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Poste de «Deputy Prime Minister»

Arianne Navarre-Marie : «Je pense être à la hauteur»

24 avril 2026, 06:01

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Arianne Navarre-Marie : «Je pense être à la hauteur»

Alors que la nomination d’Arianne Navarre-Marie comme numéro 2 du gouvernement semble bien être actée, l’attention se déplace vers l’essentiel : le rôle même de Deputy Prime Minister (DPM), une fonction souvent mal comprise et pourtant centrale dans l’architecture constitutionnelle. Selon l’avocat et constitutionnaliste Parvez Dookhy, cette position apparaît comme l’un des piliers du fonctionnement de l’État, mais aussi comme un poste exposé à de nombreuses contraintes politiques.

«Le titre, c’est Deputy Prime Minister, et la fonction, c’est Premier ministre par intérim lorsque le chef du gouvernement n’est pas là», résume Parvez Dookhy. Dans cette optique, le DPM doit être prêt à gérer des situations de crise. «Admettons qu’un problème grave surgisse pendant un intérim :la personne doit avoir l’autorité nécessaire pour prendre des décisions fortes et assumer pleinement les responsabilités du Premier ministre»,explique-t-il. La Constitution mauricienne est explicite notamment à l’article 59(1) : «There shall be a Prime Minister and a Deputy Prime Minister who shall be appointed by the President» – et sur l’existence de trois autorités essentielles à la formation d’un gouvernement : le Premier ministre, le Deputy Prime Minister et l’Attorney General. Le constitutionnaliste souligne ainsi qu’un vide prolongé à ce niveau peut poser un problème de cohérence institutionnelle.

Compétence vs arbitrage d’alliance

Le choix d’un DPM ne repose pas uniquement sur des calculs politiques. Selon Parvez Dookhy, trois critères fondamentaux doivent primer : la maîtrise des questions juridiques, la compréhension des enjeux économiques et, surtout, une autorité naturelle capable de s’imposer en cas de crise. «Être numéro 2, ce n’est pas seulement une question d’appartenance à un parti ou d’équilibre ethnique. C’est avant tout une question de compétence», affirme-t-il. Or, dans le contexte mauricien, ces critères se heurtent à une réalité politique complexe. La coalition au pouvoir implique des arbitrages délicats entre partenaires, notamment entre le Parti travailliste et le Mouvement militant mauricien (MMM). À cela s’ajoutent des considérations liées à la représentation ethnique et à l’équilibre des forces internes.

Autre difficulté soulevée : la question du leadership au sein du MMM. «Si une personne est nommée DPM sans être leader du parti,cela peut créer un problème d’autorité, surtout si un autre leader émerge par la suite», prévient Parvez Dookhy. Une telle configuration pourrait fragiliser la légitimité du numéro 2, notamment dans l’exercice de ses fonctions en période d’intérim. Ainsi, le DPM se retrouve à la croisée de deux exigences parfois contradictoires : incarner un équilibre politique tout en étant un décideur fort, capable de diriger le pays en cas de besoin.

Expérience et style

Dans ce contexte exigeant, le parcours d’Arianne Navarre-Marie éclaire en partie les raisons de sa désignation. Ministre de l’Égalité des genres et du bien-être de la famille, elle s’est imposée comme une figure incontournable dans la structuration des politiques publiques en faveur des femmes. Elle a notamment contribué à la mise en place de plusieurs lois et dispositifs visant à renforcer la protection et l’autonomisation des femmes à Maurice. Son expérience gouvernementale et sa connaissance des rouages institutionnels constituent des atouts indéniables pour un poste aussi stratégique.

Par ailleurs, elle se distingue par une trajectoire politique marquée par une certaine franchise. Elle fait partie des rares politiciennes à avoir vécu trois 60-0 après Paul Bérenger. Arianne Navarre-Marie n’a jamais caché ses origines chagossiennes, dont elle en parle toujours fièrement.

Intervenant publiquement pour la première fois depuis que son nom circule, Arianne Navarre-Marie a choisi une posture mesurée. Elle s’exprimait hier matin, lors du lancement du projet Green Club au Camp-Laboue Women Empowerment Centre, à Terre-Rouge : «Quelle que soit la responsabilité que le Premier ministre me confiera, je pense pouvoir être à la hauteur et je le ferai par devoir envers le peuple», a-t-elle déclaré.

Prudente sur les discussions internes, elle a ajouté : «Il y a eu des discussions et des propositions lors du Bureau politique du MMM, ainsi que des propositions faites au Premier ministre, mais je ne pourrais pas vous dire la teneur de ces propositions.»

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