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Éclairage

Double front pour Ramgoolam : la rue gronde, l’opposition s’aiguise

16 avril 2026, 05:55

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Double front pour Ramgoolam : la rue gronde, l’opposition s’aiguise

Personne, visiblement, ne souhaiterait aujourd’hui être à la place de Navin Ramgoolam. À moins de dix semaines de la présentation de son deuxième budget, le Premier ministre lui-même a reconnu qu’il s’agira d’un exercice particulièrement difficile. Et pour cause : rarement un chef de gouvernement aura dû composer simultanément avec une instabilité politique interne et une conjoncture économique aussi défavorable.

Par rapport à l’an dernier, quand il avait pu s’appuyer sur son numéro deux, Paul Bérenger, dans la préparation du premier budget de l’Alliance du Changement, la donne a radicalement changé. La démission de Bérenger de son poste de Deputy Prime Minister le 20 mars, suivie de son départ du MMM lundi, a provoqué une onde de choc politique. En quittant le parti avec deux députés, dont sa fille, il a précipité une fracture interne sans précédent.

L’implosion du MMM, formation historique façonnée pendant plus de cinquante ans par Paul Bérenger, marque un tournant. Ironie du sort : celui qui avait bâti sa carrière sur la contestation de l’ordre établi se retrouve aujourd’hui en rupture avec sa propre base, une majorité des instances du parti ayant choisi de soutenir l’action gouvernementale.

Mais ce repositionnement ouvre une nouvelle séquence politique. Désormais dans l’opposition parlementaire, aux côtés de figures comme Joe Lesjongard, Adrien Duval et Franco Quirin, Bérenger retrouve une liberté de ton. Il promet déjà de dénoncer «pratiques», «dérives» et «lenteurs» du gouvernement. Et tout laisse penser que le débat politique va rapidement se durcir, d’autant plus qu’il pourrait disposer de dossiers sensibles visant certains ministres.

Grogne sociale

Pour Ramgoolam, le timing est loin d’être idéal. Au moment où il aurait besoin de cohésion et de stabilité pour préparer son budget, le climat politique s’électrise. Mais le véritable risque ne se situe pas uniquement sur le terrain politique. Il est surtout social. Une série d’augmentations imminentes sur les produits de consommation courante menace directement le pouvoir d’achat. Et cette fois, le choc pourrait être brutal. À l’origine de cette pression inflationniste, les répercussions d’un choc externe majeur, notamment la guerre au Moyen-Orient et ses effets sur les prix énergétiques.

Dans un scénario extrême, le baril de pétrole pourrait atteindre 130 dollars, voire plus, plombé par les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz et les décisions erratiques de Donald Trump. Pour une économie comme Maurice, fortement dépendante des importations, l’impact est immédiat.

La hausse de 15 % du tarif de l’électricité à partir du 1ᵉʳ mai, bien que partiellement amortie pour certains abonnés, touchera un large segment de la population. À cela s’ajoute la pression sur les carburants avec une augmentation effective de 15 % du diesel et une hausse attendue pour l’essence cette semaine. Ce, alors même que la State Trading Corporation doit mobiliser près de 180 millions de dollars pour régler les factures de nouvelles cargaisons de carburants si le conflit se prolonge jusqu’au mois de juin, soit environ Rs 8,4 milliards. Une question clé se pose alors : le pays a-t-il les marges financières et les réserves en devises suffisantes pour absorber un tel choc sans déstabilisation macroéconomique ? La direction de la STC se veut rassurante, évoquant différentes options, dont un soutien de l’État en dernier ressort.

Dans ce contexte, les tensions inflationnistes deviennent inévitables. Les projections de la Banque de Maurice, qui tablaient sur une inflation de 3,6 % en 2026, semblent déjà obsolètes. Certaines estimations évoquent désormais un scénario pessimiste autour de 5,5 %. Le risque est double : une inflation importée amplifiée par la hausse du dollar et une augmentation des coûts de production dans des secteurs clés.

La politique monétaire se retrouve ainsi face à un dilemme classique mais redoutable : faut-il resserrer les taux pour contenir l’inflation, au risque de freiner la croissance, ou maintenir une posture accommodante tout en laissant filer les prix ? Le maintien du taux directeur à 4,5 % lors du prochain Monetary Policy Committee le 20 mai pourrait traduire une stratégie d’attentisme. Mais cette position pourrait devenir intenable si la roupie venait à se déprécier davantage.

Au-delà des agrégats macroéconomiques, ce sont souvent les symboles qui cristallisent la colère populaire. Et à ce titre, la hausse du prix du pain maison à Rs 3,90 – soit plus de 50 % d’augmentation après 14 ans – agit comme un révélateur.

Contraintes extrêmes

Certes, les justifications économiques existent : hausse des coûts de production, du transport, de l’énergie. Mais la question n’est pas seulement technique. Elle est profondément politique : comment faire accepter ces hausses à des ménages qui n’ont pas perçu d’amélioration tangible de leur niveau de vie depuis l’installation du nouveau gouvernement ? D’autant que le pouvoir d’achat constituait le cœur du discours électoral de l’Alliance du Changement en 2024. À l’approche du budget, tous les signaux convergent vers une montée de la grogne sociale. Et le gouvernement dispose de peu de leviers pour desserrer l’étau.

Sur le plan budgétaire, la situation est tendue. Le déficit pourrait passer de 4,9 % à 6,9 % du PIB, tandis que la croissance serait inférieure à 3 % en 2026. Alors même qu’il faudra mettre une croix sur les Rs 10 milliards attendus du Chagos Deal cette année. Car le traité sur la souveraineté de Maurice n’a pas été ratifié au Parlement britannique et les enjeux géopolitiques – notamment liés à la base de Diego Garcia – compliquent toute avancée. Les États-Unis restent réticents, plaçant le Royaume-Uni dans une position délicate, sous la houlette du Premier ministre Keir Starmer. Sans ces ressources exceptionnelles, la marge de manœuvre budgétaire se réduit considérablement.

Le défi de Ramgoolam est désormais clair : concilier discipline budgétaire, stabilité sociale et crédibilité économique dans un environnement incertain. À cela, une autre menace : une dégradation de la note souveraine par Moody’s, qui renchérirait le coût de l’endettement et affecterait l’attractivité du pays.

Entre pression politique interne, choc inflationniste externe et contraintes budgétaires croissantes, le Premier ministre avance sur une ligne de crête.Le prochain budget ne sera pas seulement un exercice financier. Il sera un test de crédibilité politique. Et peut–être un moment de vérité pour l’ensemble du mandat.

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