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À quel jeu joue Paul Bérenger ?
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À quel jeu joue Paul Bérenger ?
Après trois séances parlementaires boudées, Paul Bérenger fera son grand retour à l’Assemblée nationale ce mardi. Mais pas comme avant, pas avec les siens. Pas vraiment contre les autres non plus. Entre les deux, à mi-chemin. Dans cet entre-deux devenu sa nouvelle stratégie politique, presque une signature : ni dedans, ni dehors. Ni au pouvoir, ni dans l’opposition. Juste assez proche pour peser, suffisamment distant pour ne pas être comptable.
Flanqué de sa fille Joanna et de Chetan Baboolall, seul élu mauve à lui être resté fidèle, le leader du MMM a tranché : ils siégeront comme «backbenchers indépendants». Une formule juridiquement défendable dans le système de Westminster, mais politiquement déroutante. Comment être indépendant tout en restant membre – et même leader – d’un parti qui siège au gouvernement ? Comment incarner une ligne politique quand on choisit précisément de s’en affranchir ?
La scène qui se dessine mardi a quelque chose de théâtral. Le trio Bérenger-Baboolall-Bérenger (BBB) prendra place derrière Joe Lesjongard et Adrien Duval – ceux-là mêmes que Bérenger critiquait hier encore avec virulence lorsqu’il défendait Navin Ramgoolam. Devant le trio BBB, Franco Quirin, indépendant sans parti, sans attache, sans ambiguïté – que Bérenger avait sacrifié pour récompenser Deven Nagalingum. Entre ces blocs, le MMM version Bérenger tente une acrobatie politique : exister sans appartenir, contester sans rompre, peser sans assumer. Mais au fond, la vraie question demeure : à quel jeu joue Paul Bérenger ?
Ce repositionnement ne surgit pas dans le vide. Il s’inscrit dans une séquence plus large, marquée par un désaveu interne d’une rare brutalité : 49 voix contre 2 au comité central en faveur du maintien du MMM au gouvernement. Un score sans appel. Presque humiliant. Et pourtant, plutôt que de s’incliner, Bérenger choisit de contourner. De déplacer le combat. De le sortir des instances pour l’installer dans l’espace public.
La mécanique est connue. Elle a fait ses preuves par le passé. Se poser en recours. En conscience. En gardien des valeurs face à une structure qui aurait, selon lui, dévié. Mais cette fois, l’équation est plus complexe. Ce n’est plus seulement un adversaire politique qu’il affronte. C’est son propre parti. Celui qu’il a façonné, structuré, incarné pendant plus d’un demi-siècle. Dès lors, tout devient plus fragile. Et plus dangereux.
En contestant la légitimité de l’Assemblée des délégués – qu’il qualifie de «bidon», évoquant des doublons, des noms de défunts, des exclusions ciblées – Bérenger prépare déjà la suite. Si le MMM devait aller jusqu’à l’exclure, il pourrait alors dénoncer une procédure viciée. Se poser en victime d’un appareil manipulé. Transformer une sanction en capital politique. Autrement dit : il anticipe. Il verrouille comme le cadenas de la rue Ambrose. Il construit son récit.
Et dans cette bataille, chacun joue sa partition. Les pro-Bérenger évoquent un rassemblement réussi au Plaza, parlent d’élan, de dynamique. Les autres y voient surtout une nostalgie. Celle des années de braise en... 2026. D’un MMM de combat, incarné par un leader charismatique aujourd’hui âgé de 81 ans. Une foule fidèle, certes, mais vieillissante. Et une relève encore incertaine, malgré la présence de Joanna Bérenger.
Pendant ce temps, au gouvernement, les ministres mauves continuent. Ils gouvernent. Ils légifèrent. Ils avancent – ou tentent d’avancer – sur des dossiers lourds : réforme des pensions, lutte contre le blanchiment, économie sous tension. Et au Parlement, mardi, une loi clé sera débattue : l’Anti-Money Laundering Bill, un texte technique, essentiel, qui engage la crédibilité du pays. Où seront les BBB dans ce moment-là ? Présents, enfin. Mais pour dire quoi ? Pour faire quoi ?
Car après trois absences, la question de la responsabilité se pose. Les Mauriciens n’ont pas élu des députés pour assister à une crise interne. Ils les ont élus pour siéger, débattre, amender, contrôler. Pour représenter, pas pour régler des comptes. Et c’est peut-être là que le malaise devient plus profond. Plus diffus.
Pendant que les regards se tournent vers ce théâtre mauve, d’autres avancent. Le clan Jugnauth, lui, se remobilise. Discrètement, mais sûrement. Réunions, symboles, démonstrations de force. En politique, le vide ne dure jamais. Il est toujours comblé. Par des rumeurs aussi, notamment que Bérenger aurait déjà renoué des contacts avec le Sun Trust, notamment à travers Nando Bodha. Ce que Bérenger a démenti avec force hier, mais est-ce que cela signifie vraiment que Bérenger ne s’alliera plus jamais avec Jugnauth ? La question reste posée dans un pays où pratiquement tout le monde s’est marié avec tout le monde. Est-ce pour cela qu’il n’y aura jamais de réforme électorale ?
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Alors oui, Paul Bérenger joue. Mais il ne joue pas seul. Et surtout, il joue gros. Il joue son héritage. Celui d’un homme qui a marqué l’histoire politique du pays. Mais aussi celui d’un parti qui, pour la première fois, semble pouvoir exister sans lui. Ou contre lui. Il joue une stratégie risquée : celle du tribun face aux «traîtres», du leader historique face à une nouvelle génération qui revendique son autonomie. Une partition qu’il maîtrise. Mais dont l’issue, cette fois, est incertaine. Le pays, lui, regarde. Et attend autre chose. Un peu de clarté. Un peu de cohérence. Et, surtout, un peu de décence. Parce qu’au bout du compte, la question n’est peut-être pas seulement «à quel jeu joue Paul Bérenger ?» Mais plutôt : jusqu’où les Mauriciens accepteront-ils de jouer avec lui...
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