Publicité

Dossier

Sans le sou, nos champions hors-jeu

4 mars 2026, 14:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

Sans le sou, nos champions hors-jeu

Le financement du sport mauricien est à la croisée des chemins. Si l’État met en avant ses investissements et annonce un fonds dédié, sur le terrain, des clubs continuent de faire face à d’importantes difficultés pour sécuriser leurs déplacements internationaux.

Financement des sports collectifs : Il y a urgence pour une réforme

On le sait, les finances sont le nerf de la guerre dans le sport de haut niveau. Les sports collectifs sont les plus touchés par le problème car pour déplacer une délégation d’une quinzaine de personnes, voire plus, cela a un coût. On vient d’en faire de nouveau le constat avec les équipes de volley-ball qui se sont rendues aux Seychelles pour défendre les couleurs mauriciennes au Championnat des clubs de la zone 7 (CCZ7).

Les deux équipes du Quatre-Bornes VBC ont dû remuer ciel et terre jusqu’à la veille du départ pour pouvoir faire le déplacement. D’ailleurs, même après leur arrivée à Mahé, elles n’avaient pas encore complété le budget ! L’équipe masculine a dû renoncer à loger au Village des Jeux situé à quelques minutes de marche du Palais des Sports de Roche Caïman où se déroulent les matches, préférant une maison où les joueurs et dirigeants doivent eux-mêmes préparer leurs repas. Ceci afin de faire des économies. Qui plus est, les coaches ont dû puiser dans leurs poches pour payer leurs billets d’avion.

Le président du Quatre-Bornes VBC, Lindsay Wilson, est d’avis que l’on est en train de reculer au lieu d’avancer. «Quand j’étais encore joueur à Quatre-Bornes, je me souviens que le ministère des Sports finançait la participation de l’équipe championne au tournoi. Comment se faitil que 25 ans après, ce ne soit plus possible ?», se demande-t-il avec raison.

Entamer une réflexion

Il n’y a pas que le volleyball. Le basket-ball vit une situation similaire. L’année dernière, l’équipe championne de Maurice, Roche Bois Warriors, n’avait pu prendre part à la phase qualificative de la Basketball Africa League (BAL) en Tanzanie. Les Roche-Boisiens avaient renoncé en raison d’un manque de ressources financières. «Cette compétition de haut niveau aurait offert une belle occasion à nos joueurs de se frotter à des équipes d’un niveau supérieur et de progresser davantage. Le budget est conséquent et nous n’avons pas pu le réunir», regrettait l’entraîneur, Jérôme Tonta.

Les équipes de handball ont aussi souffert du même problème dans le passé.

Le ministère de la Jeunesse et des Sports doit prendre conscience que ce n’est plus possible pour un club de sport collectif de fonctionner avec un «grant» annuel de Rs 100,000. Comme le dit le Dr Allen Naraidoo, il serait bienvenu que le gouvernement prenne la chose en considération en prévision du prochain Budget. C’est aussi un souci qui devrait être pris en considération dans la nouvelle Sports Act que le ministre de la Jeunesse et des Sports, Deven Nagalingum, nous promet depuis de nombreux mois.

Autre difficulté qui doit être aplanie : l’accès aux fonds de la Corporate Social Responsibility (CSR) pour les clubs sportifs. «Quand nous sollicitons les compagnies privées pour un soutien, elles nous demandent si nous sommes éligibles à obtenir des fonds de la Corporate Social Responsibility (CSR) mais comme ce n’est pas le cas, nous n’obtenons rien», déplore Lindsay Wilson.

Les règles régissant la CSR pourraient être revues, voire assouplies car, qu’on se le dise, quand on offre la possibilité aux jeunes de faire du sport, on les protège des fléaux sociaux.

On note que plusieurs compagnies privées font le choix de faire de certains athlètes leurs ambassadeurs, que ce soit en athlétisme, cyclisme, handisport, entre autres. Les autorités gouvernementales pourraient trouver un mécanisme afin d’encourager d’autres compagnies à aider les sports collectifs.

Souhaitons, au moins, que ceux qui sont au pouvoir entameront une réflexion sur le sujet et ne se contentent plus de lancer à tout-va qu’elles sont déterminées à combattre la drogue chez les jeunes tout en se lamentant que les caisses sont vides…

***** 

Volley-ball – 30ᵉ championnat des clubs de la zone 7 (27 février – 7 mars)

Dr Allen Naraidoo (Président du Port-Louis Fire Star) :«Sans nos sponsors, nous serions restés à Maurice»

image.png Les joueurs et les dirigeants du Port-Louis Fire Star posant pour la photo souvenir.

«C’est grâce à nos sponsors que l’équipe a pu faire le déplacement pour le Championnat des clubs de la zone 7 aux Seychelles, et nous les remercions chaleureusement», s’exclame le Dr Allen Naraidoo, président du PortLouis Fire Star.

«Si nous n’avions pas nos sponsors, nous serions restés à Maurice. C’est la raison pour laquelle je suis très reconnaissant envers Nissan, Bioculture, Tenfa, VALLÉ Advenature Park, Leal Group, PlySports Arena, King Bros, Lottotech, T-Printers et Pallagames», déclare notre interlocuteur.

image.png C’est grâce au soutien de ses sponsors que l’équipe portlouisienne a pu se rendre aux Seychelles pour participer au CCZ7.

Le président du Port-Louis Fire Star se désole du fait que toutes les équipes ont dû faire face à des problèmes pour réunir le budget pour se rendre aux Seychelles. «Le ministère des Sports doit bien être au courant de cette situation car elle se répète tous les ans. Le Quatre-Bornes VBC a dû supplier pour avoir des fonds pour envoyer ses deux équipes alors que Tranquebar Black Rangers n’a pas pu faire le déplacement n’ayant pu obtenir le budget. Ce n’est pas possible de donner seulement Rs 150 000 à une équipe qui a besoin de Rs 1,3 million. Où est la logique ? Je laisse le soin à la population de juger. Heureusement que nous avons été prévoyants et que nous nous sommes organisés bien en amont pour obtenir le financement auprès de nos sponsors».

«Le gouvernement qui est supposé promouvoir le sport doit considérer cela comme étant primordial et faire provision dans le prochain budget. Cela afin de permettre aux équipes de faire le déplacement pour le CCZ7 tous frais payés. Les joueurs font de gros sacrifices pour se préparer, les dirigeants sont des bénévoles et ce n’est que justice que les autorités apportent leur soutien financier», dit encore le Dr Allen Naraidoo.

image.png Le Dr Allen Naraidoo, président du Port-Louis Fire Star, plaide pour que les frais de déplacement des équipes participant au CCZ7 soient pris en charge par les autorités gouvernementales l’année prochaine.

Pour celui-ci, si les autorités ne se ressaisissent pas, le volley-ball va mourir comme le football. «Il ne faut pas que les autres disciplines connaissent le même sort que notre football», met-il en garde.

«Le motto du Port-Louis Fire Star est : si nous sauvons un jeune du fléau de la drogue, c’est une génération que nous sauvons. Nous attendions un coup de main du gouvernement mais jusqu’ici nous ne voyons rien de concret», se désole le président du Port-Louis Fire Star.

Le Dr Allen Naraidoo dit espérer qu’en 2027, les équipes devant se déplacer pour le CCZ7 ne se retrouvent pas dans la même situation. «Si le déplacement des équipes est sécurisé, ce sera une source de motivation pour les joueurs, dirigeants et volontaires qui font énormément de sacrifices», conclut-il.

***** 

Ouverture : Qualifiés mais pas financés

Ils se qualifient sur le terrain. Ils s’entraînent pendant des mois. Ils portent les couleurs de leur club, de leur région, parfois même de la République. Et pourtant, à quelques jours du départ pour une compétition régionale ou internationale, une question revient inlassablement : y aura-t-il assez d’argent pour voyager ?

Le problème du financement des déplacements sportifs à Maurice n’est plus un incident isolé. Il est devenu un schéma récurrent. Volley-ball, basket-ball, football, handball et autres disciplines : chaque saison, des équipes qualifiées doivent lancer des appels pressants aux sponsors, organiser des collectes ou espérer un soutien de dernière minute. La performance sportive ne suffit plus ; il faut désormais un plan financier d’urgence.

Lorsque le coût réel d’un déplacement dépasse parfois le million de roupies alors que certaines aides plafonnent à quelques centaines de milliers de roupies, l’équation devient intenable. Le sport collectif, par définition, implique des délégations nombreuses, des frais logistiques importants et une préparation encadrée. L’improvisation budgétaire fragilise tout l’édifice.

Il serait injuste d’ignorer les efforts consentis par l’État. Les investissements directs et indirects existent, et l’annonce d’un fonds dédié exclusivement au développement du sport constitue un signal encourageant. Encore faudra-t-il que ce mécanisme apporte des réponses concrètes et rapides aux besoins les plus urgents, notamment la sécurisation des déplacements internationaux pour les équipes qualifiées.

Il ne s’agit pas d’opposer le secteur privé aux autorités publiques. Les sponsors jouent un rôle essentiel et méritent reconnaissance. Mais un modèle où la participation à une compétition dépend principalement du carnet d’adresses d’un club crée inévitablement des inégalités entre disciplines et entre structures. Une réflexion sur l’accès des clubs aux mécanismes de Corporate Social Responsibility (CSR) mérite également d’être engagée afin d’élargir les sources de financement.

Il ne s’agit pas seulement de chiffres, mais d’une véritable question de vision. Le sport encadre la jeunesse, structure des parcours, renforce la cohésion nationale et offre au pays une visibilité régionale précieuse. Si nous voulons des résultats durables, il est temps de passer d’une logique de réaction à une logique de planification. Le talent existe. La volonté aussi. Il reste à garantir que, lorsqu’une équipe gagne son billet sur le terrain, elle n’ait plus à se battre pour obtenir celui de l’avion.

***** 

Questions à...Deven Nagalingum (Ministre de la Jeunesse et des Sports) : «Le MJS se fera la voix des fédérations pour solliciter une augmentation»

Express.mu (620 x 330) (2).jpg

Entre contraintes budgétaires et ambitions internationales, le ministre de la Jeunesse et des Sports (MJS), Deven Nagalingum, clarifie le rôle de l’État dans le financement du sport. Il plaide pour une plus grande autonomie des fédérations et annonce la mise en place d’un fonds dédié pour structurer durablement le secteur.

? Il existe un fossé entre les dotations budgétaires du MJS et les exigences opérationnelles du terrain. Selon vous, les financements actuels sont-ils en adéquation avec les dépenses réelles engagées par les clubs ou les fédérations ?

Le ministère ne peut être considéré comme l’unique pourvoyeur de fonds des fédérations nationales sportives. Les fédérations sont des instances autonomes, dotées de leur propre personnalité juridique et de responsabilités de gouvernance. Cette autonomie implique nécessairement leur capacité — et leur obligation — de mobiliser des ressources financières par leurs propres moyens: partenariats privés, sponsoring, levées de fonds, entre autres.

Le MJS dispose d’un budget global d’environ Rs 180 millions destiné à soutenir le développement du sport national, dont une part significative est consacrée à l’assistance aux fédérations. Il convient de ne pas se focaliser uniquement sur l’allocation directe de Rs 60 millions accordée aux fédérations pour l’année en cours. Cette ligne budgétaire ne reflète pas l’ensemble de l’effort financier consenti par l’État en faveur du mouvement sportif.

En effet, plusieurs autres postes budgétaires bénéficient directement ou indirectement aux fédérations et aux athlètes, notamment : la prise en charge des déplacements et participations aux compétitions internationales.

? Plusieurs clubs de volley-ball représentent actuellement l’île aux Championnats des clubs de la Zone 7. Certains ont toutefois rencontré d’immenses difficultés pour réunir les fonds nécessaires au déplacement vers les Seychelles. Ne serait-il pas temps d’adopter une approche plus moderne afin de libérer les athlètes de ce fardeau financier ?

Le MJS travaille actuellement sur la mise en place d’un fonds dédié exclusivement au développement du sport. Ce mécanisme vise à structurer et rationaliser le financement du secteur sportif, en complément des allocations budgétaires existantes. Dans ce cadre, les demandes de financement soumises par les fédérations seront examinées par les gestionnaires du fonds, sur la base de critères comme la pertinence du projet, son impact attendu, sa viabilité financière ou sa conformité aux orientations nationales. Sous réserve d’approbation, les fonds seront ensuite décaissés conformément aux procédures établies.

? Est-il permis d’espérer une hausse budgétaire et une stratégie de soutien mieux définie pour les fédérations et les clubs, afin de répondre enfin aux exi- gences du sport moderne ?

Le MJS soumet régulièrement ses demandes de dotations au ministère des Finances dans le cadre de l’exercice budgétaire national. Je peux vous assurer qu’à chaque exercice, les besoins exprimés par le secteur sportif excèdent les montants finalement approuvés. Cette année encore, le même exercice se- ra entrepris et le MJS se fera, une fois de plus, la voix des fédérations afin de solliciter une augmentation des fonds alloués au développement du sport. Toutefois, il est essentiel de reconnaître que la conjoncture économique nationale et les contraintes macroéconomiques dictent les priorités de l’État. Le sport évolue dans un environnement budgétaire concurrentiel où plusieurs secteurs stratégiques requièrent également des ressources publiques importantes. Dans ce contexte, il est impératif que les fédérations assument pleinement leur responsabilité institutionnelle. Certaines fédérations sont gérées de manière professionnelle, disposent d’une gouvernance structurée et réussissent à mobiliser régulièrement des financements auprès du secteur privé. D’autres fédérations doivent s’inspirer de ces bonnes pratiques et renforcer leur capacité organisationnelle, leur planification stratégique et leur démarche de levée de fonds. L’autonomie statutaire implique également une auto- nomie financière progressive, fondée sur la diversification des sources de revenus.

***** 

Des investissements indirects au-delà des Rs 60 millions

Pour le ministre, se focaliser uniquement sur l’allocation directe de Rs 60 millions aux fédérations est une erreur. «Cette ligne budgétaire ne reflète pas l’ensemble de l’effort financier consenti», explique-t-il. Il cite en exemple les Rs 28,4 millions versées en bourses aux athlètes de haut niveau, les Rs 17,5 millions du Trust Fund for Excellence in Sports ou encore les Rs 15,4 millions injectées dans le football ou le Cash Prize Scheme de Rs 12 millions.

L’État finance également la présence mauricienne sur la scène internationale: Rs 15 millions pour les JIOI, Rs 5 millions pour les Jeux du Commonwealth et Rs 2 millions pour la COSAFA Cup U19. À cela s’ajoutent des coûts indirects massifs, tels que la mise à disposition gratuite des infrastructures de Côte d’Or (HPC, gymnase, service médical) et la prise en charge des salaires des directeurs techniques nationaux (DTN) et secrétaires administratifs. Le financement des stages de préparation et camps d’entraînement coûte, lui, environ Rs 6 millions.

Malgré ces investissements, le ministre Nagalingum est catégorique : les fédérations, en tant qu’instances autonomes, ont l’obligation de mobiliser des ressources propres via le sponsoring et les partenariats privés. Il ajoute que certaines fédérations bénéficient du soutien accru de leur fédération internationale et que d’autres bénéficient du soutien du Comité olympique mauricien.

Publicité