il faut donc transporter la future mère dans la voiture de service. Autour, rien : pas de couverture, pas de tissu, aucune solution pour la déplacer seule depuis la banquette de l’autobus. Ce sont les passants qui se mobilisent. Un drap est apporté par un commerçant voisin, des mains anonymes aident à transporter la femme en sécurité. Avec ses collègues Mungur et Ramnarain, Gaurisha installe la patiente avec précaution dans le véhicule, gyrophare allumé. «Les passants ont beaucoup aidé», dit-elle.
En route vers l’hôpital, les embouteillages s’ajoutent aux dos d’âne, et chaque secousse intensifie la douleur, tandis que la jeune femme saigne de plus en plus. Pari lui parle, l’encourage à ne pas paniquer, à respirer, pendant qu’un médecin du SAMU la guide par téléphone depuis l’hôpital Jeetoo. Il lui demande de vérifier si le col est ouvert. «Le médecin me demande si je vois la tête», des questions qu’elle n’aurait jamais imaginé devoir entendre un jour, encore moins dans une voiture. Elle a pourtant ses certificats de premiers secours et sa formation à la Training School of Police, mais dans la réalité, tout est différent.
La femme commence à pousser, mais elle n’est pas encore prête ; elle aurait pu se blesser. «J’ai dû rester calme et suivre les instructions du médecin afin de convaincre la dame d’attendre.» Puis, après quelques minutes, elle entend des pleurs. Elle pense d’abord que c’est l’adulte. C’est le bébé.
Seule à l’arrière, avec ses gants comme seul équipement, elle attrape délicatement la tête du nouveau-né et donne des consignes à la mère pour qu’elle le tienne. Elle vérifie l’heure : 10 h 18. «C’était un moment extrêmement intense. J’ai entendu le bébé pleurer, j’ai eu les larmes aux yeux, des larmes de joie. J’ai fait tout ce que je pouvais pour assurer sa sécurité jusqu’à l’arrivée à l’hôpital», confie-t-elle.
Sa première question à la mère : est-ce qu’elle va bien ? Puis : le bébé aussi ? Les deux allaient bien. Mère et nouveau-né ont été immédiatement pris en charge par les équipes médicales à leur arrivée à l’hôpital Jeetoo. Nous sommes allés prendre de leurs nouvelles : ils se portent tous les deux bien.
Pari, en hindi, signifie fée. Ce matin, Gaurisha Pari Bulluck Kistoo a été exactement cela : une fée aux gants, dans une voiture de police, sur une route secouée de dos d’âne, guidée par une voix au téléphone et par quelque chose qui, à son âge, force l’admiration. «On apprend beaucoup à la Training School of Police, mais rien ne prépare vraiment à vivre un moment pareil sur le terrain», confie-t-elle. Ce matin-là, elle priait fort pour la santé de ce bébé et de sa maman.
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