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La guerre de River Walk a éclaté

27 mars 2026, 04:10

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Hier, 11 heures précises, à River Walk, à deux pas, ou par-dessus un mur, de la résidence de Navin Ramgoolam, là-bas même où se tenaient toutes les apparitions publiques (pré et post-novembre 2024) de l’Alliance du Changement, lorsque celle-ci se tenait encore debout, souriante, conquérante comme un seul homme. Ces cinq derniers jours, le mood a changé, c’est l’escalade.

Les voisins redoutables de River Walk, au-delà de leur proximité personnelle, ont franchi non pas un mur, mais une nouvelle étape dans la guerre pour le pouvoir. Les deux amis devenus adversaires (et non pas ennemis, confient-ils à leurs proches) ne vont plus se faire de cadeaux ; Ramgoolam ira décorer Bhagwan et Makhan pour piquer Bérenger. Il va aussi réunir les ministres mauves vendredi avant que ces derniers, au pied levé, n’aillent critiquer de manière virulente leur leader de parti (qui n’a pas encore démissionné du MMM !).

La politique est un art qui ne laisse pas de place à l’émotion factice. Comme des États, les propriétaires de partis politiques n’ont que des intérêts à protéger. Ramgoolam doit conserver le pouvoir qu’il a obtenu grâce à Bérenger. Celui-ci est déterminé à le lui reprendre faute d’avoir pu travailler ensemble, quitte à flatter le MSM – de sir Anerood – et la nostalgique période 2000-2005, qui a vu sa consécration ultime comme Premier ministre ; la seule fois où Bérenger a été seul maître à bord à l’hôtel du gouvernement, alors que SAJ, lui, se reposait au château de Réduit. Depuis, Bérenger n’a jamais pu rééditer l’exploit de former un nouveau gouvernement jusqu’en 2024. Malgré le retentissant 60-0, il n’a pas eu le pouvoir escompté, à son âge – il fête ses 81 ans aujourd’hui !

Paul Bérenger n’a pas seulement parlé hier. Il a vidé son sac. Et, ce faisant, il a exposé bien plus que ses désaccords, il a révélé la profondeur d’une fracture entre son ancien Premier ministre et lui. Car derrière les mots – économie en péril, corruption au sommet, institutions dévoyées – c’est une autre crise qui affleure. Plus silencieuse. Plus ancienne. Celle d’un parti, le MMM, qui ne sait plus très bien s’il obéit à ses règles… ou à son leader.

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«Un voleur ne laisse pas de reçu.» La formule frappe. Elle accuse, cependant, sans nommer. Mais elle dit surtout une chose : la confiance est rompue. Au gouvernement, certes. Mais aussi au sein même du MMM. Enfin, comment comprendre ce paradoxe ? D’un côté, un leader qui dénonce une Constitution réécrite, rappelle-t-il, par Steven Obeegadoo, «inapplicable», truffée de clauses «dinguistes», complètement «dans les airs». De l’autre, un parti qui, depuis plus d’un demi-siècle, se revendique précisément de cette architecture démocratique. Si les règles ne tiennent plus, que reste-t-il ? L’autorité ? Le charisme ? Ou simplement le rapport de force ?

Samedi, au mythique Plaza, il ne sera pas seulement question d’un rassemblement. Ce sera un test. Un test de légitimité. Un test de loyauté. Un test, surtout, de réalité politique. Bérenger pose les termes sans détour : minoritaire ou majoritaire ? Réformer, partir ou créer ? Endosser le costume de leader de l’opposition ou laisser le jeune prince ou le Che de Bel-Air devenir un acteur de premier plan à ses côtés et ceux de sa fille ?

Ce qui se dessine, c’est une situation presque irréelle : un leader sans étatmajor. Et, en face, un état-major sans leader. Une dissociation rare, presque clinique, entre la figure et la structure. Entre l’histoire et le présent. Les deux camps se retrouveront ce samedi au Plaza, mais Bérenger assure qu’il ne veut pas d’affrontement entre ses sympathisants et le reste du comité central… Faire la guerre, partager le même théâtre, mais prier pour la paix ?!

Pendant ce temps, le pays attend. Il attend des réponses sur ces Rs 47 milliards d’investissements bloqués à l’Economic Development Board. Sur une compagnie nationale «au bord du crash». Sur un port à moderniser, une «question de vie ou de mort». Sur une économie qui tangue pendant que la classe politique règle ses comptes. C’est là que le risque devient politique, au sens le plus grave du terme.

Si le MMM s’enferme dans une guerre interne, il laissera un vide. Et en politique, le vide ne dure jamais. Il est toujours comblé – rarement par le meilleur. Bérenger, lui, joue une partition qu’il maîtrise : celle du tribun face aux «traîtres», du gardien des valeurs face aux «pouvoiristes». L’histoire montre qu’il excelle dans cet exercice ; la liste des traîtres est longue depuis Dev, Jean-Claude, Ivan, Alan, Steven, Arianne, Rajesh, Ajay, Reza, Aadil… Reste à savoir si, cette fois, la musique prendra.

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