Publicité

Expérience culinaire

Anou al lakaz Mamas of Zanzibar

4 mai 2026, 13:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Anou al lakaz Mamas of Zanzibar

C’est quoi la vie d’une femme ordinaire à Bububu, une ville de Zanzibar ? Qu’est-ce qui la préoccupe quand elle déambule dans les rues avec ses enfants, une sœur, une cousine, une voisine ? Le samedi 25 avril dernier, c’est une expérience de solidarité que nous avons vécue, avec le soutien actif de «Matemwe Attitude». L’hôtel du groupe mauricien a ouvert à Zanzibar il y a six mois. Comme cet établissement quatre étoiles encourage le contact avec la population locale, la demi-journée passée dans la chaleur des réchauds de charbon des Mamas of Zanzibar, vaut les leçons d’une existence entière.

Ce n’est pas grave si vous n’aimez pas faire la cuisine. Les Mamas s’occupent de tout. L’essentiel est ailleurs. C’est par l’assiette que l’on rentre dans une culture et dans le cœur des hommes.

Sur le papier, vous allez apprendre à faire de la cuisine traditionnelle zanzibarienne avec un groupe de mamans dirigé par Maskat Shineni Abdallah. Elle confie : «J’ai eu l’idée de proposer cette expérience touristique après mon divorce». Trois enfants à charge, le divorce qui est mal vu dans un pays à majorité musulmane, cela pousse à se prendre en main. Son avantage : Maskat avait travaillé dans l’hôtellerie. Et elle a des talents certains pour l’entreprenariat.

Alors, il y a cinq ans, elle a demandé à des voisines de se regrouper pour accueillir des visiteurs et leur faire à manger. L’occasion de savourer avec elles, une tranche de vie. C’est en se serrant les coudes que ces femmes souvent dépendantes financièrement d’un mari, manz ar li.

Express.mu (620 x 330) (35).jpg

À l’arrivée, chanson et youyous traduisent la joie de vous recevoir. À l’entrée, vous vous déchaussez pour entrer dans la cuisine de Maskat. Bien que vous soyez en t-shirt et pantalon, il est temps de s’habiller pour aller au marché. Car on n’y va pas, koumadir pe rant dan bazar. Première leçon : respecter les traditions de ceux qui vous accueillent. L’une des Mamas nous noue le kanga. Un pagne coloré autour des reins. Un autre, avec les mêmes motifs, qui vous couvre la tête-pas un cheveu ne dépasse- vous passe sous le menton, voilant les épaules jusqu’à la ceinture. Pourquoi vous suez à grosses gouttes en marchant environ 10 minutes jusqu’au soko (le marché) à étages, alors que les Mamas n’ont pas l’air incommodées, est l’un des mystères de la nature.

Sur la liste des courses, de quoi cuisiner neuf plats. Des légumes de saison : étouffée d’épinards, curry de bringelles, fricassée de haricots rouges, curry de bananes plantain, du beurre pour les chapati, du riz pour le pilau, des petits poissons séchés, des poivrons, des pommes d’amours, de la farine de manioc pour le vipopoo, qui sera servi au dessert. Puis, une pause bienvenue sur les marches du soko, pour attendre le touk-touk qui nous ramène au lakaz des Mamas.

Les choses sérieuses peuvent commencer. Quand on vous verse un peu d’eau d’un broc sur les mains, au-dessus d’une cuvette, vous comprenez qu’il n’y a pas d’eau courante. Ici le gaspillage n’a pas sa place. Comme des Mamas n’ont pas l’électricité à la maison, sans frigo, il faut retourner au marché pratiquement chaque jour.

Préparer un repas commence, non pas par la corvée d’épluchure. Mais par râper le coco. Pour cela, prendre place sur un petit banc muni d’un manche au bout duquel est fixée une lame aussi dentelée que redoutable. Ce qui a l’air d’un geste simple devient un contrela-montre. Une Mama est à son deuxième coco que nous n’avons pas fini d’en râper une moitié. Elle explique : «les filles commencent à râper le coco à partir de l’âge de cinq ans. À 12 ans, on sait faire la cuisine, c’est important pour se marier». Le lait obtenu de trois pressages servira dans tous les plats. Autant pour le crémeux que pour équilibrer les épices: clous de girofle, masala, gingembre. La chaleur des épices nous enveloppe du chai (le thé) aux gâteaux en passant par les currys.

Express.mu (620 x 330) (36).jpg

C’est l’ébullition dans les pots en argiles posés sur les réchauds de charbon. Tous les plats cuisent en même temps sous les yeux vigilants des Mamas. Rien ne brûle. Tout est bon. Piqûre de rappel : préparer un (vrai) repas from scratch, est un processus qui prend du temps. Celui que prend la pâte pour reposer. Les currys pour mijoter, alors qu’on y ajoute progressivement du lait de coco pour épaissir la sauce. Bliye fast-food. Manger du fait-maison se mérite. Pour ces femmes de Bububu, préparer les repas, s’occuper de leur foyer, cela occupe toute une vie.

Comment est-ce que vous avez rejoint l’équipe de Maskat, demandons-nous à une Mama. Par l’intermédiaire d’une autre, qui lui traduit de l’anglais au swahili. «C’est mon mari qui m’a trouvé ce travail, il connaissait Maskat», dit-elle. Sur le chemin du women empowerment, ces femmes de Bububu avancent à leur rythme. Après avoir apprécié les plats jusqu’à la dernière bouchée, c’est décidé. Devant la force tranquille des Mamas of Zanzibar, nous en avons fini de nous plaindre de notre sort.

Publicité