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Huilerie industrielle de Tamatave

Mamy Ravatomanga en première ligne : Blanchiment, empire caché et bataille judiciaire

5 avril 2026, 12:00

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Mamy Ravatomanga en première ligne : Blanchiment, empire caché et bataille judiciaire

L’affaire de l’Huilerie Industrielle de Tamatave (HITA), seule raffinerie d’huile comestible de Madagascar, prend désormais une dimension bien plus large qu’un simple conflit d’actionnaires. Elle s’inscrit dans une enquête sur des soupçons de blanchiment d’argent impliquant des circuits financiers entre Madagascar et Maurice. Au centre de cette mécanique complexe apparaît le nom de Mamy Ravatomanga (photo), présenté par certaines sources comme un «partenaire silencieux», bénéficiant d’une part importante des profits générés par l’huilerie sans apparaître officiellement dans sa structure.

Les enquêteurs s’intéressent particulièrement à un réseau de sociétés mauriciennes, dont Higglo International Trading Ltd, considérée comme un pivot du système. Cette société aurait servi d’intermédiaire dans l’achat de matières premières, ensuite revendues à HITA avec des marges gonflées. Ce procédé de surfacturation aurait permis de générer des bénéfices dissimulés, redistribués ensuite entre certains acteurs. D’autres sociétés, comme Africom Ltd et Outworld Ltd, sont également évoquées dans les investigations. Elles auraient facilité le transit de fonds à travers des transactions opaques, incluant des prêts circulaires ou encore des transferts de montants importants allant jusqu’à plusieurs millions de dollars destinés à brouiller la traçabilité de l’argent.

Ces pratiques correspondent à des schémas connus de blanchiment basé sur le commerce international. Les présumés acteurs principaux dans cette machinerie sont les Malgaches Jaffar Hadjee Kamis Sahid Mahomed, Galib Asgaraly, Sohib Mahomed Nissaraly et un ressortissant mauricien dénommé A.R. Dans ce contexte, le rôle présumé de Mamy Ravatomanga intrigue.

? Débuts ambitieux, fin en trahison et fracture

Pour comprendre cette affaire, il faut remonter à ses origines. En 1990, un certain R.R, entrepreneur mauricien ambitieux rencontre l’homme d’affaires malgache, Rafik Alimamod, sur un vol entre Singapour et Maurice. Une relation d’affaires se développe rapidement entre les deux hommes. En 1998, lors d’un voyage à Madagascar, R. R. imagine la création d’une raffinerie d’huiles alimentaires pour mieux répondre aux besoins locaux. Après plusieurs discussions, R. R arrive à convaincre Rafik, qui accepte de s’associer au projet et propose un terrain appartenant à sa famille pour la construction de l’usine.

En 1999, le capital est réuni, R. R. lève les fonds à travers un de ses partenaires de longue date et par la suite Rafik vend son hôtel à Madagascar pour y apporter plus de capital. R. R. et Rafik deviennent alors les co-fondateurs de HITA. C’est également cette année-là que R. R. introduit son frère, A. R, dans l’aventure. Ensemble, ils participent à la construction de l’usine HITA, officiellement structurée en 2000 à travers une société mauricienne, S Ltd, qui devient actionnaire de HITA. Après des débuts ralentis par la situation politique malgache, la production démarre au début des années 2000. R. R. confie alors la gestion opérationnelle à son frère A. R, tout en conservant un rôle stratégique.

Mais très vite, un déséquilibre s’installe. En 2009, Jaffar Hadjee Kamis Sahid Mahomed, Galib Asgaraly et Sohib Mahomed Nissaraly se joignent à HITA. Selon les éléments aujourd’hui avancés, A. R se serait sciemment rapproché des partenaires malgaches, aurait mis à l’écart son frère et instauré une gestion opaque, refusant de communiquer les détails financiers, prenant ainsi le contrôle de la raffinerie avec les partenaires malgaches. Malgré les bénéfices générés, les autres actionnaires ne reçoivent que des bénéfices limités dont A. R. a le contrôle.

Les tensions montent, notamment en 2013, lorsque Rafik aurait découvert des irrégularités au niveau d’A. R. et l’aurait accusé de surfacturation et de commissions occultes de 4,3 M USD via des fournisseurs internationaux lors des achats de matières premières. Rafik révèle aussi que A. R. aurait reçu 4, 4 M USD par HITA comme bénéfices pour distribuer aux actionnaires mauriciens, c.-à-d., lui-même, son frère et ses cousins. Cependant, seule une infime fraction de cette somme aurait été distribuée par A. R. et reçue par les membres de la famille.

Un audit réalisé en 2015, instigué par R. R., confirme effectivement qu’environ 4,4 M USD, sous le contrôle exclusif d’A. R. et des sociétés contrôlées par lui, auraient privé les autres actionnaires mauriciens de la majorité de leurs bénéfices. A. R. pris en flagrant délit accepte, après pression de R. R., d’être désormais transparent et d’impliquer les autres actionnaires dans les affaires de HITA ; il promet aussi qu’un des cousins actionnaires l’accompagnera lors de ses visites à HITA. Que des paroles en l’air ! A. R. continue de plus belle. Cette même année 2015, Rafik, le cofondateur malgache, finit par quitter HITA après un arrangement pour se mettre à son compte. À la suite de ce départ, le contrôle de HITA se resserre exclusivement entre les mains de Galib, A. R., Sahid et Sohib.

? 2019 à ce jour : transfert d’actions

L’année 2019 marquera un tournant décisif dans cette affaire. Face à l’opacité persistante et plusieurs correspondances ignorées, R. R. poussé à bout, engage des actions légales. Mais au même moment, un transfert d’actions est effectué le 16 avril 2019, à son insu et celui des autres actionnaires historiques. Ce transfert modifie totalement la structure de HITA et attribue les actions à A. R. (33,4 %) et à ses partenaires malgaches : Jaffar Hadjee Kamis Sahid Mahomed (16,6 %), Galib Asgaraly (33,3 %) et Sohib Mahomed Nissaraly (16,7 %). Cette opération permet à A. R. et ses partenaires de prendre le contrôle total de HITA, excluant de facto les actionnaires historiques – il s’agit prima facie, d’un acte notarié frauduleux visant à s’approprier définitivement l’entreprise.

Après plusieurs années de blocage, une plainte est déposée en octobre 2024 à Madagascar pour faux, blanchiment d’argent et abus de biens sociaux. En 2025, les principaux suspects – A.R., Nissaraly, Hadjee et Galib – sont entendus et placés sous contrôle judiciaire, bien que certaines décisions de justice soient contestées. Les tentatives de gel des avoirs échouent mystérieusement initialement sous l’ancien régime gouvernemental de Madagascar, illustrant la complexité du dossier. Face à cela, une stratégie civile est lancée en décembre 2025, permettant la prise de contrôle temporaire de HITA grâce à la nomination d’un administrateur provisoire et au nantissement du fonds de commerce. Cependant, cette décision est rapidement contestée et l’affaire est en appel.

Un développement majeur vient renforcer l’enquête : l’implication des autorités sous le gouvernement de la Refondation de Madagascar et la Financial Crimes Commission (FCC) à Maurice. Grâce à la coopération entre les autorités mauriciennes et malgaches, les flux financiers transitant par les sociétés offshore peuvent désormais être analysés plus en profondeur.

? Affaire loin de son épilogue

Aujourd’hui, l’affaire HITA illustre parfaitement et plus largement les dérives possibles dans des structures transnationales mêlant intérêts privés, sociétés écrans et relations personnelles. Elle met en lumière un système à double niveau : d’un côté, une prise de contrôle contestée de l’entreprise via des transferts d’actions jugés frauduleux ; et de l’autre, un mécanisme sophistiqué de transfert et de dissimulation de profits. Au cœur de cette affaire, une fracture familiale profonde oppose R. R. à son frère A. R. soupçonné d’avoir accaparé les richesses générées par l’entreprise et faisant entrer des bénéfices marginaux en guise d’eyewash envers R. R. et les autres actionnaires. En toile de fond, l’ombre persistante de Mamy Ravatomanga continue d’alimenter les interrogations sur l’ampleur réelle du réseau et des profits occultes.

Alors que les procédures judiciaires se poursuivent à Madagascar et que la FCC intensifie ses investigations à Maurice, une question demeure : la justice parviendra-t-elle à établir toute la vérité et à démanteler ce système ? Les autorités malgaches et la FCC ont un rôle pivotal. Après plus de deux décennies d’histoire et plusieurs années de bataille judiciaire, l’affaire HITA reste ouverte… et pourrait réserver encore de nombreux rebondissements. Affaire à suivre…

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