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Crise énergétique

Production de 405 MW : le marché solaire ouvert à divers secteurs

7 avril 2026, 11:00

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Production de 405 MW : le marché solaire ouvert à divers secteurs

■ Le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, a annoncé qu’un maximum d’obstacles est levé afin de faciliter le développement de la production d’énergie solaire. Photo : Daniel Cupidon

Face à la crise énergétique mondiale dont les effets se font ressentir localement, les autorités visent à accélérer la transition vers des sources plus durables. Le ministre de l’Énergie, Patrick Assirvaden, reconnaît que la situation pèse sur le pays et souligne la mobilisation des institutions concernées, notamment son ministère, le Central Electricity Board (CEB), l’Energy Efficiency Management Office et la Mauritius Renewable Energy Agency, pour redresser la trajectoire énergétique.

Alors que la part des énergies renouvelables a baissé, passant de 24 % à 17 %, une analyse des blocages a été menée et plusieurs propositions ont été soumises au Conseil des ministres, avec l’appui de différentes instances et partenaires internationaux. À la clé : un package visant la production de 405 mégawatts (MW) d’énergie renouvelable au cours des deux à trois prochaines années, avec pour objectif de lever les obstacles et d’ouvrir le marché solaire à tous les acteurs, du secteur commercial aux ménages.«Nous ne réinventons pas la roue. Cela a déjà été fait dans plusieurs pays», a déclaré le ministre Assirvaden. «Il nous faut réussir à faire décoller la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique.»

Parmi les obstacles majeurs identifiés, il y a les retards accusés dans le développement des projets d’énergie renouvelable. Le premier concerne la question du foncier. Selon le ministre, certains projets se retrouvent bloqués pendant deux à deux ans et demi quand le ministère de l’Agro-industrie requalifie les terrains concernés comme des prime lands, rendant leur utilisation pour la production d’énergie impossible. Résultat : des projets restent en suspens sans avancée concrète.

À cela s’ajoutent des contraintes techniques et administratives. Les demandes adressées au CEB nécessitent des évaluations, ce qui peut prendre du temps, l’organisme devant parallèlement assurer sa mission principale de fourniture d’électricité. Ces délais ont un impact direct sur les projets, dont les coûts peuvent augmenter entre-temps, rendant leur mise en œuvre plus complexe sur le plan technique et financier.

La question du financement constitue aussi un autre frein important. Les institutions bancaires se montrent prudentes et exigent des garanties solides quant à la capacité du CEB à honorer ses engagements sur le long terme. Une exigence qui complique davantage la concrétisation de certains projets.

Face à ces contraintes, explique le ministre Assirvaden, des solutions ont été trouvées afin de débloquer les projets et rassurer les investisseurs. À l’issue de consultations avec les acteurs du secteur, il a été jugé essentiel de rendre les projets «bankables», notamment à travers les contrats d’achat d’électricité (Power Purchase Agreements) conclus avec le CEB. Pour faciliter l’accès au financement, un mécanisme de garantie a été introduit avec le Government Support Agreement, accord par lequel l’État s’engage à intervenir en cas de défaillance du CEB dans ses paiements.

Parallèlement, l’ouverture du marché des énergies renouvelables à un plus large éventail d’acteurs est présentée comme une réponse clé à la crise actuelle. En permettant aux opérateurs de différentes tailles, ainsi qu’aux ménages, de participer davantage à la production d’énergie, les autorités misent sur une accélération de la transition énergétique. «Nous essayons de mettre le pays à l’abri de demain», a ainsi souligné le ministre de l’Énergie.

Projets en préparation

Dans cette dynamique, plusieurs projets sont en préparation afin d’atteindre les objectifs fixés. Une première approche consiste à privilégier des projets de taille moyenne plutôt qu’une seule grande centrale. Ainsi, dix projets solaires de 10 MW chacun, équipés de batteries, seront déployés à travers l’île. L’objectif est de limiter les risques : en cas de problème sur un site, seule une capacité réduite est affectée, contrairement à un projet unique de 100 MW.

Un appel d’offres sera lancé cette semaine pour ces projets, ciblant les promoteurs disposant de terrains, de l’expertise technique et des moyens financiers nécessaires. La clôture est prévue pour juillet, suivie d’une phase d’évaluation jusqu’à août, en vue d’une attribution des contrats. L’ensemble devrait permettre une mise à disposition des 100 MW d’ici fin 2027.

Un deuxième projet prévoit la mise en place de trois unités de 40 MW chacune, soit un total de 120 MW, également avec stockage par batterie. Car, rappelons-le, tout projet solaire doit être équipé de batterie. Le lancement de cet appel d’offres est également prévu cette semaine avec une clôture attendue en juillet.

Le projet de centrale photovoltaïque flottante à Tamarind Falls, d’une capacité comprise entre 17,5 et 20 MW, progresse. Les discussions, relancées en Inde lors du Bharat Energy Summit en mars, se poursuivent actuellement avec le CEB en vue de la signature d’un accord commercial tandis que des tests techniques sont en cours. La mise en service est envisagée pour fin 2027.

Face aux contraintes liées à la disponibilité des terrains, le gouvernement mise aussi sur l’agrivoltaïque, permettant de combiner production agricole et énergétique. Dans ce cadre, le Conseil des ministres a approuvé la levée de l’obligation de conversion des terres (Land conversion permit) pour ce type de projet. À ce jour, 39 projets ont été soumis, dont 31 ont reçu une lettre d’intention du CEB. Parmi eux, 18 accords ont déjà été signés. Cela représente une capacité totale de 80 MW, répartis entre production de jour injectée dans le réseau et production nocturne grâce au stockage par batterie, notamment pour répondre à la demande en soirée, soit entre 18 et 21 heures.

Production domestique

Le secteur commercial sera également mis à contribution. Les entreprises disposant de vastes parkings, comme les centres commerciaux, sont encouragées à y installer des panneaux solaires avec batteries, à la fois pour leur consommation propre et pour la revente d’électricité au CEB. Bientôt, a annoncé le ministre Assirvaden, les réglementations seront modifiées pour sanctionner le gaspillage d’électricité comme l’éclairage des parkings des centres commerciaux aux petites heures du matin, acceptable en temps normal mais pas en période de crise. Le développement de l’énergie éolienne se poursuit à Plaine-des-Roches. Le parc existant, actuellement d’une capacité de 9 MW, devrait être étendu pour atteindre entre 15 et 20 MW. La mise en service de cette extension est attendue entre fin 2027 et début 2028.

Un accent particulier est également mis sur les ménages, avec la volonté de lever les obstacles afin de leur permettre d’installer plus facilement des panneaux solaires jusqu’à une capacité de 10 kilowatts (kW). «Désormais, le Household Solar PV Scheme sera libéralisé. Les particuliers pourront simplement se rendre sur le site du CEB, télécharger et remplir le formulaire puis le soumettre dans un bureau du CEB en s’acquittant de frais de connexion de Rs 2 000, avant de procéder à l’installation.»

Inspiration indienne

Cette limite de 10 kW est jugée largement suffisante pour un foyer moyen. Selon le ministre, une maison typique, composée de parents et de deux enfants, pourrait ainsi atteindre une certaine autonomie énergétique, tout en réduisant significativement sa facture d’électricité. Des discussions ont été engagées avec l’Inde pour aller plus loin. «Lors d’échanges avec le ministre indien de l’Énergie, une demande officielle a été formulée pour l’obtention de 100 000 kits solaires domestiques d’une capacité de 4,5 kW.» Le ministre Assirvaden soutient qu’«un programme spécifique devrait ainsi être lancé, inspiré de l’expérience indienne. Le gouvernement indien a réussi ce programme et nous voulons le répliquer ici.»

Les critères d’éligibilité seront définis ultérieurement. Le ministère est actuellement en pourparlers avec l’ambassade de Maurice à New Delhi, tandis que le CEB est en contact avec des techniciens pour la mise en œuvre du projet, qui demande aussi des installateurs.


La biomasse : Une alternative progressive au charbon

Le ministre Assirvaden mise sur la biomasse comme solution à moyen terme pour réduire la dépendance au charbon. «On ne peut pas remplacer le charbon du jour au lendemain car techniquement ce n’est pas possible», a-t-il cependant précisé. L’idée est de maintenir la production d’électricité en alternance.Pendant la période de coupe, utiliser la bagasse comme combustible et pendant l’entre-coupe, recourir au charbon pour assurer la continuité.

L’objectif est d’éliminer le charbon par phase, en le remplaçant par des sources de biomasse telles que les copeaux de bois. Le ministère vise ainsi à éliminer 10 à 15% de la consommation de charbon au profit de la biomasse. Une réunion avec le secteur concerné, déjà actif dans la valorisation de la biomasse, est prévue jeudi afin d’accélérer le développement de ce segment et de consolider cette transition énergétique.

Nouvelle batterie : Pour soulager le réseau

Le ministère de l’Énergie a passé une commande d’une batterie de 20 MW, qui arrivera en juillet. Pendant la journée, elle sera chargée puis injectera 20 MW sur le réseau entre 18 et 21 heures afin de soulager la demande aux heures de pointe. Son coût s’élève à Rs 600 millions.

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