Publicité
Marché du travail
Tout le monde n’est pas à la fête
Par
Partager cet article
Marché du travail
Tout le monde n’est pas à la fête
560 900 actifs, dont 61 000 travailleurs étrangers, et 31 800 chômeurs. Les femmes, les jeunes et les travailleurs peu qualifiés, cependant, peinent à la tâche.
À l’occasion de la fête du Travail, célébrée le 1ᵉʳ mai, les évolutions du marché de l’emploi invitent autant à reconnaître les progrès réalisés qu’à s’interroger sur les défis persistants. Derrière la baisse du chômage et la hausse de l’emploi, certaines réalités demeurent. La valorisation des employés, l’amélioration des conditions de travail et une meilleure adéquation entre formation et besoins du marché apparaissent comme des enjeux essentiels pour l’avenir.
Avec les évolutions du marché du travail, plusieurs défis se croisent et se renforcent. La pénurie de compétences dans certains secteurs se fait de plus en plus ressentir, tandis que le vieillissement de la population entraîne un recours croissant à la main-d’œuvre étrangère. À cela s’ajoutent des inégalités persistantes, notamment entre hommes et femmes, mais aussi à l’égard des jeunes, des personnes en situation de handicap et d’autres groupes vulnérables. Les conditions de travail constituent également un enjeu majeur, avec des préoccupations liées à la santé mentale, à la sécurité et à la dignité des travailleurs. Les Assises du Travail organisées par le ministère de tutelle en septembre 2025 ont permis discuter de ces réalités afin d’identifier des pistes de solutions adaptées.
Selon les données de Statistics Mauritius, à la fin de l’année 2025, environ 560 900 personnes occupaient un emploi, représentant une progression par rapport aux périodes précédentes. Sur douze mois, plus de 10 000 postes supplémentaires ont été enregistrés, une évolution largement portée par l’emploi féminin. Dans le même temps, la population active s’est élargie, signe que davantage de personnes cherchent ou ont un travail, ce qui se traduit par un taux d’activité en hausse.
Chômage en baisse, mais…
Cette dynamique s’accompagne d’un recul du chômage. Le nombre de sans-emploi s’établit à 31 800, en diminution aussi bien sur un trimestre que sur un an. Le taux de chômage descend ainsi à 5,4 %. Mais cette amélioration globale ne gomme pas certaines inégalités. Les femmes restent proportionnellement plus touchées que les hommes, et une part importante des personnes au chômage dispose d’un faible niveau de qualification, ce qui limite leurs perspectives de réinsertion.
La situation est encore plus préoccupante chez les jeunes. Près de 11 000 personnes âgées de 16 à 24 ans sont sans emploi, soit environ un tiers de l’ensemble des chômeurs. Leur taux de chômage reste élevé, en particulier chez les jeunes femmes.
Pour sa part, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Reza Uteem, a reconnu que certains secteurs restent encore largement dominés par les hommes, et ce malgré la présence croissante de femmes qualifiées, comme en attestent les résultats du Higher School Certificate, du School Certificate ainsi que du niveau universitaire. Il existe aussi les obstacles auxquels certaines femmes font face lorsqu’elles souhaitent réintégrer le marché du travail après un congé de maternité. À ce propos, a indiqué le ministre, des discussions sont en cours avec le ministère de l’Égalité des genres ainsi que les syndicats, afin de lutter contre toute forme de discrimination à l’embauche.
Parallèlement, le recours à la main-d’œuvre étrangère ne cesse de croître, qui viennent principalement d’Asie du Sud et de la région, avec une hausse particulièrement marquée du nombre de Malgaches. En octobre 2025, plus de 61 000 travailleurs étrangers étaient recensés légalement dans le pays, contre moins de 38 000 deux ans auparavant. Cette augmentation rapide reflète les besoins de certains secteurs, notamment dans les services, l’hôtellerie et même l’agriculture.
D’ailleurs, face à cette situation, des règlements seront élaborés en vertu des articles 29A, 29B et 124 du Workers’ Rights Act 2019 pour l’enregistrement des entrepreneurs du travail et l’apport en travailleurs étrangers dans le secteur agricole. L’objectif est de pallier la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée, qui impacte fortement la production de canne et d’aliments, entraîne l’abandon de terres et contribue à une insécurité alimentaire croissante.
À ces défis existants, d’autres s’y ajoutent. Face aux répercussions du conflit au Moyen-Orient, le gouvernement examine plusieurs mesures visant à en limiter les effets sur l’économie et la société. Parmi les options envisagées figure notamment l’encouragement du travail à distance ainsi que des horaires flexibles. L’objectif principal est d’agir sur la consommation de carburant. Ces évolutions traduisent également une transformation progressive des modes de travail, avec des organisations qui s’adaptent de plus en plus à de nouvelles formes de flexibilité.
Les syndicats, pour leur part, continuent de plaider pour une meilleure protection de l’ensemble des travailleurs, qu’ils soient du secteur public, du privé ou étrangers, ainsi que pour des conditions de travail plus équitables et une application plus stricte des droits sociaux.
Secteur hôtelier : Une pénurie de main-d’œuvre qui fragilise l’industrie
Le manque de personnel qualifié continue de peser sur les hôtels et restaurants avec des journées de travail plus longues, une pression sur la qualité du service et des difficultés à rester compétitifs. Selon plusieurs acteurs du secteur touristique, cette tension sur le marché du travail ne concerne pas uniquement l’hôtellerie mais touche l’ensemble de l’économie, y compris le secteur informel et certaines branches de l’administration publique.
Les causes sont multiples : baisse démographique, départs temporaires ou définitifs à l’étranger, expansion rapide de l’économie, émergence de nouveaux secteurs comme la santé ou les services aux personnes âgées, sans oublier une informalisation croissante qui rend les données sur l’emploi moins fiables.
Dans une précédente édition, l’ancien directeur de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice, Jocelyn Kwok, rappelait que la concurrence entre secteurs est une réalité structurelle. Selon lui, l’hôtellerie fait face à une double pression avec, d’un côté, les jeunes diplômés d’école hôtelière qui disposent d’opportunités plus larges sur le marché local et international ; de l’autre, la croissance du tourisme mondial, notamment en Europe et au Moyen-Orient, qui élargit les débouchés.
À cela s’ajoute un facteur déterminant : l’essor des emplois contractuels sur les navires de croisière. Avec des salaires souvent plus attractifs, soutenus par les devises étrangères, et des contrats de six à douze mois, ces emplois attirent une partie importante de la main-d’œuvre qualifiée. Les hôtels qui proposent majoritairement des contrats à durée indéterminée peinent à rivaliser avec cette flexibilité et ces rémunérations à court terme. Sur le terrain cette pénurie se traduit par une pression constante sur les équipes en place avec des temps de repos réduits, un recours plus fréquent aux heures supplémentaires et un risque d’érosion de la qualité du service. Le stress opérationnel devient une réalité quotidienne.
Les professionnels du secteur affirment néanmoins privilégier le recrutement local. Le recours à la maind’œuvre étrangère reste une solution de dernier recours. Malgré des efforts soutenus à travers la mobilisation des agences d’emploi, des listes sociales, des établissements scolaires et de formation, les résultats restent limités.
Autre constat partagé : les besoins ont évolué plus vite que les structures de formation. Alors qu’il y a près de vingt ans Maurice accueillait environ 760 000 touristes, ils sont aujourd’hui plus de 1,3 million, tandis que les effectifs formés par l’école hôtelière n’ont pas connu de progression équivalente.
Face à cette situation, les acteurs du secteur estiment qu’une adaptation du cadre légal est indispensable. L’industrie du tourisme centrée sur le service et la flexibilité se heurte à des réglementations jugées trop rigides, notamment en matière de rémunération et d’organisation du temps de travail. Une meilleure reconnaissance des emplois à temps partiel ou saisonniers est notamment évoquée.
À l’horizon 2030, le secteur anticipe un déficit d’environ 5 000 travailleurs. Un chiffre à relativiser avec les quelque 50 000 emplois actuels dans l’hôtellerie et le tourisme, dont une partie repose déjà sur de la main-d’œuvre étrangère.
Publicité
Publicité
Les plus récents