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En mer du Nord
Flotte fantôme russe: Deux navires saisis en six semaines
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En mer du Nord
Flotte fantôme russe: Deux navires saisis en six semaines
Pétrolier GRINCH arraisonné en Méditerranée. © État-major des armées / France
Après l'arraisonnement du pétrolier GRINCH par la Marine nationale française en janvier, la Belgique a saisi ce dimanche 1er mars un nouveau navire de la flotte fantôme russe en mer du Nord. Une pression croissante sur un dispositif qui finance directement la guerre en Ukraine.
En effet, ce 1er mars, les forces spéciales belges ont intercepté en mer du Nord un pétrolier appartenant à la flotte fantôme russe. Le navire a été escorté jusqu’au port de Zeebruges, où il a été saisi. Le vice-Premier ministre belge, Maxime Prévot, a salué sur X le «professionnalisme et le courage exceptionnels» des militaires engagés dans l'opération. Il a ajouté : «Les sanctions n'ont de sens que si elles sont appliquées. Aujourd'hui, nous les avons appliquées.»
La France a également contribué à l’opération : des hélicoptères de la Marine nationale ont apporté leur assistance. Le président, Emmanuel Macron, a souligné cette contribution : «C’est un coup dur porté à la flotte fantôme : en mer du Nord, nos hélicoptères de la Marine nationale ont aidé cette nuit à l’abordage par les forces belges d’un pétrolier sous sanctions internationales. Les Européens sont déterminés à couper les sources de financement de la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine en appliquant les sanctions.»
Cette action s’inscrit dans la continuité d’une dynamique initiée quelques semaines plus tôt. Le 22 janvier 2026, la Marine nationale française avait arraisonné en Méditerranée, au large d’Almeria, le pétrolier-cargo GRINCH (IMO 9288851), en provenance de Mourmansk. L’opération, menée conjointement avec la France, reposait sur l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui autorise un navire de guerre à intercepter un bâtiment étranger lorsqu’il existe de sérieuses raisons de soupçonner qu’il navigue sans nationalité valide. C’était précisément le cas : le GRINCH arborait un pavillon comorien jugé frauduleux. À l’issue de l’enquête menée à bord, le procureur de la République a décidé de détourner le navire vers la France.
Un outil au service de la guerre
La flotte fantôme désigne l'ensemble des navires utilisés par la Russie pour contourner les sanctions internationales et continuer à exporter son pétrole au-delà du plafond de prix fixé par le G7. Composée selon les estimations de 600 à 1 400 bâtiments, elle constitue un rouage essentiel du financement de l’effort de guerre russe : la Russie produit environ 10 % du pétrole brut mondial, et ses exportations d’hydrocarbures financent près de 40 % de sa machine militaire. En décembre 2025, 65 % du pétrole exporté par voie maritime depuis la Russie transitait par ces navires.
Ces bâtiments se distinguent par une série d’irrégularités systématiques : changements fréquents de nom, de pavillon et d’actionnaires, manipulation ou coupure des transpondeurs AIS, absence d’assurances couvrant les risques de marée noire, enregistrements frauduleux. Le GRINCH en est une illustration emblématique. Construit en 2004 sous le nom de CARLTON, il a successivement navigué sous pavillon des Îles Marshall, libérien, gabonais, barbadien, puis comorien depuis avril 2025. Trente irrégularités ont été relevées à son encontre par des contrôles portuaires depuis 2022. Son propriétaire et armateur, la société Cube Ventures Shipping SA, basée aux Îles Marshall, est elle-même sous sanctions américaines, japonaises et ukrainiennes.
Un enjeu régional
Pour les petits États insulaires engagés dans le commerce maritime international, ces pratiques ne sont pas sans conséquences. Le cas du GRINCH est à cet égard révélateur : le navire naviguait sous pavillon comorien, un État de la région de l'océan Indien. L'usage abusif de pavillons de complaisance par la flotte fantôme fragilise la crédibilité des registres maritimes des pays concernés et expose leurs autorités à des pressions diplomatiques croissantes. Maurice, dont l'économie est étroitement liée aux échanges maritimes, a tout intérêt à suivre l'évolution de ce dossier.
597 navires sur la liste noire de l’UE
Les mesures adoptées par l’Union européenne (UE) et ses partenaires commencent à produire des effets mesurables. La part du pétrole brut russe transportée par la flotte fantôme est passée de plus de 80 % début 2024 à environ 50 % ces derniers mois. En septembre 2025, les revenus russes tirés des exportations énergétiques ont atteint leur niveau le plus bas depuis le début de l’invasion, représentant environ la moitié de ce qu’ils étaient en septembre 2022. Depuis le 18 décembre 2025, l’UE a inscrit 597 navires sur sa liste noire. L’arraisonnement du GRINCH en janvier, puis l’opération belge du 1er mars, dessinent ainsi les contours d’une stratégie européenne plus musclée : faire respecter les sanctions non plus seulement sur le papier, mais en mer.
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