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Rapport de l’Audit 2024-2025

Prisons : des failles à la chaîne, une sécurité défaillante et une surpopulation persistante

24 mars 2026, 14:00

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Prisons : des failles à la chaîne, une sécurité défaillante et une surpopulation persistante

■ À la Melrose Eastern High Security Prison, des zones restent sans surveillance vidéo.

Le rapport de l’Audit 2024-2025 fait un constat sans concession du système pénitentiaire. Au cœur des préoccupations figure l’état des équipements de sécurité, dont certains sont aujourd’hui hors service ou inexistants. Le Body Orifice Security Scanner, communément appelé Boss Chair, est inutilisable à la prison de Beau-Bassin depuis le 15 avril. Cet outil, pourtant crucial pour détecter des objets dissimulés dans le corps, n’a toujours pas été remplacé. Dans d’autres établissements, il n’est même pas disponible.

Les dispositifs de brouillage de signal, essentiels pour empêcher les communications illicites à partir des cellules, sont également défectueux à la prison de haute sécurité de Melrose. Cette situation expose les établissements à des risques accrus de trafic et de coordination d’activités illégales. Plus largement, l’absence d’une politique de maintenance structurée aggrave le problème. Aucun plan clair ne prévoit l’entretien ou le renouvellement des équipements.

Cette gestion réactive plutôt que préventive engendre des coûts indirects importants. Si une procédure d’acquisition pour un nouvel équipement est en cours, elle intervient tardivement, après une période prolongée de vulnérabilité.

? Un système mal maîtrisé

Les carences en matière de surveillance viennent accentuer ces faiblesses. À la Melrose Eastern High Security Prison, pourtant conçue comme une infrastructure de pointe, des zones entières restent sans couverture vidéo. Depuis 2023-2024, des buffer zones à haut risque ont été identifiées sans qu’aucune mesure corrective immédiate ne soit prise. En août 2025, ces espaces sensibles, couvrant plus de 64 000 mètres carrés, demeuraient toujours sans surveillance.

Les équipements de terrain font également défaut. Lors d’une visite en septembre 2025, des outils essentiels tels que détecteurs mobiles, des capteurs souterrains et des jumelles à vision nocturne n’étaient pas disponibles. Les communications internes reposent encore sur des radios sujettes à des interférences, limitant l’efficacité des opérations. À cela s’ajoute l’absence de systèmes biométriques pour contrôler les accès, les registres manuels augmentant les risques de fraude et de manipulation.

Ces lacunes ont des conséquences directes : 386 opérations de saisie ont été recensées en 2024-2025, révélant l’inefficacité du dispositif de surveillance. Mais elles ont également un coût financier considérable. Un projet de renforcement de la sécurité à Melrose, estimé à Rs 1, 245,891, a été retardé, jugé trop onéreux dans un premier temps. Cette hésitation illustre une gestion à court terme, qui retarde des investissements pourtant essentiels.

La gestion des contrats illustre également ces dérives. Le projet de location de 295 caméras CCTV à Beau-Bassin, d’un montant de Rs 13, 3 millions, a accusé un retard majeur. Le fournisseur a interrompu les travaux en mai 2025, laissant 195 caméras non installées. En attendant, l’ancien contrat a été prolongé, générant des dépenses supplémentaires sans amélioration concrète.

Le projet de serre hydroponique, initialement estimé à Rs 1,5 million, a été retardé par plusieurs appels d’offres infructueux, certains dépassant largement les prévisions. Le coût a finalement été réajusté à Rs 1,7 million.

? Sous-effectif

Le rapport met aussi en lumière la proportion élevée de prisonniers en détention provisoire. En août 2025, 1 223 détenus sur 2 842, soit 43 %, étaient en attente d’un jugement. Cette situation représente un coût annuel estimé à Rs 444 millions, soit près de la moitié du budget du service pénitentiaire, fixé à Rs 1,025 milliard. Sur dix ans, cette dépense pourrait atteindre Rs 4 milliards.

Cette surpopulation s’explique par la lenteur des procédures judiciaires, le recours fréquent aux accusations provisoires et les difficultés d’accès à la libération sous caution. Elle exerce une pression considérable sur les infrastructures et les ressources humaines, aggravant les dysfonctionnements existants.

Le manque de personnel vient accentuer cette pression. Sur 1 027 postes prévus, 58 restent vacants tandis que 60 postes supplémentaires sont nécessaires, notamment à Melrose. Le ratio de sécurité n’est pas respecté et les absences lors des services de nuit compliquent davantage la gestion quotidienne.

Le bureau de l’Audit formule des recommandations claires, préconisant notamment l’installation de caméras pour une surveillance complète, l’introduction de systèmes biométriques, l’équipement de véhicules de transfert en dispositifs de surveillance ainsi que le renforcement des moyens techniques. La mise en place de comités de suivi pour les projets et d’un mécanisme de coordination entre les institutions judiciaires est également recommandée afin de réduire le nombre de détenus en attente de jugement.

Du côté de l’administration pénitentiaire, il est dit que des procédures d’appel d’offres sont en cours pour améliorer les équipements et que des appels à recrutement ont été lancés. Des pénalités financières devraient également être appliquées aux prestataires défaillants. Sans réforme, le système déjà fragile le sera davantage alors que la facture continuera à s’alourdir.

? Enter Raj Rughoobeer

Raj Rughoobeer agit désormais comme commissaire des prisons par intérim, en remplacement de Dev Jokhoo, dont la démission serait liée à un contrat controversé de fourniture en poisson salé aux prisons. Hier, à sa sortie du Board of Inquiry sur la mort d’Andy Selmour (lire ci-dessous), ce dernier a néanmoins déclaré : «Ce n’est pas moi qui attribue les contrats. L’attribution de ce contrat n’est pas responsable de mon départ.»


Mort d’Andy Selmour : L’ex-Commissaire des prisons, Dev Jokhoo, admet un système fragilisé à Melrose

La commission d’enquête sur la mort d’Andy Selmour, présidée par l’ex-juge Paul Lam Shang Leen, a tenu hier sa dernière séance avec l’audition de l’ancien Commissaire des prisons, Dev Jokhoo. Au cœur des échanges : le manque d’effectifs à la prison de Melrose. Dev Jokhoo a reconnu un déficit important de personnel, évoquant un besoin d’environ une centaine d’officiers supplémentaires. Ce sous-effectif, déjà mis en lumière lors des précédentes auditions, apparaît une nouvelle fois comme un facteur structurant des difficultés rencontrées sur le terrain. Autre point central : la circulation de drogue au sein de l’établissement. Dev Jokhoo a admis que certains officiers pénitentiaires sont impliqués dans des pratiques de pelting, facilitant l’introduction de substances illicites en prison. Il a toutefois assuré que des mesures disciplinaires ont été prises, notamment l’interdiction de service de certains officiers identifiés. Cette audition consolide les constats dressés au fil des séances : un système sous pression, confronté à des défis structurels majeurs. Le rapport final de la commission est désormais attendu. Il devra déterminer les responsabilités et établir si ces dysfonctionnements ont contribué à la mort d’Andy Selmour.

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