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Le coût du changement

21 avril 2026, 11:00

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«Nou ki pou la! Nou ki pou peye!» lançait un Navin Ramgoolam offensif en novembre 2024, en riposte à la dernière promesse électorale de Pravind Jugnauth sur le 14ᵉ mois. Quelques mois plus tard, ironie politique presque cruelle : le même Ramgoolam, qui ira jusqu’à regretter d’avoir été élu, se lève à la tribune de l’Assemblée nationale, cette fois en Premier ministre et ministre des Finances. Et, une fois encore, «c’est nous qui allons payer». Plus pour financer des promesses, mais pour réparer leurs conséquences.

Il nous faut rappeler l’ampleur du pari. En 2024, le chef de l’Alliance du changement avait promis une rupture totale : carburants moins chers, transport gratuit généralisé, pension vieillesse portée à Rs 21 500, suppression d’impôts pour les jeunes, gratuité élargie des services essentiels, réforme du CEB, libération de la MBC et abolition de la redevance… Un programme social ambitieux, séduisant – et, déjà, dangereusement déconnecté des contraintes budgétaires.

navin ok.jpg ■ Lors de la présentation du 2ème Budget de son gouvernement, qui s’annonce difficile et peu sucré pour le consommateur, Navin Ramgoolam n’aura pas son ami et voisin Paul Bérenger à côté de lui, mais en face, sur les bancs de l’opposition. © Vashish Kiranchand Sookrah

Depuis, la réalité s’est imposée. Brutale. Implacable. Dès son retour au pouvoir, Ramgoolam savait. Avant même les rapports officiels, les chiffres étaient là : dette publique frôlant les 91 % du PIB, déficit réel proche de 10 %, fonds spéciaux vidés de leur substance, institutions financières internationales en alerte. L’État n’était pas simplement fragilisé, il était à bout de souffle.

C’est dans ce contexte qu’il a fait un choix rare : conserver le portefeuille des Finances. Un choix politique autant que symbolique. Gouverner sans filtre. Assumer sans relais. Encaisser seul le coût de la vérité. Mais ce cumul concentre aussi le risque.

Dans les grandes démocraties – de la France au Royaume-Uni, de l’Inde aux États-Unis – cette fusion des pouvoirs est évitée. Non par dogme, mais par prudence. Séparer le chef du gouvernement du gardien des comptes publics, c’est préserver un équilibre, introduire de la contradiction, éviter que la nécessité budgétaire ne devienne une décision solitaire.

L’exemple français est éclairant. À Paris, François Bayrou a cherché en vain des dizaines de milliards pour contenir les déficits. Il illustrait une vérité que Maurice redécouvre à ses dépens : gouverner, c’est renoncer. Et réformer, c’est déplaire.

Ramgoolam est désormais face à cette même équation. Son prochain budget ne sera pas un exercice technique. Pas de compensation pour les Chagos plus la guerre en Iran et son impact sur les prix. Ce sera un moment de vérité politique. Soit il prolonge les illusions – subventions électorales, promesses différées, flou fiscal – et il dilue sa crédibilité. Soit il impose une ligne claire : discipline, réformes structurelles, transparence des comptes. Et il prend le risque de l’impopularité pour reconstruire l’État sans le soutien de son numéro deux, qui a choisi de rejoindre les bancs de l’opposition.

C’est là que se joue la seconde vie politique de Ramgoolam. Le changement n’est pas un catalogue de promesses. C’est une confrontation avec le réel. Et, parfois, le courage de dire que le réel a un prix.

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Le dilemme immédiat de Ramgoolam n’est pas seulement budgétaire, il relève d’une véritable thermodynamique politique : comment relâcher la pression sans perdre le contrôle du système. La tentation est évidente : amortir le choc par des subventions et des contrôles de prix. Cela apaiserait la rue, brièvement, mais au prix d’un enracinement des distorsions mêmes qui ont conduit Maurice au bord du gouffre. Une voie plus crédible consiste à privilégier des mesures ciblées plutôt qu’une générosité indistincte : transferts temporaires et conditionnés vers les plus vulnérables, mécanisme provisoire de stabilisation des prix des carburants et, surtout, transparence radicale. Si les Mauriciens doivent accepter la rigueur, ils doivent d’abord en comprendre la nécessité. Cela suppose de publier une photographie budgétaire sans fard, d’auditer les engagements hors bilan et de définir un calendrier clair de réformes. La crédibilité, une fois entamée, ne se restaure pas par des promesses, mais par l’arithmétique.

La politique énergétique offre à la fois un avertissement et une opportunité. Pendant des années, Maurice a traité les objectifs de renouvelable comme un exercice rhétorique – 60 % d’ici 2030 répétés comme un mantra – tandis que l’exécution traînait et que des éléments essentiels, comme le stockage, étaient étrangement absents. Le résultat est prévisible : une part des renouvelables stagnante autour de 17 % et une dépendance persistante aux importations d’énergies fossiles, aujourd’hui aggravée par les tensions géopolitiques. C’est pourtant là que Ramgoolam dispose de son levier le plus tangible pour aligner économie et politique. Accélérer les projets solaires couplés à des batteries de stockage, garantir la bancabilité du CEB afin d’attirer les capitaux privés et lever les blocages fonciers en favorisant l’agrivoltaïsme permettraient non seulement de réduire les coûts à moyen terme, mais aussi d’envoyer un signal de sérieux. Contrairement aux subventions, ces mesures créent des dynamiques d’investissement plutôt que de dépendance. Dans une petite île fortement dépendante des importations, apaiser la rue dépendra moins de ce que l’État distribue aujourd’hui que de sa capacité à réduire durablement le coût de la vie demain.

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